• Tout craque.Manga : le vieil Henry et la Japonaise

    Il a jeté son filet sur moi. Je ne demandais rien à personne. Il est entré et a parlé à mon âme. Enfin, mon âme...

    J'ai fondu comme le sucre dans le café. Après il ne restait plus qu'à ajouter la cuillère et boire jusqu'à la ... Plus de sucre. Juste le sang sur la clé de Barbe bleue. 

    Après ça, j'essaie autre chose.
    La musique, la radio, la TV, même les feuilletons américains, les terrasses de café, le saut par-dessus le parapet du pont au-dessus du fleuve ou par dessus la gouttière du toit de la maison d'en face, n'ont rien effacé du tout.

    Au fond d'un vieux livre, j'ai trouvé le vieil Henry. Il apprend le japonais pour se coller contre la jeune Hiko qui chante dans le piano bar les feuilles mortes en japonais. Enfin, un craquement.


     

     


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  • Servante, montre-moi encore ce doux billet.

    « Ce soir, mon amante,
    je vous attendrai à mon hôtel.
    Je reste votre fervent amant,
    comme vous l'aimez tant. »

    Ah ce soir arrive si lentement, cinq heures sonnent au clocher. Verse dans mon bain des senteurs suaves venues d'Orient mais point trop, qu'il respire encore mes odeurs. Ah mon dieu, cette ridule qui vient à mes paupières ! Tant de fois je l'ai pleuré, mon amant infidèle, voilà les empreintes de mes tristesses qui s'étirent à mon regard. Verse ce flacon d'huile d'Orient, que son baume estompe les douleurs passées. Ah, mon dieu, ce cheveu qui se colore de blanc ! Arrache-le vite de ma chevelure, qu'il ne voit pas combien je suis vieille. Ses belles maîtresses ornées de leur jeunesse sauront-elles s'effacer à son cœur ? S'il ne voyait que ma vieillesse et ses traces ? Ah mon dieu ma peau est encore douce, mes seins bien fermes ! Je lui plairai encore. Combien il est cruel de m'avoir abandonnée toutes ces nuits ! Je les ai bien comptées, quarante depuis notre dernière étreinte.

    « Je suis occupé »
    ne cessait-il de m'écrire dans ses billets froissés
    « Soyez patiente. »

    Ah l'inconstant, comment peut-il croire que je l'attendrais ? Bien sûr il a certains attraits qu'il est bien difficile d'oublier. Je ne parle même pas de ses étreintes qu'il a pourtant vaillantes, ni même de son corps aux courbes semblables aux marbres antiques - et vous savez, ma servante, combien je suis sensible à Rome et plus encore à la Grèce - encore moins de ses paroles qui vous laissent un goût de miel. Non je parlerai plutôt de sa prévenance, de sa galanterie, de sa présence infinie, et ses caresses qui vous rendent si belles. Ah je suis tombée en pâmoison. Oui, oui, je sais, servante, il m'échappe et cela le rend plus désirable encore. Mais enfin n'est-il pas maître de lui-même ? N'est-ce pas là sa grande valeur ? Ah je songe encore à toutes ces galantes qui semblables à moi s'éprennent de lui, ces jeunes demoiselles aux corps que l'âge n'a pas atteint, vibrant sous ses mains. Comme elles doivent s'accrocher à son bel enthousiasme ! Ah mon dieu, qu'ai-je fait en cette dernière nuit où il a partagé ma couche ? Que ne lui ai-je pas donné qu'il m'ait si longtemps dédaignée ? Il respirait à toutes mes effluves, je goûtais à ses délices chocolatés. Le frivole, j'ai parcouru toutes les collines du tendre avec lui. Ah mon dieu, je lui ai trop donné, c'est cela !

    Mais cessons ces jérémiades. Cette nuit il me revient. C'est certain, je saurais le séduire comme avant. Hélas, il exerce sur mon cœur un tel attrait que je crains bien de m'évanouir dès qu'il paraîtra. Sept mois déjà qu'il est entré dans mon âme. Sept mois que je tremble, que je gémis, que je prie. Sept mois qu'il demeure citadelle imprenable. J'aurais voulu le conquérir, tel Alexandre qui prit Tyr en sept mois. Dans un sursaut d'amour-propre, j'ai même tenté d'échapper à ses inconstances. Un ancien amant qui recevait, avant l'élu, toutes mes faveurs, soudain me déplut. Toutes ses tentatives me donnaient, bien malgré moi, à peine un frisson à la joue. J'ai goûté à d'autres nouveautés pour extraire le philtre fatal de mes veines. En vain ! Le premier au corps trop fragile, aux propos futiles m'ennuya. Je n'étreignais que ses épaules étriquées et même ses vices n'eurent pas mon agrément. Le second, époux volage, ne cherchait qu'à grimper dans mes creux, mais sans cette infinie douceur que l'ingrat savait si bien soupirer. Le troisième -oui ma servante, j'avoue je l'ai trompé trois fois avant que le coq n'ait chanté-, malgré ses savantes caresses, ne me prodiguaient que des imitations d'abandon. Ah oui, ma servante, je me suis abandonnée à mon merveilleux guerrier avec un tel enchantement que mon visage rayonnait telle Vénus sortant de l'écume. Qui pouvait me rendre son étreinte glorieuse ?  Ah mon dieu, comme le soir est long à venir, six heures sonnent au clocher. Prends soin de mon jupon de dentelle, de l'échancrure de ma robe rouge. Quoi, un nouveau messager porteur de quelle missive ?

    « Très chère,
    ce soir je ne saurais être avec vous.
    Un contretemps me rend indisponible à vous. »

    Quoi, aucune autre explication ! Le perfide, me veut-il revoir morte à remettre encore notre étreinte ? Ah non, je ne me laisserai pas traiter de la sorte, puisque ce soir le roi m'avait conviée à sa table, je saurais me distraire et oublier le féroce insaisissable. Allons servante, choisis la robe d'or que je scintille à la table royale.

    Dix heures sonnent au clocher. Oui je reviens bien tôt, le dîner du roi était d'un ennui amer. Je n'ai cessé de soupirer et je n'ai rien pu manger. Tout me tournait vers mon oublieux : le moindre visage avenant me rappelait le sien, le rire du roi, les mots d'un courtisan et mêmes les rimes d'un poète, tout me rappelait à lui et tous me paraissaient de bien pâles copies. Même mon ancien amant, à la table du roi, qui soupirait à me vouloir près de lui, non vraiment, rien n'y fit. J'ai adressé à l'insensible un message griffonné à la hâte : « Très cher, je serai malgré vous à votre hôtel si particulier, ce soir à dix heures et je vous y attendrai, quoique vous ayez entrepris. » Hélas, je ne saurais ainsi le rejoindre, je n'ai plus aucun amour propre et à ses genoux, je peux bien me traîner, mais quoi ses gens ne m'auraient pas laissé entrer. Hélas, ma servante, je préfère encore dormir seule dans ma couche et rêver de lui, à quoi bon chercher ailleurs l'oubli qui ne viendra pas. Ah je hais cette nuit. Quoi, un message de sa maison, qu'écrit-il cette fois ?

    « Très chère,
    mon importun enfin quitte ma maison,
    si vous voulez bien encore de moi,
    puis-je vous rejoindre en votre demeure cette nuit ?
    Dites-moi, me prendrez-vous la tête ? »

    Quoi, il ose ! Il suppose que je vais acquiescer à sa requête ? Mais pour qui me prend-il ? Pour une de ses faciles conquêtes ? Qu'il lui suffit d'un mot pour que je reprenne nos commerces ? Vraiment, il me connaît mal, je ne suis pas une de ses ingénues, ni une de ses précieuses qui n'espèrent que lui. Ma vie est pleine de... Hélas, quel est cet émoi qui m'envahit, quel est ce tourment qui freine ma raison ? Je l'aime tant, je l'espère tant, que m'arrive-t-il ? Ah ma servante, je suis perdue, je ne saurais lui échapper. Ecris pour moi, ma main tremble trop.

    « Venez.
    Je ne vous prendrai pas la tête
    mais la queue. »


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  •  

    Je n'ai as pris ce train, ce matin de mars. Pourtant nous avions fixé notre rendez-vous à 11h33 précise en gare de V***. J'ai hésité. Je savais que ma vie serait imprégnée à jamais de ce rendez-vous. L'intranquillité me laissait là sur ce bord de quai, en gare de L***. Impossible de poser mon pied gauche sur la première marche du wagon. Les autres passagers se pressaient vers leur destination. Derniers sourires, derniers baisers avant le départ. Un jeune homme me bouscula. S'excusa. J'ai reculé. J'ai attendu que le train s'éloignât. J'ai entendu les portes se refermer, je restais à regarder le lent échappement du convoi jusqu'aux tampons arrondis du dernier wagon et les voies qui reprenaient leur densité métallique.

    Je suis revenu à la gare, j'ai acheté des Pall-Mall et j'ai pris un café dans le premier bar en face du parvis. Je me suis souvenu de notre premier voyage en train. Nous avions quitté la France de nuit, nous nous étions éveillés en Italie : Venise. Le parvis de la gare Santa Lucia de Venise, ses marches qui plongent dans les canaux. Nous étions des enfants, nous découvrions la vie ensemble, à peine vingt ans. La joie nous appartenait. La joie de découvrir à deux la vie, son monde, ses sensations. Je devinais que ce voyage symboliserait à jamais tous mes voyages. Je sentais ta main dans ma main.

    Depuis d'autres trains m'ont capturé, depuis d'autres compartiments m'ont accompagné le temps d'un voyage à la découverte de nouveaux continents. Tant d'autres trains, tant d'autres continents. Ces transits passagers, mouvants, absurdes à force de tentations, de tentatives, de nouvelles joies aussi.

    Comment au bord des mes cinquante ans, aurais-je pu reprendre le même chemin qui me guide incessamment vers toi jamais oubliée, jamais abandonnée au fond de mes tripes ? Il m'aurait fallu détacher toutes mes peaux cramoisies, tatouées, pour retrouver la chair transie, je ne sentais que mon vieux squelette broyé par mes déambulations, tous ces lieux de passage, tous ces visages, ces corps qui avaient accompagné ma propre vie, ma vie de vagabond. Vagabond depuis ton départ, éloigné de mon âme, de mon identité. Je connaissais à peine mon prénom, mon visage dans les reflets des vitrines comment l'aurais-tu reconnu ? Et dans ces reflets à côté de ma silhouette sombre j'ai perçu ton visage, comme un mirage.

    J'ai refait le trajet, depuis le bar jusqu'à la gare, je l'ai traversé, j'étais sur le quai, un second train m'attendait. Les grèves de mars embrouillaient les pistes. Le contrôleur me demanda de me hâter, c'était le dernier train en partance, oui il s'arrêtait à V***. J'étais essoufflé, ce n'était pas ma course, c'était toi que je rejoignais. Je suis descendu sur le quai, tu étais restée à m'attendre. Tu m'as souri. Nous avons pris un café ensemble et nos doigts se sont croisés par-dessus nos tasses fumantes, nous avions retrouvé le chemin, rien n'avait changé, ni nos visages, ni nos cœurs, nous étions en terrain connu et dans le tourbillon de la vie il nous restait un long voyage à poursuivre. En aurais-je la force ?


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    Il voyage
    Il vous l'a dit
    Il lisse ses flancs
    Drôle de voyage
    Voyage dans la chair
    Épines de mots
    Autour des fronts perlés
     


    Il voyage
    Il vous l'a dit
    Il baise des bouches
    Ailleurs dans les mots
    Drôle de bouches
    Sous les orages
    Autour des monts absolus

     


    Il voyage
    Il vous l'a dit
    Il plonge loin
    Au creux des désirs
    Drôle de désirs
    Respirant la soif
    Autour des calices vidés

     

     

    Il s'approche
    A pas de loup
    Écoutez ses crocs
    Sentez son pelage
    Il voyage
    Drôle de voyage
    Il ne vous oublie jamais

     


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    Dans les rues noires de la ville
    Ivres nous marchons
    la lune dans le caniveau
    Ivre je pleure dans la pluie
    Ivre de toi, de tes mains dans ma peau
    Assoiffée à la veine de ton bras. 

    Là-bas sous le porche noir
    Ta langue a tourné
    Sur mon visage
    Ca ne suffisait pas
    Tu as déchiré mes vêtements
    Tu m’as retournée
    Pour déchirer mon corps
    Par ton corps planté.

    Mais ta violence
    N’a pas calmé l’effroi d’aimer
    Dans le silence de tes pleurs
    Tu me déchirais encore.
    Ivres nous rampons dans les rues
    Noires de la ville
    Vaincus par le noir désir.

     Corinne Jeanson - Compositeur : Hervé Jeanson -
    Interprète : Nicole Amann
    avec le concours du site Bonnes nouvelles
    © 2007


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