• Edward Munch, Le baiserJe ne savais pas ce que ton baiser balbutiait
    Je sentais que ton baiser inventait un langage
    Je ne savais pas ce que ton baiser goûtait
    Je sentais que ton baiser m'ouvrait à des mondes inconnus

    Ton baiser aurait tendu l'arc d'Ulysse
    Ton baiser aurait nourri l'arche de Noé
    Ton baiser aurait rompu les trahisons de Judas
    Ton baiser aurait porté le Christ à la passion

    Quel est ce frisson qui parcourt ma peau
    Quelle est cette ivresse qui ignore les funestes drogues
    Quelle est cette apesanteur qui se transmet à mon corps
    Quelle est cette force qui évanouit mes pensées

    Je m'abandonne à ton chaud frisson
    Je m'enivre à la respiration de ta bouche
    Je voyage au cœur de ton baiser
    Je m'anéantis à ta force délicate

    Peut-on décrire la création d'une étoile
    Peut-on saisir l'origine du monde
    Peut-on croire en l'éternité des temps
    Pourtant ton baiser s'est accompli

    Nous avons partagé un baiser.

     

    Illust. : Edward Munch Le baiser

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  • Je suis été
    Les printemps sont fanés
    Déjà l'automne se pare
    Des neiges de l'hiver.


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  • J'ai refermé ton livre et le dernier mot écrit dessinait l'intervalle entre nous. Ce livre fini s'achève avec nos nuits uniques. Tu parlais d'Absence, de Vide, de Voyage. J'aurais pu écrire les mêmes mots, ailleurs. Mais auraient-ils eu le même sens ? C'est bien là le piège : sens. Quel mot étrange qui signifie tout à la fois sensation -ce qui vient du dedans- et direction -ce qui va là-bas, perdu.

    Ce soir, combien je regrette que mes sens aient brouillé à ce point la réalité, qu'ils m'aient plongée dans la ville, sous la lune rousse de l'été, pour t'amener à moi. Tous ces chaos dans nos têtes, entre nous, pour une erreur de sens. D'ailleurs, que signifient : Absence, Vide, Voyage ? Ce sont des tourments inventés qui nous attachent à la vie et à ses faux-semblants. La nuit quand je marche dans les rues, est-ce le désir ou la perte de sens qui m'envahit ? M'endormir en évitant les sensations, rester immobile au bord du lit et, n'attendre rien. Les mots nous encombrent comme un mal puissant. Erreur de sens.

    Qu'espérait-elle en mordant le fruit ? Je voudrais être un dieu courbé au-dessus de la Terre, surveillant les allées et venues des sentiments, les surveillant de très loin, de très haut à la façon d'un savant penché au-dessus de la cage en verre des rats blancs.

    Bête à expérience. Si seulement je pouvais me contenter d'une cabane isolée au bord d'une plage. Passer mes jours à respirer à plein sens.


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  • Campagne de Chine (à écouter)

     



    Campagne de Chine : c'est la dernière des cartes postales que mon père m'a envoyée cette année. Je ne sais pas de quelle région il s'agit. Regardez, le gros rocher semble tombé du ciel depuis la veille, vous ne trouvez pas ? Voulez-vous boire un café ? Asseyez-vous, je vous le sers bien chaud. Mon métier ? Je suis calligraphe. Je recopie avec des plumes à bec d'anciens textes sacrés ou désuets. Je m'applique devant mon bureau tout le matin et tout l'après-midi, c'est un rituel indispensable. Je reste là des heures jusqu'à la tombée de la nuit. Lorsque la nuit tombe, je ne sais plus recopier. Je ne sais pas écrire non plus. Je me couche tôt sous les draps blancs de mon lit étroit. Mon père n'est pas venu ici depuis des mois. Il voyage. Pour ses affaires, dit-il. Je reçois ses cartes postales que je colle sur le mur de la cuisine au-dessus de la machine à café. Je bois beaucoup de cafés, je regarde souvent ses cartes. C'est un bout du monde qui arrive jusqu'ici.


    Mon éditeur parfois me rend visite pour connaître l'avancée de mes travaux. Ce sont des visites courtes. Je crois que je l'ennuie. Souvent j'ennuie les gens. Je parle peu. Avec vous, je parle beaucoup, c'est inhabituel.
    Mon père, lui, est capable d'amuser des inconnus tout au long d'une soirée. Ma mère était comme moi, dit-il, distraite et effacée, mais je n'ai pas connu ma mère. Longtemps mon père a gardé dans son portefeuille une photo de moi, prise à l'école maternelle, avec mes dessins d'enfant accrochés au mur, derrière mon bureau d'écolière. En ce temps-là j'avais les cheveux longs. Cela n'a pas duré. Mon père ne supportait pas mes cris chaque fois qu'il tentait de me coiffer. Je n'avais pas d'autres moyens pour communiquer avec lui que pousser des petits cris, enfin seulement quand il me coiffait.

    Le matin, je bois mon café debout devant la machine à café, je regarde les cartes postales des pays que mon père traverse, voilà mes seuls lieux imaginaires. Mon père a rapporté de tous ses voyages des objets encombrants, poussiéreux qui me donnent tant de travail, des meubles en bois précieux, des peaux de tigre, des boîtes en corne d'éléphant. Ma tante, qui est une vieille dame, me traite de folle, jeter des objets aussi rares ! Pour moi, ce ne sont que des objets poussiéreux et ennuyeux, comme ma vie. Heureusement, mon père m'envoie des cartes postales.

    Vos yeux sont tristes mais doux. J'aime bien vos yeux. Non, je vous assure dans mes copies calligraphiques, je me livre bien plus que je ne l'oserais avec un livre que j'écrirais. Surtout je n'ai rien à écrire d'important sur ma vie, elle manque de fantaisie, aucun fantasme non plus ne m'habite. Ah si, le jus de grenade. Parce que j'utilise la grenade, mon fruit préféré, pour mes encres. Vous savez dans la grenade ce qu'on mange ce sont les graines, pas la chair. Et avec la peau on fait de l'encre. Mais surtout, chut, écoutez, c'est lui le fruit défendu. Parce que, réfléchissez, si c'est la graine qu'on mange, ce fruit ne peut pas se reproduire, c'est pour ça qu'il est interdit, voyez-vous. Oui, je sais, c'est embrouillé dans ma tête. Il est préférable que je recopie les textes d'auteurs anciens, oubliés, ma tête reste en paix avec ses complications. Mais laissons ça. Je vous ai tout dit de ma vie.

    Pourquoi prenez-vous ma main ? Oui, la nuit tombe, je veux bien que vous restiez ce soir chez moi. De toute façon je ne pourrais plus travailler, il fait nuit. Ne craignez-vous pas de vous ennuyer avec moi ?

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    ©  2007


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  • Elles étaient toutes venues
    Avec leurs mains crispées
    Et leurs bouches closes
    Elles étaient toutes là
    Contre la porte
    Dans le noir du corridor
    Phèdre et Alma
    Carmen et Hélène
    George et Sapho
    Quand les amants unis
    Se sont endormis
    Elles sont reparties, radieuses.
    L'amour quelque temps
    S'est posé
    Sur un coin de la Terre.



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