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    Dans les jours de solitude, j'apprivoise la solitude, ou bien est-ce elle qui m'apprivoise ? Au fil des heures, elle devient une amie, une confidente. Silencieuse et respectueuse.

    Avec la solitude, j'écoute le battement des contradictions. Je peux oser mille perversions et elle m'excuse d'un sourire pour ces errements, ces passions nées du mouvement oscillatoire d'un moucheron attiré par la lumière, ou de la lumière elle-même qui tombe à mes pieds le long d'un mur blanc, ou bien encore des ces mots assemblés dans un livre par l'ivresse d'un autre.

    Avec la solitude, j'écoute le silence. Il donne un contour à l'espace qui m'environne, la solitude le peuple.

    Un martèlement bref à mon cœur n'est autre que Narcisse qui s'effleure et se brise. Rien d'autre. La douleur de soi à soi demeure au coin des lèvres quand une odeur survient ou quand un bruit furtif accompagne mes pas et que je me retourne. Derrière, il n'y a rien, cette odeur n'appartient à personne. On regarde la plaie pour en avouer la réalité.

    Les jours de solitude sont étonnants de vérités. Comme un mot qui sonne juste à un moment précis. La découverte -par soi-même- de la réalité est un vertige, une quête mystique. On rencontre la réalité comme on rencontre dieu : face à elle son se sent désarmé, trop petit pour la contempler, trop ignorant pour en connaître la profondeur. Dieu serait la réalité qui nous entoure, qui habite l'espace entre moi et les autres, entre moi et le monde ? La réalité crée les espaces, liens invisibles, dressés les uns contre les autres. Ne pas perdre les liens qui nous attachent à la réalité.

    Jusqu'à perdre l'idée d'aimer. Non pas aimer pour éviter la solitude, non pas aimer pour quelque chose, seulement pour le plaisir de sentir l'autre, d'être dans le même espace ou encore que l'espace soit absout. Peau à peau.


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  • Campagne de Chine (à écouter)

     



    Campagne de Chine : c'est la dernière des cartes postales que mon père m'a envoyée cette année. Je ne sais pas de quelle région il s'agit. Regardez, le gros rocher semble tombé du ciel depuis la veille, vous ne trouvez pas ? Voulez-vous boire un café ? Asseyez-vous, je vous le sers bien chaud. Mon métier ? Je suis calligraphe. Je recopie avec des plumes à bec d'anciens textes sacrés ou désuets. Je m'applique devant mon bureau tout le matin et tout l'après-midi, c'est un rituel indispensable. Je reste là des heures jusqu'à la tombée de la nuit. Lorsque la nuit tombe, je ne sais plus recopier. Je ne sais pas écrire non plus. Je me couche tôt sous les draps blancs de mon lit étroit. Mon père n'est pas venu ici depuis des mois. Il voyage. Pour ses affaires, dit-il. Je reçois ses cartes postales que je colle sur le mur de la cuisine au-dessus de la machine à café. Je bois beaucoup de cafés, je regarde souvent ses cartes. C'est un bout du monde qui arrive jusqu'ici.


    Mon éditeur parfois me rend visite pour connaître l'avancée de mes travaux. Ce sont des visites courtes. Je crois que je l'ennuie. Souvent j'ennuie les gens. Je parle peu. Avec vous, je parle beaucoup, c'est inhabituel.
    Mon père, lui, est capable d'amuser des inconnus tout au long d'une soirée. Ma mère était comme moi, dit-il, distraite et effacée, mais je n'ai pas connu ma mère. Longtemps mon père a gardé dans son portefeuille une photo de moi, prise à l'école maternelle, avec mes dessins d'enfant accrochés au mur, derrière mon bureau d'écolière. En ce temps-là j'avais les cheveux longs. Cela n'a pas duré. Mon père ne supportait pas mes cris chaque fois qu'il tentait de me coiffer. Je n'avais pas d'autres moyens pour communiquer avec lui que pousser des petits cris, enfin seulement quand il me coiffait.

    Le matin, je bois mon café debout devant la machine à café, je regarde les cartes postales des pays que mon père traverse, voilà mes seuls lieux imaginaires. Mon père a rapporté de tous ses voyages des objets encombrants, poussiéreux qui me donnent tant de travail, des meubles en bois précieux, des peaux de tigre, des boîtes en corne d'éléphant. Ma tante, qui est une vieille dame, me traite de folle, jeter des objets aussi rares ! Pour moi, ce ne sont que des objets poussiéreux et ennuyeux, comme ma vie. Heureusement, mon père m'envoie des cartes postales.

    Vos yeux sont tristes mais doux. J'aime bien vos yeux. Non, je vous assure dans mes copies calligraphiques, je me livre bien plus que je ne l'oserais avec un livre que j'écrirais. Surtout je n'ai rien à écrire d'important sur ma vie, elle manque de fantaisie, aucun fantasme non plus ne m'habite. Ah si, le jus de grenade. Parce que j'utilise la grenade, mon fruit préféré, pour mes encres. Vous savez dans la grenade ce qu'on mange ce sont les graines, pas la chair. Et avec la peau on fait de l'encre. Mais surtout, chut, écoutez, c'est lui le fruit défendu. Parce que, réfléchissez, si c'est la graine qu'on mange, ce fruit ne peut pas se reproduire, c'est pour ça qu'il est interdit, voyez-vous. Oui, je sais, c'est embrouillé dans ma tête. Il est préférable que je recopie les textes d'auteurs anciens, oubliés, ma tête reste en paix avec ses complications. Mais laissons ça. Je vous ai tout dit de ma vie.

    Pourquoi prenez-vous ma main ? Oui, la nuit tombe, je veux bien que vous restiez ce soir chez moi. De toute façon je ne pourrais plus travailler, il fait nuit. Ne craignez-vous pas de vous ennuyer avec moi ?

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    ©  2007


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  • Chaque matin,
    Tes sourires m'éveillent
    Chaque soir,
    Je t'endors
    De mes câlins
    Pour tes joues douceur
    Et les longs week end
    Où tu pars sur d'autres chemins
    J'égrène les heures
    Mais chut c'est un secret
    Je te laisse grandir
    Loin de moi pendant tes journées
    Mon enfant


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  •  Chut je l'entends qui approche
    Quel philtre puissant m'a-t-elle laissé boire
    Je tremble ce n'est pas de froid
    Juste dans l'attente de son premier baiser
    Je n'ai rien d'autre à faire
    Qu'à m'étendre dans un cercueil de pierre
    Je pourrais bien m'assoiffer à son cou
    Si elle me laisse faire
    Je gravis sans cesse
    La colline qui me conduit
    A son vermeil sommeil

    Traverser son palais silencieux
    Aux dormants de mille ans
    Assoupir un vieil eunuque
    Pour l'approcher
    Toucher ses voiles aimés
    Désirés
    Dans mon costume de bête
    J'apprivoise ma belle
    La pulsation des étoiles
    Dans mon cœur ensorcelé
    Cadence ma soudaine passion
    L'un après l'autre, je détache les pétales
    De son destin
    Entre mes mains moites
    D'impudeur
    Mes soupirs n'ont rien de chastes
    Des râles sans doute
    Ou des cris de loup
    Dans la prairie à la voûte tiède.
    Le son de sa voix est déjà une tempête
    Mon tapis de mots n'est pas assez volant
    Pour rejoindre sa couche
    Je convoite son regard du haut de ma tour
    J'incline ma chevelure alourdie
    Autour de sa nuque superbe
     Si doux entre mes doigts
    Je tiens le soulier de vair
    Je la chausserai pour la connaître enfin.


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