•  

    Dans la bananeraie, les hommes coupent à la machette le régime de fruits verts. Bientôt après avoir cueilli les fruits mûrs, ils tailleront les plants morts des bananiers. La longue fleur femelle, aux doigts raides, violets, pendra désormais desséchée.


    Pour l'heure, je me tiens à l'ombre d'un bananier, éventé par les larges palmes poussiéreuses de l'herbe géante qui se balancent avec mollesse au souffle des vents. Je sirote des boissons sucrées sans goût, sinon celui de la fraîcheur. Je suis au cœur du continent du don et contre-don. Je médite sur l'impermanence des choses et j'observe le ciel africain immense, au vol si haut des oiseaux et aux nuages amples. Un homme passe dans la ruelle, transportant sur la tête une machine à coudre de la marque Eléphant, les lettres sont effacées. Il joue avec une paire de ciseaux pour rythmer ses pas. Les Africains sont emplis de cet amour jamais perdu qui donne à leur démarche de l'assurance qui peut parfois passer pour de l'arrogance. Cette force tranquille tient tout leur corps pareil aux arbres plantés dans la savane avec leurs branches lourdes jamais écrasantes, ouvertes au-dessus des troncs pleins.


    Dehors les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins nus se baignent dans le marigot. La dolotière, vêtue d'un pagne vert, m'entraîne derrière elle. C'est une femme robuste, massive sans être lourde. Sa démarche a le même velouté que ses rondeurs. Elle s'arrête et parle longuement au joueur de balafon qui se tient seul dans sa cour. Leur conversation semble importante. Quelle affaire peuvent-ils régler ? Une soirée de musique chez la dolotière ? Ils parlent tous deux en mossi et moi je regarde le ciel s'étirer en longues volutes blanches et rouges. La dolotière reprend sa démarche chaloupée et nous passons devant la cour du tisseur et de son fils, silencieux, qui passent et repassent leur navette en bois entre les fils colorés tendus par une pierre comme une toile d'araignée. A côté d'eux se tient une jeune mère qui allaite son enfant. La chaleur -est-ce le vent ?- se fait oublier et l'orage est pourtant lointain. La dolotière salue le tisseur et son fils et me fait signe de la suivre. Je l'accompagne jusqu'à sa cour où jouent deux enfants très jeunes. L'un deux porte à son cou une boîte de conserve. Il l'a accroché à une ficelle et l'a tendue d'une peau qui transforme la boîte en tam-tam. A mon approche, le petit se cache derrière sa soeur plus grande d'une tête. 
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    Je me souviens d'un autre hiver passé dans une ville d'Europe. C'était avant mon départ pour l'Afrique. A cette époque je vivais dans un appartement spacieux en bordure d'un fleuve. L'appartement fané ressemblait à un vieil hôtel vénitien, le charme en moins, la crasse en plus.

     

      

      

    à suivre


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  • Ars - J'en peux plus, de l'air.

    Her - Oui, la terrasse et son horizon valent mieux que ce banquet interminable.

    Ars - J'en peux plus, et toutes ces vierges qu'on peut à peine regarder, avec leur nouvelle morale.

    Her - C'était couru, je l'avais portant prévenu qu'il n'avait rien à y gagner.

    Ars - Ça sert à rien de prévenir, regarde Cassandre. Mais t'as raison, on n'aurait pas dû les accepter tous. A douze on s'en sortait bien, on n'était jamais d'accord mais on était une famille !

    Her - C'était couru d'avance, on n'a pas les mêmes valeurs.  Posèd en a avalé sa fourchette quand il lui a annoncé l'arrivée des autres.

    Ars - S'il nous avait demandé notre avis.

    Her - On aurait refusé s'il avait fait un vote démocratique.

    Ars - Ses arguments sonnaient faux. Qu'on pouvait pas se passer des nouveaux venus, que l'époque voulait ça. Encore heureux qu'ils nous aient pas interdits l'hydromel.

    Her - Quoique le vin de Diony, moi je préfère. Ah les gouttes de dieu !

    Ars - Dommage qu'il ait fait alliance avec l'autre libérateur. Ça lui vaut rien toutes ces fadaises à Diony. L'amour, l'amour, l'amour. Ils ont plus que ça à la bouche. Regarde-les tous les deux, affalés sur leur couche à se demander lequel des deux est le meilleur rejeton, lequel a le père le plus puissant.

    Her - Ben, quand t'es né de la cuisse de Jupiter ou d'une Vierge. Au fait, qu'est-ce qui se passe en bas ce soir ?

    Ars - Ils ont trouvé 8 000 pièces d'or. Pour leurs insurgés.

    Her - Au moins eux, ils font leur révolution. Nous on fait quoi ? Je te dis on est devenu des falots, des finis, dépassés qu'on est.

    Ars - Disons que pour les pièces d'or, je leur ai soufflé l'idée.

    Her - Beau coup, Ars.

    Ars - Silence, en principe, j'ai pas le droit, délit d'initiés. Et ça fait partie du patrimoine, encore un truc que le vieux me pardonnerait pas.

    Mag - Eh bien, les garçons, vous avez l'air maussade. T'as perdu tes ailes, Her ?

    Her - Salut Mag. On parlait des tiens. Depuis que le boss les a acceptés à nos banquets, c'est mortel.

    Mag - Petit massage des pieds pour vous détendre ? Quoique toi Her, avec tes sandales, pas facile de te délasser.

    Ars - Non, le fils passe encore, mais le père ! Et ses inspirés qui se disputent la part du gâteau.

    Her - Forcément, à chacun il a promis le meilleur : peuple élu, dernier prophète. Même son fils il l'a mis à contribution. Dieu unique ! Quelle plaisanterie !

    Ars - Sauf pour ceux d'en-bas. Parce que le paradis sur terre, c'est bien fini. Je crois que je préfère les fêtes d'Hadès, au moins on sait à quoi s'attendre avec lui.

    Her - Et surtout, sa femme est si belle, n'est-ce pas ? Si tu crois que j'ai pas vu votre manège. Méfie-toi d'Hadès, il a l'oeil. Enfin, si je pouvais prendre ta place, une seule fois !

    Ars - Ah non, y a Sid qui se pointe, y manquait plus que lui. Salut, Sid ! Ça va ? Tu viens chercher la fraicheur sur la terrasse ?

    Sid - La fraicheur est là. Inutile de la chercher. Je la porte en moi.

    Ars - Ah oui, bien sûr, en toi. Ouf, il se tire. Parce que question jouissance éternelle, on a trouvé mieux. Merde, ça crame en-bas. Regarde là et là. Putain, cette fois-ci c'est les Grecs qui foutent la pagaille.

    Her - Ça va nous l'énerver, le vieux.

    Ars - Si au moins ça pouvait le mettre en colère, qu'on roule dans la boue son peuple.

    Her - Il bougera pas le petit doigt, ils l'ont renié. Il oublie pas.

    Ars - Ouais et nous on a récupéré le nouveau dieu et ses acolytes pour que Zeus se croit magnanime en l'acceptant aux champs élyséens. Bien fini pourtant sa toute puissance, elle a glissé à l'Est et c'est pas fini. Si encore les vierges on pouvait s'en amuser.

    Mag - Vous n'en avez pas assez de ressasser votre passé glorieux ! Vous êtes pathétiques. Regardez plus loin. Y a encore des peuples qui aspirent à vos polythéismes. Regardez. Salut Tian. Imposant non ?

    Her - Oh toi, il faut toujours que tu guettes le mâle dominant, t'es prête à te mettre à ses pieds. C’est sûr qu’avec son potentiel de pratiquants, un empire à lui tout seul, ça va les faire trembler le dieu unique et ses prophètes. Ils vont rire jaunes.

    Mag - Vous savez de quoi parlaient vos dieux ce soir ? Si vous étiez restés, vous auriez pu entendre la grande nouvelle.

    Ars - Quoi encore ?

    Mag - Ils débattent sur l'idée d'accepter dans le Panthéon les dieux de HD 69830.

    Her - Quoi ? HD comme Harley Davidson ? Si ça peut m'aider à voyager loin.

    Mag - Hoshun Dakhan. Le système stellaire de la Poupe.

    Ars - Ben voyons, y manquait plus que ça, pourquoi pas Alderaan tant qu'on y est, ou la planète foot ? Des dieux extraterrestres ! Et nous on devient quoi ? Je vous le dis on est foutu. Le temps du rêve est bien fini. Bon qu'est-ce qu'on fait, on finit la nuit chez Hadès ? Tu nous accompagnes Mag ? T'auras bien deux copines à nous présenter en bas ?


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  • Qu'est-ce qui m'a pris encore ? Elle n'est même pas jeune. Elle est... elle est. Enfin, vous voyez ce que je veux dire. Il n'y a que les connaisseurs pour sentir cela. Les autres passent, sans un regard. Trop pressés. Il faut être dilettante, comme vous et moi.

    Qu'est-ce qui m'a pris encore ? Parce que, tout bien considéré, c'est certain, mon épouse -enfin la femme qui vit avec moi depuis vingt ans- n'y trouvera rien à redire, elle haussera tout au plus les épaules, un nouveau caprice. Ma vieille maîtresse n'en saura rien, quant à elle, elle ne s'intéresse qu'à nos rencontres éphémères, à nos jeux sensuels. Non, celle qui m'inquiète, c'est Blandine, ma troisième femme. Elle risque de me poser des questions. Je devrais lui mentir, enfin lui cacher la vérité, je déteste cela. Non, je crois que cette rencontre n'a pas de sens, une quatrième femme, non, non ! Ne lui donnons pas l'idée d'une suite, pas une once d'empreintes, de traces. Rien. De l'éphémère, de l'inaccompli. Rester en suspend, je ne vois pas d'autre issue.

    Elle vit dans une ville du Sud. Je n'aime pas le Sud, j'ai toujours préféré les hivers de glace. Dans sa robe noire, flottant sur les quais et dans les allées du parc, elle m'a accroché. Mon bras à son bras. Qu'est-ce qui m'a pris encore ? J'aurais dû passer mon chemin, tourner la page sans la lire, ne pas même imaginer qu'un nouvel amour me capture.

    Ah, j'ai prononcé le mot ? Vous êtes certain ? Non, du désir, oui, du désir. Amoureux ? J'avoue, je m'y enroule, je sombre dans cette terrible addiction. Mais voyez-vous, mon emploi du temps est déjà très chargé, le matin je délivre mes cours à l'université, je vous accorde des après-midi pour vos traductions, j'ai mes sorties nocturnes, auxquelles je ne peux renoncer, et des repas avec mes enfants. Mes rendez-vous avec Blandine. Non, vraiment, je ne peux rien lui accorder, aucune plage de liberté. Je ne penserai pas à elle, je la pousserai dans les bras d'autres rencontres. Elle se lassera de mon manque de disponibilité. Quel amour tiendrait ? Son absence me suffira. J'en humerai la douloureuse et passionnante déchirure. Nos meilleurs souvenirs se délectent des amours inachevées. Elle me rappelle mon premier amour. Il m'a détruit, savez-vous. J'ai reconstruit grain par grain, des remparts pour éviter le morcellement.

    Oublions, reprenons notre lente traduction.


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  • « Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l'œil et observe. Ce que tu as vu d'abord n'est plus et ce que tu verras ensuite n'est pas encore. » Léonard de Vinci 


    J'étais attablé à une taverne florentine en train de déguster une assiette d'affettati misti lorsque, contre toute attente, Léo entra, lui qui ne mettait jamais les pieds dans une taverne populaire. Sans attendre, dès qu'il me vit, alors qu'il ne buvait du vin qu'en hiver pour se réchauffer, coupé d'eau et aromatisé à la cannelle, chaud et insipide, Léo prit place en face de moi et se servit un verre de Chianti. Il était si agité, si exalté, que je ne cherchais même pas à comprendre comment il avait fait pour me retrouver. « J'ai reçu une nouvelle commande du marchand florentin, Francesco di Bartolomeo, tu sais un de ses riches notables de la ville, arrogants parce qu'ils font vivre notre cité, froids comme la bise parce qu'ils ne portent en eux que la sècheresse de leurs machines à textile. » Je ne pus m'empêcher de lui murmurer amicalement : « Léo, tu exagères, c'est toi qui as inventé à profusion, pour eux, ces mécaniques qui leur servent à tisser leurs brocards et autres étoffes pour mieux s'enrichir ! » Il m'interrompit et reprit tout aussi vite : « C'est vrai, c'était dans un moment de faiblesse. Je m'ennuyais, il me fallait trouver une nouvelle idée, la peinture dans ces jours-là me trahissait et j'ai étudié ces mécanismes pour dérouiller mon cerveau. C'est du passé. » Il rebut une gorgée : « Lorsque ce marchand est venu jusqu'à moi, j'étais profondément découragé à l'idée de peindre une fois encore une de ces femmes fades et soumises à leur riche et vieil époux. Je me suis donc rendu le jour fixé via della Stufa au domicile de ce Florentin, vêtu certes avec élégance mais, malgré qui respirait malgré tout, excuse-moi du mot, le parvenu ! Tout ça parce que ses lointains comptoirs croulent sous les épices et les étoffes soyeuses ! Don, ce jour-là, c'est à dire ce matin même, je tintinnabule à la lourde porte cochère. Des valets m'accueillent et devant moi ouvrent des portes lourdes, enchevêtrés d'angelots dégoulinants de feuilles d'acanthes, déplacent des paravents massifs, soulèvent des tentures lourdes, violettes à force d'être rouges. Je tente de suivre à grandes enjambées les deux valets à travers les corridors, les suites de pièces aux plafonds florentins. J'entre enfin dans une chambre, une chambre de femme, donc de l'épousée. Il m'avait prévenu : « Ma femme est jeune, très pudique, il ne s'agit pas de la déshabiller pour faire son portrait, soyez modeste seigneur de Vinci ! » Je m'attendais donc à découvrir une Florentine rousse, à la chevelure relevée en tresse arrondie autour d'un visage grave et parfaitement impavide, vêtue de soierie colorée, décorée de bijoux aux pierres énormes, pressant contre sa taille un enfant extrêmement remuant et pour tout dire un filou de fils de marchand ! Tu sais combien les passants dont je suis préfèrent un beau visage aux riches ornements. Donc j'entrais en soupirant, mon jeune valet Giacomo me suivant, portant le chevalet, la boîte à peintures et tous les instruments nécessaires à mon art. Je lui fis signe distraitement de dresser le chevalet là près d'une fenêtre ornée de tentures comme celle décrite précédemment, je ne te fais pas un dessin. Et là je vois le regard de Giacomo se figer soudain, il regarde le fond de la pièce, c'est vrai j'ai entendu une porte s'ouvrir, quelqu'un arrive. Je me retourne. Sers-moi un verre je te prie mon cher Omer et sers-toi aussi ; ce qui va suivre ne saurait te rendre la gorge... enfin, écoute-moi bien. »

    A ce moment-là de son récit, Léonard était devenu livide, pourtant ses yeux pétillaient, que dis-je, ses yeux retrouvaient leur vivacité, ses yeux noirs, d'habitude lourds de fureur, rayonnaient à cet instant comme le regard bien plus tard de son Jean-Baptiste. Sa bouche d'ordinaire si fermée montrait des dents gourmandes et, à cet instant, j'en suis sûr, j'aurais pu lui tendre un gigot, il l'aurait mangé sans faire la grimace, lui qui déteste se nourrir de viande. Il dressait sa main droite comme pour désigner la vérité tombée du ciel. Il me fit le portrait d'une femme, telle que nous en rêvons tous : joyeuse, agréable, au regard limpide, empli de l'éclat de vie, des yeux bordés de cils de la plus grande délicatesse, le nez aux ravissantes narines roses et délicates qui semblaient souffler la vie même. Elle était vêtue d'une robe longue, moulante, tombant jusqu'au sol. Son corsage échancré laissait entrevoir sa chemise intime et découvrait sa gorge où l'on saisissait le battement de ses veines. « Mais cette charmante figure et merveilleusement ouvragée n'est rien auprès de l'âme que je sentais vibrer sous ses gestes, quelque chose de divin respirait dans sa chair. Dis-moi, a-t-on jamais terminé quoi que ce soit ? Cette femme avait atteint la sérénité, mon cher Omer. Dans la lumière du matin de Florence, elle apparaissait comme un mystère plongeant dans l'infini. Elle me salua et se présenta : Lisa. Cette femme au visage étrange et souriant parlait et sa voix me mit au supplice. Moi, Léonard, comment une femme pouvait à ce point provoquer mes cinq sens ? Elle regardait quelque chose en moi, derrière moi, elle semblait chercher dans mon passé. A cet instant j'aurais voulu la peindre en déesse de la beauté étendue sur une peau de léopard, ou en vierge bénie et immaculée. Je sentis combien cette femme saurait transfigurer mon œuvre. Je tenais en elle le mystère de l'humanité et je voulais à jamais l'immortaliser. Hélas je n'avais pris avec moi qu'un vulgaire panneau de peuplier très mince pour ne pas alourdir mon jeune valet et il m'était impossible d'attendre une deuxième séance pour commencer l'oeuvre ! Je suis en train de peindre une immortelle sur un bout de planche. Voilà ma folie ! Voilà à quoi je suis réduit pour ne pas interrompre le cours de l'art. »


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  • Edward Munch, Le baiserJe ne savais pas ce que ton baiser balbutiait
    Je sentais que ton baiser inventait un langage
    Je ne savais pas ce que ton baiser goûtait
    Je sentais que ton baiser m'ouvrait à des mondes inconnus

    Ton baiser aurait tendu l'arc d'Ulysse
    Ton baiser aurait nourri l'arche de Noé
    Ton baiser aurait rompu les trahisons de Judas
    Ton baiser aurait porté le Christ à la passion

    Quel est ce frisson qui parcourt ma peau
    Quelle est cette ivresse qui ignore les funestes drogues
    Quelle est cette apesanteur qui se transmet à mon corps
    Quelle est cette force qui évanouit mes pensées

    Je m'abandonne à ton chaud frisson
    Je m'enivre à la respiration de ta bouche
    Je voyage au cœur de ton baiser
    Je m'anéantis à ta force délicate

    Peut-on décrire la création d'une étoile
    Peut-on saisir l'origine du monde
    Peut-on croire en l'éternité des temps
    Pourtant ton baiser s'est accompli

    Nous avons partagé un baiser.

     

    Illust. : Edward Munch Le baiser

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