• La mort de Demeter 

     

    Dis ma sœur, ne la vois-tu pas venir ?
    Pourquoi sont-ils tous partis ce matin,
    Derrière elle étendue ?
    Pourquoi a-t-elle quitté la maison
    Sans poser son regard sur nous ?
    Pourquoi avaient-ils tous des pleurs
    Dans la colline en fleurs ?
    Dis ma sœur, ne la vois-tu pas venir
    Tu as grimpé trop vite sur le mur
    En glissant, ton bras s'est brisé
    Dans le jardin tu souffres enfin
    Tu ne l'attendras plus
    Avec ta blessure ouverte.
    Dis ma sœur, qui la verra venir ?
    Qui me consolera de ce chagrin 
    Qu'elle a emporté dedans la terre ?

     

     


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  •  

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Ma
    lumineuse primevère
    A l'aube je berce
    Tes soupirs de nourrisson
    Je me souviens
    Ta main accrochée à mon doigt 

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Ma délicate violette
    Dans le soleil du matin
    Je panse tes genoux écorchés
    Je me souviens
    Tes jeux au jardin d'enfant

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Ma belle nymphéa
    A midi tu goûtes
    Aux jeunes amours
    Je me souviens
    De tes premiers chagrins 

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Mon rouge coquelicot
    Dans le calme après-midi
    Ton ventre s'arrondit
    Je me souviens
    Tes bébés roulant sous mes mains

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Mon éphémère fleur de cerisier
    Au crépuscule obscur
    Tes joues pâlissent
    J'arrache
    La fleur maudite de ton sein

    Anne, ma sœur Anne
    Je n'ai rien vu venir
    Mon souffle fraternel est vain
    La nuit éternelle
    Recouvre tes paupières
    Je dépose
    Les roses noires sur ton cercueil clos.

     

    Illustration :
    Léda pierre de Lens
    Paul Marandon
    http://www.paulmarandon.com/

     


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  • Cet amour n'a jamais cessé. C'est ainsi.
    Gardons-nous à l'abri du temps. C'est déjà fait, je crois.

    N'a jamais cessé, car ceux qui restent partagent des grottes souterraines.
    Immenses sans doute, les rencontres sont rares.. Mais il suffit d'une fois.

    Ma main s'efface à l'amorce d'un signe. Sortilèges.

    Te souviens-tu de ces beaux jours,
    Mon âme, t'en souviens-tu ?
    Où nous vivions de l'eau d'amour
    Écoulée n sources répandues
    De sa bouche rêveuse ?

     


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  • Je cours dans le désert accompagnée par deux hommes nous sommes poursuivis par des géants je me retourne, je suis seule à pouvoir voir ces monstres je jette du sable sur eux pour que mes compagnons puissent distinguer leur silhouette les géants s'effraient d'être 'visibles' et battent en retraite   nous sommes perdus dans le désert au pied du seul palmier je propose qu'on creuse un trou nous pourrions ainsi nous échapper, parvenir à un autre monde, mais la tâche est rude arrive un troisième géant mais je rassure mes compagnons celui-ci est un peu stupide, mais il va nous aider parce qu'il me connait nous lui faisons croire que sous le sable se cache un trésor et nous lui demandons de creuser à notre place   je pense que notre délivrance sera rapide hélas, le temps passe, je tiens entre mes mains un cahier aux pages blanches et les pages se mettent à tourner au gré du vent
    mille pages avant notre délivrance
    fin du rêve

     


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  • Parla più piano e nessuno sentirà,
    il nostro amore lo viviamo io e te,
    nessuno sa la verità,
    neppure il cielo che ci guarda da lassù.

    L'objet inerte était tombé sur le tapis sans bruit, aux pieds du comte qui le fixait sans bouger. Le comte Umberto d'Alessandro se tenait seul dans le salon du premier étage de son palais romain. Sa longue silhouette se profilait dans le miroir vénitien aux reflets argent qui surmontait la cheminée incrustée de mosaïque. Le comte était un homme de haute taille, au visage ciselé comme ses pensées, aristocratiques par leur hauteur de vue, démocratiques par leur générosité et leur sens du réel. Le regard du comte savait éloigner les profiteurs et rapprocher les hommes sincères. Les hommes jugeaient son regard franc, certes énigmatique mais empli d'une profonde humanité. Quant aux femmes, si elles baissaient les yeux à son passage, ce n'était que pour cacher leur trouble.


    On entendait les bruits d'une fête s'élever des grandes salles d'apparat du rez-de-chaussée. Dans son hôtel romain, le comte fêtait les fiançailles de Chiara, sa fille unique. Il se devait de rejoindre ses invités. Pourtant Umberto ne bougeait toujours pas. Il ne parvenait pas à toucher l'objet qui avait glissé de ses doigts pour tomber à ses pieds sur le tapis du petit salon : un long rosaire de perles grises qui avait appartenu à la mère de Chiara. La jeune fille l'avait négligemment oublié dans le petit salon, et il venait d'échapper des mains du comte. Ces quelques perles avaient si souvent tourné entre les doigts de Maria, son épouse ! Le chapelet le ramenait des années plus tôt, du temps de sa jeunesse, du temps de sa vie heureuse avec Maria. Cette période de sa vie avait peu duré. Très tôt, le comte s'était retrouvé veuf et depuis la mort de Maria, il élevait seul sa fille. Umberto s'attardait à ces souvenirs. Juste avant son dernier soupir, Maria avait déposé dans la paume de leur fille le fin rosaire. Et ce matin, juste avant la bénédiction, c'est lui, Umberto, qui avait tenu la main de leur fille.

    Dans le petit salon, solitaire, le comte releva la tête et son regard se laissa absorber par le ciel immense, satiné d'étoiles qui pénétrait jusqu'à lui par la porte-fenêtre ouverte. Umberto vieillissait et la mort, cette nuit-là, était peinte sur un tableau en rouge et marron. Dans la toile accrochée au mur, un vieil homme, assis dans un fauteuil de velours, regardait s'agiter les vivants à ses pieds. Le vieillard du tableau aurait pu converser avec Umberto dans cette soirée : une même médiation les rapprochait curieusement. Umberto se baissa enfin pour ramasser sur le tapis le chapelet qu'il glissa dans la poche de sa veste redingote.

    C'est à ce moment que les portes, sous la poussée de sa fille, s'ouvrirent d'un seul coup. Elle arrivait, toute essoufflée, en riant, suivie ou poursuivie par son jeune fiancé, Tazio. « Père, que faites-vous ici ? Tout le monde vous cherche. Le bal a déjà commencé. Vous ne pouvez pas me refuser la prochaine valse. Je vous en supplie. C'est si rare de danser avec vous. Toutes les femmes chuchotent que vous êtes un merveilleux danseur. » Elle avait raison, le comte s'arrangeait toujours pour éviter de la prendre dans ses bras, toucher sa chevelure, serrer sa taille. Là, le jour de ses fiançailles, il ne pouvait refuser. «Comme si j'avais l'habitude de dire non à tes caprices ! J'accepte ton invitation à la valse.» Il se baissa pour lui poser un court baiser sur la tempe. Chiara, accrochée à son bras, l'entraîna dans la salle de bal, sous le regard mi-amusé, mi-jaloux de Tazio.

    Dans la salle de bal qui scintillait sous la lumière des lustres de cristal, le père et la fille entrèrent, salués par les convives. Chiara, dans son habit de lumière, et le comte, dans son habit noir, avançaient sous le regard de leurs invités. Les femmes, intriguées et même, pour certaines, envieuses, suivaient du regard le couple qui s'avançait sur la piste de danse. Elles n'avaient d'yeux que pour le comte, qui avait gardé sa beauté féline. Les hommes, quant à eux, s'inclinaient devant la fraîcheur de Chiara. Elle avait hérité de son père un port de tête noble et de sa mère la délicatesse de ses yeux mauves.

    L'orchestre était prêt, les couples se déployaient sur la piste. Le tempo de la valse commença lentement. Umberto enlaça délicatement Chiara. Ils tournaient. La bouche d'Umberto effleurait la chevelure de Chiara, au parfum de jasmin, et son bras pressait à peine sa taille. Le tempo s'accéléra. Le tourbillon les emporta. Les autres couples de danseurs s'écartaient à leur passage. Le couple élégant dessinait des cercles de plus en plus rapides. Il tournait. Umberto enlaça pleinement le corps de Chiara. Sa main et son bras retenaient toute sa taille et sa jambe glissait entre les plis de sa robe de bal. Si près de devenir une femme, Chiara tressaillit en reconnaissant le plaisir que son fiancé lui avait donné à la précédente valse. Sur la piste de danse, ils tournoyaient. Ils tanguaient. Ils chancelaient. Chaque pas glissé leur rappelait une douleur de plaisir. Aucune larme ne perlait à leurs paupières. Aucun soupir ne s'échappait de leur bouche. Ils valsaient à trois temps au même rythme que les violons.

    Chiara regarda le comte, sans détour, pour lui avouer, pour qu'il comprît bien, ce qu'elle ressentait dans les temps de la valse. Leur corps épousait la pression de la danse. Cette pression se voulait civilisée sous le regard de l'assistance et de son fiancé. Elle devenait sauvage et sans loi au-dedans de leur corps. Leur bouche aurait pu les trahir, si l'on avait entendu leur souffle précipité. Ce n'était que le tourbillon de la valse.

    - Entends cette valse... Ta mère valsait divinement. Toi...

    - Parlez plus bas, père, on pourrait vous entendre, mais parlez encore. 

    A la fin de la valse, quand il desserra sa taille, il ne baisa que son front alors que, dans un instant d'illusion, elle sentit leur bouche se mêler. Chiara frissonna, mais le comte, déjà, s'éloignait après l'avoir saluée respectueusement. Il touchait, dans la poche de sa veste redingote, les perles froides du chapelet. Il se saisit d'un mouchoir et épongea ses tempes grises, perlées de sueur. Il se dirigea vers la terrasse de la bibliothèque pour goûter à la fraîcheur de la nuit. Ce fut la dernière valse que le comte Umberto d'Alessandro dansa. 
     

    version audio sur Bonnes nouvelles
    http://www.bonnesnouvelles.net/ladernierevalse.htm

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