• Je cours dans le désert accompagnée par deux hommes nous sommes poursuivis par des géants je me retourne, je suis seule à pouvoir voir ces monstres je jette du sable sur eux pour que mes compagnons puissent distinguer leur silhouette les géants s'effraient d'être 'visibles' et battent en retraite   nous sommes perdus dans le désert au pied du seul palmier je propose qu'on creuse un trou nous pourrions ainsi nous échapper, parvenir à un autre monde, mais la tâche est rude arrive un troisième géant mais je rassure mes compagnons celui-ci est un peu stupide, mais il va nous aider parce qu'il me connait nous lui faisons croire que sous le sable se cache un trésor et nous lui demandons de creuser à notre place   je pense que notre délivrance sera rapide hélas, le temps passe, je tiens entre mes mains un cahier aux pages blanches et les pages se mettent à tourner au gré du vent
    mille pages avant notre délivrance
    fin du rêve

     


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  • Parla più piano e nessuno sentirà,
    il nostro amore lo viviamo io e te,
    nessuno sa la verità,
    neppure il cielo che ci guarda da lassù.

    L'objet inerte était tombé sur le tapis sans bruit, aux pieds du comte qui le fixait sans bouger. Le comte Umberto d'Alessandro se tenait seul dans le salon du premier étage de son palais romain. Sa longue silhouette se profilait dans le miroir vénitien aux reflets argent qui surmontait la cheminée incrustée de mosaïque. Le comte était un homme de haute taille, au visage ciselé comme ses pensées, aristocratiques par leur hauteur de vue, démocratiques par leur générosité et leur sens du réel. Le regard du comte savait éloigner les profiteurs et rapprocher les hommes sincères. Les hommes jugeaient son regard franc, certes énigmatique mais empli d'une profonde humanité. Quant aux femmes, si elles baissaient les yeux à son passage, ce n'était que pour cacher leur trouble.


    On entendait les bruits d'une fête s'élever des grandes salles d'apparat du rez-de-chaussée. Dans son hôtel romain, le comte fêtait les fiançailles de Chiara, sa fille unique. Il se devait de rejoindre ses invités. Pourtant Umberto ne bougeait toujours pas. Il ne parvenait pas à toucher l'objet qui avait glissé de ses doigts pour tomber à ses pieds sur le tapis du petit salon : un long rosaire de perles grises qui avait appartenu à la mère de Chiara. La jeune fille l'avait négligemment oublié dans le petit salon, et il venait d'échapper des mains du comte. Ces quelques perles avaient si souvent tourné entre les doigts de Maria, son épouse ! Le chapelet le ramenait des années plus tôt, du temps de sa jeunesse, du temps de sa vie heureuse avec Maria. Cette période de sa vie avait peu duré. Très tôt, le comte s'était retrouvé veuf et depuis la mort de Maria, il élevait seul sa fille. Umberto s'attardait à ces souvenirs. Juste avant son dernier soupir, Maria avait déposé dans la paume de leur fille le fin rosaire. Et ce matin, juste avant la bénédiction, c'est lui, Umberto, qui avait tenu la main de leur fille.

    Dans le petit salon, solitaire, le comte releva la tête et son regard se laissa absorber par le ciel immense, satiné d'étoiles qui pénétrait jusqu'à lui par la porte-fenêtre ouverte. Umberto vieillissait et la mort, cette nuit-là, était peinte sur un tableau en rouge et marron. Dans la toile accrochée au mur, un vieil homme, assis dans un fauteuil de velours, regardait s'agiter les vivants à ses pieds. Le vieillard du tableau aurait pu converser avec Umberto dans cette soirée : une même médiation les rapprochait curieusement. Umberto se baissa enfin pour ramasser sur le tapis le chapelet qu'il glissa dans la poche de sa veste redingote.

    C'est à ce moment que les portes, sous la poussée de sa fille, s'ouvrirent d'un seul coup. Elle arrivait, toute essoufflée, en riant, suivie ou poursuivie par son jeune fiancé, Tazio. « Père, que faites-vous ici ? Tout le monde vous cherche. Le bal a déjà commencé. Vous ne pouvez pas me refuser la prochaine valse. Je vous en supplie. C'est si rare de danser avec vous. Toutes les femmes chuchotent que vous êtes un merveilleux danseur. » Elle avait raison, le comte s'arrangeait toujours pour éviter de la prendre dans ses bras, toucher sa chevelure, serrer sa taille. Là, le jour de ses fiançailles, il ne pouvait refuser. «Comme si j'avais l'habitude de dire non à tes caprices ! J'accepte ton invitation à la valse.» Il se baissa pour lui poser un court baiser sur la tempe. Chiara, accrochée à son bras, l'entraîna dans la salle de bal, sous le regard mi-amusé, mi-jaloux de Tazio.

    Dans la salle de bal qui scintillait sous la lumière des lustres de cristal, le père et la fille entrèrent, salués par les convives. Chiara, dans son habit de lumière, et le comte, dans son habit noir, avançaient sous le regard de leurs invités. Les femmes, intriguées et même, pour certaines, envieuses, suivaient du regard le couple qui s'avançait sur la piste de danse. Elles n'avaient d'yeux que pour le comte, qui avait gardé sa beauté féline. Les hommes, quant à eux, s'inclinaient devant la fraîcheur de Chiara. Elle avait hérité de son père un port de tête noble et de sa mère la délicatesse de ses yeux mauves.

    L'orchestre était prêt, les couples se déployaient sur la piste. Le tempo de la valse commença lentement. Umberto enlaça délicatement Chiara. Ils tournaient. La bouche d'Umberto effleurait la chevelure de Chiara, au parfum de jasmin, et son bras pressait à peine sa taille. Le tempo s'accéléra. Le tourbillon les emporta. Les autres couples de danseurs s'écartaient à leur passage. Le couple élégant dessinait des cercles de plus en plus rapides. Il tournait. Umberto enlaça pleinement le corps de Chiara. Sa main et son bras retenaient toute sa taille et sa jambe glissait entre les plis de sa robe de bal. Si près de devenir une femme, Chiara tressaillit en reconnaissant le plaisir que son fiancé lui avait donné à la précédente valse. Sur la piste de danse, ils tournoyaient. Ils tanguaient. Ils chancelaient. Chaque pas glissé leur rappelait une douleur de plaisir. Aucune larme ne perlait à leurs paupières. Aucun soupir ne s'échappait de leur bouche. Ils valsaient à trois temps au même rythme que les violons.

    Chiara regarda le comte, sans détour, pour lui avouer, pour qu'il comprît bien, ce qu'elle ressentait dans les temps de la valse. Leur corps épousait la pression de la danse. Cette pression se voulait civilisée sous le regard de l'assistance et de son fiancé. Elle devenait sauvage et sans loi au-dedans de leur corps. Leur bouche aurait pu les trahir, si l'on avait entendu leur souffle précipité. Ce n'était que le tourbillon de la valse.

    - Entends cette valse... Ta mère valsait divinement. Toi...

    - Parlez plus bas, père, on pourrait vous entendre, mais parlez encore. 

    A la fin de la valse, quand il desserra sa taille, il ne baisa que son front alors que, dans un instant d'illusion, elle sentit leur bouche se mêler. Chiara frissonna, mais le comte, déjà, s'éloignait après l'avoir saluée respectueusement. Il touchait, dans la poche de sa veste redingote, les perles froides du chapelet. Il se saisit d'un mouchoir et épongea ses tempes grises, perlées de sueur. Il se dirigea vers la terrasse de la bibliothèque pour goûter à la fraîcheur de la nuit. Ce fut la dernière valse que le comte Umberto d'Alessandro dansa. 
     

    version audio sur Bonnes nouvelles
    http://www.bonnesnouvelles.net/ladernierevalse.htm

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  • Cette nuit j'irai braconner
    à la dure en douce
    je dégrafe ma chemise
    je traverse la rivière
    Sur le sable de la berge
    les grillons entament leur chant d'appel
    dans la clairière je me tapis
    les buissons me harcèlent
    les ombres lunaires me cachent à demi
    à demi seulement
    la vieille lune souffle un nuage furtif
    Je fais la lune
    J'attends mon maître

    Je le sens
    son piétinement résonne à ma poitrine
    son souffle embrume la trouée
    ses flancs de cuir se campent
    soudain son œil se profile
    il a saisi ma présence
    à demi seulement
    je quitte mes buissons
    je me dresse à demi-nu
    pour le défier
    à demi-bête, à demi-dieu

    La tête basse,
    il me brave
    le combat sera rude
    il est de caste
    j'attends sa charge
    je l'appelle
    il piétine
    je déploie ma cape
    je vise son point de croix
    mais pas trop vite
    je serai insolent
    il sera instinctif
    j'éviterai son coup de corne
    il n'évitera pas la bataille
    première passe
    je me déhanche à son passage

    Il charge de nouveau
    j'emprunte à Rodolfo sa passe de cape
    passe élégante

    de la main gauche, passe naturelle

    je ploie et tournoie
    il frotte sa gueule en salive
    à mon torse en sueur
    il râle,
    olé

    Il rue en un tour de piste
    il enrage à l'autre bout
    et s'élance
    je suis
    face à lui, immobile,
    je garde les pieds joints,
    j'écarte les bras
    je rythme mon geste à sa charge
    pour l'estocade
    je dresse mon aiguillon
    mon corps se courbe à son passage
    de son oeil piqué jaillit un jet de sang
    en prière, comme au temple,

    je m'agenouille,

    il m'a jeté un sort
    .

    Au dernier acte le taureau joue avec mon ardeur
    pour apprivoiser nos terreurs.

     
     

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  • 6h30 : avant de me lever, je plonge dans la lecture de « Les lions du Panshir». 1982, Jean-Pierre a trahi Jane et les habitants de la vallée. Jane s'enfuit avec Ellis dans le Nuristan, à travers les montagnes d'Afghanistan. Je n'aurai pas le temps.
    7h : douche rapide. Quel temps fait-il ? choisir des vêtements, se coiffer. J'ai une mine blanche et grise, les cheveux en bataille. Le miroir est terrible, la cinquantaine est proche. Se maquiller. Préparer le petit déjeuner, celui de ma fille, le mien. Ranger la maison, descendre la chienne, ne pas oublier de fermer les fenêtres. Je n'aurai pas le temps.
    8h27 : je dépose ma fille devant la cour de son école, j'achète une baguette à l'ancienne : « Bonjour, pas de croissants ce matin ? », le boulanger est sympathique. Tous les jours il est là avec sa camionnette sur le parking de l'école. J'écoute Europe 1 : Elkabach, qui agace ses invités et moi aussi, ou bien des chansons françaises que je reprends en refrain. La route dans les champs fleuris. Les croisements. L'arrivée au lac. Je n'aurai pas le temps.
    8h45. Saluer Homère qui se laisse caresser gentiment, malgré son allure de molosse. Remercier Gégé pour le café du matin. Vérifier la trésorerie, penser à rappeler Gad. Ouvrir les dossiers, les refermer, répondre aux fournisseurs, improviser, recompter, décompter, saluer les artistes, plaisanter avec mes collègues, imiter les blondes. Je n'aurai pas le temps.
    11h30 : La Mercédès a franchi la grille : « bonjour, Monsieur le Président. » L'heure du repas approche, l'après-midi au même rythme. Je n'aurai pas le temps.
    18h30 : retour à la maison, j'embrasse mon mari et nos filles : « Comment s'est passée ta journée ? » S'activer pour le repas du soir. Dans la cuisine, j'aide ma fille à faire ses devoirs : la conjugaison des verbes irréguliers ou la circulation sanguine. Ruquier à la télé pour se détendre. Le journal de 20 h. « Il est l'heure de te mettre en pyjama, n'oublie pas de te brosser les dents ». « Oui, maman. » Au lit. « Maman chérie que j'adore, un bisou. J'ai soif. » Je n'aurai pas le temps.
    21 heures : J'ouvre mes cahiers. J'ouvre mon ordinateur. Je ferme mes oreilles. J'entends le bourdonnement d'une rivière qui chute et je vois les montagnes enneigées d'Afghanistan. Je commence d'écrire. Je prendrai le temps.

    J'avais oublié, aujourd'hui, on est dimanche !


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  • Ma lettre n'a rien de religieuse ni de mystique, quoique.

    J'ai fait un rêve, il y a longtemps. Au cœur de la Basilique de Venise, recueillie devant le sarcophage de Saint Marc, j'ai entendu une voix murmurer à mon oreille :« Priez, ma fille, sur la tombe de mon fils Alessandros. »

    Je me suis retournée. Une jeune religieuse au visage de lumière, toute de blanc vêtue s’éloignait.

    Longtemps après, j’ai appris que les marchands vénitiens, qui ont amené la momie de Saint-Marc depuis Alexandrie, auraient tout aussi bien pu transporter à Venise les reliques –si je puis me permettre- d’Alexandre le Grand.

    Aujourd'hui, dans ces jours de nuit pour la Grèce, le jeune Macédonien, Alessandros basileus, qui a transporté à travers l’Orient la culture et la langue grecques, souffle son éternel retour, sauveur de la culture grecque. Ce trois fois bâtard -puisque sa mère l’aurait conçu d’un dieu, puisqu’il n’était pas tout à fait macédonien, puisqu’il n’était pas grec- représente une part de l’humanité bannie.

    Alexandre n’a-t-il pas permis, grâce à la langue grecque transportée par lui et ses successeurs dans l’Orient, d’ouvrir à l’Occident les mystères de la Bible hébraïque ? Alexandre le grand n’a-t-il pas tenté d’unir l’Orient et l’Occident ?

    Dans les jours assombris que nous traversons, n’avons-nous pas besoin d’une main tendue de l’Église vers la vérité éblouissante ? Et si les reliques de Saint Marc étaient celles d’Alexandre le Grand ? Si l’Église délivrait le mystère, ouvrait aux archéologues l’origine des siècles, n’en serait-elle pas grandie face à l’obscurantisme ?

    Car enfin, si nos églises nous guident plutôt que les extrêmes fatals n’en saurions-nous pas mieux apaisés ?

    Dans ces jours où la Grèce et son peuple, à qui l’Occident et l’humanité tout entière doivent autant, par qui la parole christique a pu se transmettre à toute l’Europe, comment ne pourrait-on lui rendre sa vérité ?

    Je vous demande, Saint Père, Évêque de Rome, d’ouvrir aux archéologues le TOP SECRET de la sainte basilique Saint Marc et de prouver au monde des hommes que l’Église est une alliée pour la recherche de la vérité.

    Je ne sais pas si les Dieux sont multiples ou uniques, je sais qu’Alexandre le Grand a été un homme dans l’Histoire unique. Je sais que le Christ et sa parole ont été dans l’Histoire uniques. Je sais qu’ils tendent la main entre l’Orient et l’Occident.

    Il y a longtemps j’ai fait un rêve.

    Avec tout le respect que je vous dois, Saint Père, Évêque de Rome, recevez ma prière.

     


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