• Tout craque.Manga : le vieil Henry et la Japonaise

    Il a jeté son filet sur moi. Je ne demandais rien à personne. Il est entré et a parlé à mon âme. Enfin, mon âme...

    J'ai fondu comme le sucre dans le café. Après il ne restait plus qu'à ajouter la cuillère et boire jusqu'à la ... Plus de sucre. Juste le sang sur la clé de Barbe bleue. 

    Après ça, j'essaie autre chose.
    La musique, la radio, la TV, même les feuilletons américains, les terrasses de café, le saut par-dessus le parapet du pont au-dessus du fleuve ou par dessus la gouttière du toit de la maison d'en face, n'ont rien effacé du tout.

    Au fond d'un vieux livre, j'ai trouvé le vieil Henry. Il apprend le japonais pour se coller contre la jeune Hiko qui chante dans le piano bar les feuilles mortes en japonais. Enfin, un craquement.


     

     


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    Je n'ai as pris ce train, ce matin de mars. Pourtant nous avions fixé notre rendez-vous à 11h33 précise en gare de V***. J'ai hésité. Je savais que ma vie serait imprégnée à jamais de ce rendez-vous. L'intranquillité me laissait là sur ce bord de quai, en gare de L***. Impossible de poser mon pied gauche sur la première marche du wagon. Les autres passagers se pressaient vers leur destination. Derniers sourires, derniers baisers avant le départ. Un jeune homme me bouscula. S'excusa. J'ai reculé. J'ai attendu que le train s'éloignât. J'ai entendu les portes se refermer, je restais à regarder le lent échappement du convoi jusqu'aux tampons arrondis du dernier wagon et les voies qui reprenaient leur densité métallique.

    Je suis revenu à la gare, j'ai acheté des Pall-Mall et j'ai pris un café dans le premier bar en face du parvis. Je me suis souvenu de notre premier voyage en train. Nous avions quitté la France de nuit, nous nous étions éveillés en Italie : Venise. Le parvis de la gare Santa Lucia de Venise, ses marches qui plongent dans les canaux. Nous étions des enfants, nous découvrions la vie ensemble, à peine vingt ans. La joie nous appartenait. La joie de découvrir à deux la vie, son monde, ses sensations. Je devinais que ce voyage symboliserait à jamais tous mes voyages. Je sentais ta main dans ma main.

    Depuis d'autres trains m'ont capturé, depuis d'autres compartiments m'ont accompagné le temps d'un voyage à la découverte de nouveaux continents. Tant d'autres trains, tant d'autres continents. Ces transits passagers, mouvants, absurdes à force de tentations, de tentatives, de nouvelles joies aussi.

    Comment au bord des mes cinquante ans, aurais-je pu reprendre le même chemin qui me guide incessamment vers toi jamais oubliée, jamais abandonnée au fond de mes tripes ? Il m'aurait fallu détacher toutes mes peaux cramoisies, tatouées, pour retrouver la chair transie, je ne sentais que mon vieux squelette broyé par mes déambulations, tous ces lieux de passage, tous ces visages, ces corps qui avaient accompagné ma propre vie, ma vie de vagabond. Vagabond depuis ton départ, éloigné de mon âme, de mon identité. Je connaissais à peine mon prénom, mon visage dans les reflets des vitrines comment l'aurais-tu reconnu ? Et dans ces reflets à côté de ma silhouette sombre j'ai perçu ton visage, comme un mirage.

    J'ai refait le trajet, depuis le bar jusqu'à la gare, je l'ai traversé, j'étais sur le quai, un second train m'attendait. Les grèves de mars embrouillaient les pistes. Le contrôleur me demanda de me hâter, c'était le dernier train en partance, oui il s'arrêtait à V***. J'étais essoufflé, ce n'était pas ma course, c'était toi que je rejoignais. Je suis descendu sur le quai, tu étais restée à m'attendre. Tu m'as souri. Nous avons pris un café ensemble et nos doigts se sont croisés par-dessus nos tasses fumantes, nous avions retrouvé le chemin, rien n'avait changé, ni nos visages, ni nos cœurs, nous étions en terrain connu et dans le tourbillon de la vie il nous restait un long voyage à poursuivre. En aurais-je la force ?


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    Il voyage
    Il vous l'a dit
    Il lisse ses flancs
    Drôle de voyage
    Voyage dans la chair
    Épines de mots
    Autour des fronts perlés
     


    Il voyage
    Il vous l'a dit
    Il baise des bouches
    Ailleurs dans les mots
    Drôle de bouches
    Sous les orages
    Autour des monts absolus

     


    Il voyage
    Il vous l'a dit
    Il plonge loin
    Au creux des désirs
    Drôle de désirs
    Respirant la soif
    Autour des calices vidés

     

     

    Il s'approche
    A pas de loup
    Écoutez ses crocs
    Sentez son pelage
    Il voyage
    Drôle de voyage
    Il ne vous oublie jamais

     


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    Dans les rues noires de la ville
    Ivres nous marchons
    la lune dans le caniveau
    Ivre je pleure dans la pluie
    Ivre de toi, de tes mains dans ma peau
    Assoiffée à la veine de ton bras. 

    Là-bas sous le porche noir
    Ta langue a tourné
    Sur mon visage
    Ca ne suffisait pas
    Tu as déchiré mes vêtements
    Tu m’as retournée
    Pour déchirer mon corps
    Par ton corps planté.

    Mais ta violence
    N’a pas calmé l’effroi d’aimer
    Dans le silence de tes pleurs
    Tu me déchirais encore.
    Ivres nous rampons dans les rues
    Noires de la ville
    Vaincus par le noir désir.

     Corinne Jeanson - Compositeur : Hervé Jeanson -
    Interprète : Nicole Amann
    avec le concours du site Bonnes nouvelles
    © 2007


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