• Ce baiserCe baiserCe baiserTu te tenais dans la cuisine. Nous n'étions pas nus. Juste un bout de nuque. Tu t'es penché. Lentement. Au-dessus de la table qui rétrécissait entre nous. C'était tôt le matin. Le café fumait dans nos tasses. Tu t'es penché jusqu'à moi. Tu as effleuré mes lèvres. Longuement. Un long baiser de cinéma. Pas celui d'Hollywood. Ni celui de Fellini. Même pas celui d'Hitchcock. Un long baiser.
    Nos bouches se sont entrouvertes. Tu m'as soufflé tes pensées, tu m'as fait tienne. Je n'ai pas vacillé, j'ai tout pris, entre mes lèvres. J'ai reçu ton souffle sans trembler.
    Ton souffle continue quand je marche dans les rues de printemps et que le vent emporte mes pas loin de toi. Le soleil m'éblouit, un trou noir à mes yeux et j'avance aveuglée.

     


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  • Edward Munch, Le baiserJe ne savais pas ce que ton baiser balbutiait
    Je sentais que ton baiser inventait un langage
    Je ne savais pas ce que ton baiser goûtait
    Je sentais que ton baiser m'ouvrait à des mondes inconnus

    Ton baiser aurait tendu l'arc d'Ulysse
    Ton baiser aurait nourri l'arche de Noé
    Ton baiser aurait rompu les trahisons de Judas
    Ton baiser aurait porté le Christ à la passion

    Quel est ce frisson qui parcourt ma peau
    Quelle est cette ivresse qui ignore les funestes drogues
    Quelle est cette apesanteur qui se transmet à mon corps
    Quelle est cette force qui évanouit mes pensées

    Je m'abandonne à ton chaud frisson
    Je m'enivre à la respiration de ta bouche
    Je voyage au cœur de ton baiser
    Je m'anéantis à ta force délicate

    Peut-on décrire la création d'une étoile
    Peut-on saisir l'origine du monde
    Peut-on croire en l'éternité des temps
    Pourtant ton baiser s'est accompli

    Nous avons partagé un baiser.

     

    Illust. : Edward Munch Le baiser

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  • Le caillou se mêle au haricot pour avoir de l'huile.
    signification : se tenir aux côtés des puissants pour bénéficier des mêmes bienfaits.
    Celui qui parle ignore que celui qui l'écoute est malin.

    Si l'eau coule et arrive à la montagne, elle arrive à sa limite.

    Deux canaris ne se portent pas sur une seule tête.

    L’œuf sait où il doit danser.

    Si le mensonge suit le chemin
    La vérité cherche dans les herbes.

    L’œil du curieux est creux,
    le cri du crapaud le tue dans l'eau.

    La calebasse se met elle-même sa corde.

    Si l'eau ne se trouble pas, elle ne se décante pas.

    Même si une écorce d'arbre reste longtemps dans l'eau, elle ne devient pas un crocodile.

    Si la malice dépasse mon ami, elle gâche l'amitié.

    Si l'échange ressemble à un don, que chacun garde son bien.


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    Kazantzákis

    Je me suis inventée un père : il s'appelle Kazantzákis. Pourquoi dès que j'ouvre ses livres, les yeux me brûlent-ils ? Je ne suis pas une enfant de Crète. A Naxos, les prêtres catholiques ont fermé leur école. Il n'y a plus de jardins et les tavernes sont remplies de touristes. Pourquoi alors me tourmentes-tu au-delà tu temps ? Le soleil brillant lentement retourne à l'horizon. Il inonde encore la mer qui scintille, frileuse, annonçant déjà la nuit. Et moi, je pleure, parce que mon cœur déborde d'élan. Est-ce lui qui m'appelle, le Crétois, ou bien est-ce moi qui l'appelle ? Qui peut le dire ? J'ai hésité avant d'acheter « Lettre au Greco ». Je savais bien qu'en lisant le titre de loin, faisant semblant de ne pas le voir, qu’une fois encore Kazantzákis me posséderait. J'avais peur, tous ces mots qu'il crie à la face du monde. La Crète, terre rouge, terre de révolte, est son alibi. Comment retenir les larmes qui jaillissent comme la source, qui me tiennent dans leurs serres. Je me livre à l'aigle, telle l'hirondelle et accepte de gravir le mont du Golgotha à mon tour. Une femme le peut-elle ? Je voudrais le repos. Une main puissante me prend l'épaule et de force me montre Apollon brillant jusqu'à m'aveugler. Depuis que les mains rouges ont imprimé les tavernes de Lascaux, depuis que le potier a tracé à l'encre noire le premier profil du dieu, la lutte a commencé. L'homme s'élève au-dessus de la Terre, il soulève son regard et tous les jours brûle au soleil, souffre au vent. Il résiste, il refuse, mais la route continue. Toujours la vie se moque et l’entraîne sur sa pente tragique. Que croit-il gravir ? Quels monts pourraient le contenter ? Qu’elle soit sacrée ou magique, aucune montagne ne viendra à bout de son orgueil. Eh quoi ! Il croit se soulever davantage en portant d'immenses croix là-haut ? Foutaises ! La vie s'en moque. Sa route va tout droit quand celle de l'homme se perd. La vie vogue bien haut et rit des culbutes de l'humanité. Pas même, elle ne les voit pas. Elle n'a pas le temps.

    Mon dieu, l'alouette qui plonge dans son nid a-t-elle deviné que l'aigle moqueur guette ses petits ? A-t-elle deviné qu'elle s'épuise pour rien à les nourrir ? Elle tourne la tête et son œil luisant pourrait te sourire. Bien sûr, elle sait tout cela, mais elle continue son vol, d'un trait. Qui lui permettrait de se détourner ? Et même, l’aigle ne sera peut-être pas si gourmand ? Un oisillon sera épargné. Il faut poursuivre. L'alouette plonge dans le nid et du bec nourrit ses petits. Si ceux-là meurent, d'autres viendront. Elle reprendra ses vols.

    Allons toujours, il faut chercher dans la voûte bleue des réponses qui n'existent pas. Nous avons beau grimper les plus hauts sommets, aucune réponse ne teintera à nos oreilles. Le silence seul s’abat sur nous comme le rire perlée des sirènes.

    Voilà, il m'a encore sauté à la figure ou bien est-ce l'ouzo qui me tourne la tête ? Kazantzákis est un démon. A peine deux pages lues et déjà je fonds. Je retiens mes larmes comme des aveux ridicules.

    Un homme véritable ne se retourne pas pour dire adieu à ses père et mère, nous rappelle Kazantzákis . Alors je n'avais pas à me retourner quand ma mère a jeté son dernier souffle. Elle est partie sans que j'ai pu voir ou deviner son adieu. Elle m'a laissée sur le chemin sans appui. J’ai la faiblesse de croire que les nuits, en étoile brillante, elle revient parfois pour nous lier encore. Et souvent je lève les yeux vers la voûte marine pour chercher son secours ou pour la remercier. A la fois solitaire et jamais abandonnée jamais je ne pourrai lui dire : « Mère, pourquoi m'as-tu abandonnée ? » Si la blessure de sa cuisse l'a vidée silencieusement de son sang, jamais elle n'a réussi à la vider de moi. Plus faible et plus forte, l'orpheline avance parmi les hommes avec au-dessus de la tête, la petite sirène étoilée qui veille sur elle.

    Comment l'humanité, pleine de souffrances, guidée par la « constellation de l'angoisse », comme la nomme Kazantzákis , pourrait-elle parvenir à l'union des contraires ? Il faudrait plus d'amour et moins de haine. Plus de générosité et moins d'orgueil.

    Post scriptum Níkos Kazantzákis (en grec moderne : Νίκος Καζαντζάκης) ou Kazantzaki ou encore Kazantsakis, né le 18 février 1883 à Héraklion, en Crète, et mort le 26 octobre 1957 à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne).

     


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  • Pourquoi me hissai-je dans ce trou,
    Impressionnant cachot qui m’oppresse,
    Infini tunnel rempli de fous
    Qui me frôlent, me touchent, me pressent ?

    Sans cesse, des marches se déroulent
    Etranges serpents morts qui étranglent
    L’unique issue loin de cette foule
    Qui surgit, ricanante, à tout angle.

    Soudain une froide nuit embrasse
    Mon corps. Et ma prison sans barreaux
    Se resserre sur mon âme lasse,
    Blessée par un injuste bourreau.

    Sa lâche mission est de masquer
    A mes yeux voilés la lumière
    De l’ailleurs, faible lueur traquée
    Par cet être aux gestes de pierre.

    Mon cœur éprouvé je sens fléchir,
    L’espoir le délaisse et naît la peur
    Je cherche à fuir ce songe, à franchir
    La frontière qui mène au bonheur.


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