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    Je suis Omer Romanzini. Oui, c’est moi, vous m’avez trouvé. Comment aurais-je pu vous échapper ? Le monde est sous votre contrôle, me semble-t-il, et vous vous  êtes attaqué à ma chair. Mon fils, là-bas, que vous avez plongé dans un lit de mort, pour m’atteindre. Bien sûr que mon sang va lui permettre de revivre, bien sûr que je lui donnerai toute ma vie mais il m'en restera et je vous livrerai mes secrets. Qu’en ferez-vous de mes secrets ? Depuis tant de siècles on a tenté de me les arracher. Regardez, ma peau en lambeaux en garde les traces. Ne me parlez pas d’évolution, de démocratie, de liberté, ne me dites pas que vous agissez au nom de ces principes respectables. Nous savons, vous savez, que vous ne cherchez pas le bonheur de tous, vous cherchez le bonheur de certains, du plus petit nombre possible. Car enfin, imaginez seulement un instant, si tous les êtres humains devenaient immortels comme moi, comment la terre pourrait-elle nous accueillir ? Vous savez très bien, lorsque vous aurez découvert mon secret, si vous y parvenez, la prochaine étape sera de définir qui aura droit de le partager avec vous.

     

     

     


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    PROCES VERBAL 3 mars 1961

     

     

     

    ACCIDENT 15 JUILLET 1960 VERS 10 HEURES

     

     

     

    Le 15 juillet 1960 le nommé Rossi Oscar, chauffeur au service de l'entreprise CAT conduisait de LYON vers AVIGNON un camion attelé d'une remorque chargée de futs de bière lorsqu'à l'entrée de Vienne, dans la descente dite de « Bon Accueil » qui présente une déclivité de 11 % et qu'il avait abordée en 3e vitesse, il constatait brusquement que son frein à air comprimé ne fonctionnait plus.

     

    Son véhicule, dont il ne pouvait plus conserver la maîtrise avait alors pris une vitesse sans cesse croissante, heurtant les trottoirs et perdant tout son chargement, et occasionnant de graves dommages tout au long de sa course folle qui devait se terminer 80 mètres environ au sud de l'entrée principale des Ets PASCAL VALLUIT.

     

    C'est ainsi que la dame CONVERSET CARTHIEUX épouse VALLEGGIA qui se trouvait sur le trottoir devant la boulangerie GELAS, était happée par la remorque et décédait des suites de ses blessures et que le sieur BOSSY (mon oncle) et la dame ROUVEUR (ma future instit) projetés à terre soit par la remorque soit par des futs tombés du véhicule étaient atteints de blessures en trainant une incapacité de travail inférieure à trois mois pour le sieur BOSSY et supérieure à trois mois pour la dame ROUVEURE.

     

     

     

     

     

    Commissaire François ALBIN

     

    A notre arrivée, les blessés : Madame VALLEGGIA Raymonde, 32 ans, domiciliée à Vienne, chemin de la Réclusière

     

    Madame ROUVEURE, institutrice, domiciliée à Vienne, résidence Bellevue, quai Pasteur, viennent d'être placées sur l'ambulance des Sapeurs-pompiers aux fins de transport à l'hôpital de Vienne.

     

    Madame VALEGGIA est grièvement blessée à la jambe et cuisse droite, madame ROUVEURE est atteinte de plaies au bras droit, elle porte une petite blessure au dessus de l'arcade sourcilière gauche.

     

    Monsieur BOSSY Joanny, 49 ans, a été atteint à la jambe droite, cependant il n'a pas cru devoir se faire soigner à l'hôpital de Vienne et indiqué qu'il se rendra chez le Dr Christophe.

     

     

     

     

     

    Le premier aspect permet de déceler la présence de fûts métalliques pleins, cycle et cyclomoteur, montants bois, caisse, bouchons spéciaux pour bouteilles bière ou limonade, éparpillés sur la partie droite de la chaussé (sens Vienne-Lyon) ou sur le trottoir délimitant cette partie de chaussée, ou du portail des anciennes usines des Ets Pascal-Valluit, avenue Berthelot, jusqu'à hauteur du passage à piétons de l'Ecole Berthelot.

     

     

     

    ROSSI Oscar, 31 ans, a déclaré : - venant de Lyon, allant à Carpentras, ma femme et mon fils se trouvant dans la cabine, au bas de la descente, avant l'entrée dans l'agglomération, je me suis rendu compte que n'avais plus de freins sur mon ensemble. J'ai vainement essayé de passer en seconde vitesse, pour tenter de ralentir la marche de mon véhicule qui commençait à prendre de la vitesse. N'ayant pu y parvenir, j'ai crié et j'ai tenté de maintenir mon véhicule dont j'avais bloqué le frein à main, afin d'éviter une collision. A hauteur du jardin sis à ma droite, pour éviter un camion arrêté, je me suis déporté vers la gauche et c'est ainsi que ma remorque ayant butté contre le trottoir, les futs ont été projetés vers la gauche et que des personnes ont été blessées. Mon camion est allé s'arrêter à l'endroit où il se trouve actuellement.

     

     

     

    Commissaire François ALBIN

     

    Nous étant transporté à l'hôpital de Vienne, il nous est indiqué que l'état de la dame VALLEGGIA Raymonde était très grave, par contre Madame ROUVEURE n'était atteinte que de plaies au bras droit.

     

     

     

    A 15 heures, sommes informé par la direction de l'hôpital de Vienne que la dame : VALLEGGIA Raymonde était décédée des suites de ses blessures

     

    ETAT CIVIL : CONVERSET-CARTHIEUX Raymonde, épouse VALLEGGIA, née le 3 octobre 1927 à Saint Jeoire (Haute Savoie) mariée, deux enfants âgés de 10 et 2 ans, domiciliée à VIENNE (Isère) Chemin de la Réclusière.

     

     

     

    A hauteur du square Bernard, le conducteur de l'ensemble BERLIET-Remorque dut se déporter sur sa gauche, sous l'action de la vitesse acquise, l'avant côté gauche du camion venait érafler la bordure du trottoir côté gauche, mais les roues côtés gauche de la remorque venaient butter contre la bordure de trottoir Sud de la Rue Maugiron.

     

    Sous le choc, l'ensemble était déséquilibré, la remorque montait néanmoins sur le trottoir où elle se mettait en travers, avançant ainsi sur quelques mètres, trajet pendant lequel la dame VALLEGGIA était happée et projetée sur le trottoir.

     

     

     

    Témoins

     

     

     

    Monsieur DINE Marcel, né le 11 mai 1923 à Beyrouth (Liban)

     

    J'ai eu mon attention attirée par les cris d'une femme, ou du moins par ses gémissements, elle était allongée sur le trottoir gauche de l'avenue en direction de Valence ; elle était en partie cachée par une bâche, et à proximité se trouvait un fut ; sous la femme je notais la présence d'un cyclomoteur. Elle avait une cuisse complètement ouverte et elle saignait abondamment. Un moment plus tard est arrivée l'ambulance.

     

     

     

    Monsieur SANDRETTO Charles, 64 ans

     

    Une dame VALLEGGIA que je connaissais bien était en bordure du trottoir devant la boulangerie GELAS, elle avait mis son pain sur sa bicyclette qui était garée contre la bordure du trottoir devant la boulangerie, juste au moment où j'ai vu arriver le camion. On ne l'a retrouvée que plusieurs mètres plus loin sur le trottoir qui est à cet endroit en terre ; elle était gravement blessée et perdait son sang tandis que le camion et sa remorque d'où tombaient les tonneaux et du matériel continuaient la course vers Vienne avant de s'arrêter sur la droite après le terrain de sports des Ets Pascal Valluit.

     

    Cela s'est passé très rapidement, aussi dès que la remorque est venue monter sur le trottoir, un grand fracas a eu lieu et les tonneaux ont commencé à tomber à gauche et à droite de la route.

     

     

     

    Monsieur BOSSY Joanny, 49 ans

     

    A ma gauche, j'ai vu ma belle-soeur, Madame VALLEGGIA qui venait de sortir de la boulangerie Gelas et qui se dirigeait vers sa bicyclette garée contre la bordure du trottoir. Etant à la hauteur du pylône situé sur ma droite, j'ai vu arriver à une vitesse folle, venant de Lyon, un camion dont la remorque venait butter contre le trottoir faisant angle de la rue Maugiron et de l'avenue Berthelot. Ma belle-soeur a tenté de retourner précipitamment vers la boulangerie mais elle n'en pas eu le temps, elle a été happée par la remorque qui montée sur le trottoir fauchait tout ce qui se trouvait sur son passage. La bicyclette de ma belle-sœur était entraînée vers le Sud ainsi que la mienne, bien que les roues de la remorque soient venues buter contre le pylône. Je me suis retrouvé par terre au Sud de l'endroit où j'étais, lorsque je me suis relevé j'ai ma belle-soeur affreusement mutilée, perdant son sang, sur un morceau de bâche, entre un tonneau et des morceaux de bois de la remorque. Je me suis précipité à son secours. Elle se trouvait sur la partie de trottoir en terre battue, à quelques mètres au Sud du pylône trois ou quatre mètres en aval de moi-même. Je tiens à bien préciser que ma belle-soeur arrivait à hauteur de la roue arrière de sa bicyclette, qu'elle était arrêtée près de sa bicyclette, lorsque la remorque arrivait presqu' à sa hauteur ou plus exactement arrivait à hauteur du trottoir de la rue Maugiron et s'inclinait vers la gauche.

     

     

     

    Monsieur HENROTEL Charles, né le 7 février 1923

     

    J'ai vu le camion passer sur le trottoir côté gauche en descendant vers la ville, et reprendre ensuite la chaussée, tandis que la remorque a buté contre le trottoir et s'est retournée. J'ai entendu immédiatement des cris, je me suis précipité pour voir ce qu'il se passait et j'ai vu, sur le trottoir côté gauche en allant sur Vienne, une femme qui était allongée sur le trottoir et qui saignait de la jambe droite. Vu son état nous n'avons pu la transporter et un passant est allé téléphoner pour prévenir l'ambulance des pompiers de Vienne.

     

     

     

    Madame ROUVEURE Andrée née le 20 juillet 1929, institutrice

     

    Etant assise à terre, suffoquée par le coup, j'ai vu filer et zigzaguer sur le trottoir en direction du Sud une remorque, j'ai vu des planches et des futs sortir de cette remorque, les faits se sont passés très vite et je ne me souviens pas avoir suivi très loin du regard cette remorque ; cependant quelques secondes plus tard, j'ai remarqué sur le même trottoir où je me trouvais à une vingtaine de mètres en direction sud, un corps à demi-allongé semblant se tenir sur ses bras.

     


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  • C'est quoi en résumé 40 ans de carrière pour la carsat.te ?
    D'abord tu dis pas que t'as travaillé au noir à 16 ans dans une boulangerie de Vienne quand t'étais lycéenne ; ça t'oublie.

    Après tu dis que t'as commencé par être secrétaire -parce que fille d'ouvrier tu fais pas tes universités- et que tu as fini comme comptable.

    Après tu expliques que tu t'es inscrite à la fac d'histoire à cause d'Alexandre le Grand. En gros tu voulais comprendre, apprendre, sortir de l'autodidacte pour entrer dans les lieux de connaissance. Certes, étudiante mais travailleuse, faut bien vivre. Du coup, tu dis pas que t'as travaillé par nécessité dans les nouvelles technologies de la communication -entendez les premiers micro-ordinateurs sans souris, avec le DOS (prononcez dosse) et les premiers tableurs en noir et vert, et surtout avec le minitel, pas rose, le BtoB-. Là c'est le hasard : t'avais proposé à un Grec de taper sa thèse sur « l'histoire des mouvements marxistes-léninistes en Grèce ». Et ta machine à écrire électrique ça le faisait pas. Alors t'es entrée dans un bureau de la Part-Dieu et là ô miracle la directrice te donne les clés et te laisse taper ce que tu veux sur les premiers micro-ordinateurs destinés aux traitements de texte. A cette époque sa petite entreprise était spécialisée dans la formation des informaticiens sur les gros ordinateurs, parce qu'il y avait encore des ordinateurs énormes dans des salles climatisées.

    Après t'es en marche dans les start-up lyonnaises de l'ère Tapie. T'es même embauchée par le boss -qui est aujourd'hui député-, le fondateur/destructeur d'une grosse boite de jeux vidéo -mondiale qu'elle est devenue sa boite- qui te demande : « Tu sais écrire ? » Comme t'as pas trente ans tu dis oui à tout. Tu fais le tour du bâtiment : au troisième la direction, au second les commerciaux, au premier les programmateurs (de 20 ans d'âge) au rez-de chaussée les graphistes qui t'expliquent qu'au sous-sol ils vont fumer leurs trucs interdits -oui le chit est déjà interdit dans les années 80. Tu écris ton premier article sur les graphistes des jeux vidéos sur Atari. Et là t'es dans la merde tu dois créer le chemin de fer d'un journal de micro-informatique et distribuer à des pigistes leurs durs labeurs. Là t'as de la chance, tu recrutes l'homme de la situation -le pigiste le plus doué de sa génération-, qui te prend au sérieux quand toi tu penses « je suis sauvée, je vais pouvoir assurer la sortie du magazine dans les temps » et le rédacteur parisien  -qui ressemble à Omar Sharif avec la moustache mais qui te déteste parce que t'es pas du métier- pourra te foutre la paix. Ça y est t'es chargée de projets : création de sites internet, recrutement d'informaticiens dans un cabinet. Là tu recrutes un cégétiste pour un service informatique de Saint Etienne et quand le directeur te fait des reproches tu lui rappelles que ta déontologie t'interdit de vérifier ce genre d'info et tu le rassures : « Si Monsieur est syndicaliste à Saint Etienne ça montre sa capacité de s'investir dans son entreprise. »
    Puis un jour tu reçois la révélation,
    sur ton chemin de Damas : « Je veux devenir administratrice d'une compagnie de théâtre. » Parce que t'as écrit pour le théâtre, plusieurs textes poussiéreux et le premier -ô miracle- diffusé sur France Culture quand t'as 25 ans. Donc le théâtre. Là tu rencontres un metteur en scène qui te confie les clés financières de sa maison, tu quittes Lyon pour Valence. Dix ans tu te démènes, tu suis l'aventure, tu la précèdes parfois -si ce n'est pas trop prétentieux de le dire- jusqu'au jour où l'arrivée du nouveau codirecteur te pousse dehors et tu fais ton chemin de croix. J'aime bien vivre à Valence mais parfois non, et la Retraite d'Eugène c'était le premier texte du metteur en scène, un truc sur la Grèce, un héros aux douze travaux.
    Ouf, la Drôme a plein de ressources : t'es embauchée par un music hall à la campagne, tu découvres les coulisses des danseuses de cabarets aux costumes de folies. Certes à cette époque -c'est pas celle de Cocteau et de Piaf, c'est déjà celle de Dormesson et de Jauni- c'est ringard de travailler dans le plus grand cabaret de la Drôme, c'est même du reniement à la Qulture. (Ah oui tu voulais travailler pour des artistes mais en réalité c'est pas le Ministère des Artistes, c'est le Ministère de la Culture.) Donc là tu tombes dans la culture populaire après le ThéÂtre. Mais tu t'en fous, t'as ta famille, t'es plus obligée de faire le tour des théâtres de France pour assurer le succès de la compagnie devenu centre dramatique. Dramatique, ça porte bien son nom puisque t'as été virée pour faute grave, le codirecteur voulait ta place mais il a fait croire que tu t'étais lassée après t'avoir mise au placard. Donc direction cabaret, puis musiques actuelles toujours dans la Drôme. T'aime les aventures nouvelles ! Le meilleur c'est quand tu fais la billetterie d'une certaine salle de rock garage de Valence et qu'on t'appelle Josiane parce qu'on a oublié ton prénom mais qu'on te serre ta bière au comptoir et que les groupes de métal US t'appellent Corina.

    Pendant 25 ans j'ai travaillé dans le spectacle vivant. Je résume : blanc au théâtre, champagne au music-hall, bière aux musiques actuelles.

    En résumé, j'ai rien foutu, le hasard, le désordre, le travailleur salarié de base.
    Resservez-moi un café, là je fais pause, j'ai besoin d'air.

     


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  • Servante, montre-moi encore ce doux billet.

    « Ce soir, mon amante,
    je vous attendrai à mon hôtel.
    Je reste votre fervent amant,
    comme vous l'aimez tant. »

    Ah ce soir arrive si lentement, cinq heures sonnent au clocher. Verse dans mon bain des senteurs suaves venues d'Orient mais point trop, qu'il respire encore mes odeurs. Ah mon dieu, cette ridule qui vient à mes paupières ! Tant de fois je l'ai pleuré, mon amant infidèle, voilà les empreintes de mes tristesses qui s'étirent à mon regard. Verse ce flacon d'huile d'Orient, que son baume estompe les douleurs passées. Ah, mon dieu, ce cheveu qui se colore de blanc ! Arrache-le vite de ma chevelure, qu'il ne voit pas combien je suis vieille. Ses belles maîtresses ornées de leur jeunesse sauront-elles s'effacer à son cœur ? S'il ne voyait que ma vieillesse et ses traces ? Ah mon dieu ma peau est encore douce, mes seins bien fermes ! Je lui plairai encore. Combien il est cruel de m'avoir abandonnée toutes ces nuits ! Je les ai bien comptées, quarante depuis notre dernière étreinte.

    « Je suis occupé »
    ne cessait-il de m'écrire dans ses billets froissés
    « Soyez patiente. »

    Ah l'inconstant, comment peut-il croire que je l'attendrais ? Bien sûr il a certains attraits qu'il est bien difficile d'oublier. Je ne parle même pas de ses étreintes qu'il a pourtant vaillantes, ni même de son corps aux courbes semblables aux marbres antiques - et vous savez, ma servante, combien je suis sensible à Rome et plus encore à la Grèce - encore moins de ses paroles qui vous laissent un goût de miel. Non je parlerai plutôt de sa prévenance, de sa galanterie, de sa présence infinie, et ses caresses qui vous rendent si belles. Ah je suis tombée en pâmoison. Oui, oui, je sais, servante, il m'échappe et cela le rend plus désirable encore. Mais enfin n'est-il pas maître de lui-même ? N'est-ce pas là sa grande valeur ? Ah je songe encore à toutes ces galantes qui semblables à moi s'éprennent de lui, ces jeunes demoiselles aux corps que l'âge n'a pas atteint, vibrant sous ses mains. Comme elles doivent s'accrocher à son bel enthousiasme ! Ah mon dieu, qu'ai-je fait en cette dernière nuit où il a partagé ma couche ? Que ne lui ai-je pas donné qu'il m'ait si longtemps dédaignée ? Il respirait à toutes mes effluves, je goûtais à ses délices chocolatés. Le frivole, j'ai parcouru toutes les collines du tendre avec lui. Ah mon dieu, je lui ai trop donné, c'est cela !

    Mais cessons ces jérémiades. Cette nuit il me revient. C'est certain, je saurais le séduire comme avant. Hélas, il exerce sur mon cœur un tel attrait que je crains bien de m'évanouir dès qu'il paraîtra. Sept mois déjà qu'il est entré dans mon âme. Sept mois que je tremble, que je gémis, que je prie. Sept mois qu'il demeure citadelle imprenable. J'aurais voulu le conquérir, tel Alexandre qui prit Tyr en sept mois. Dans un sursaut d'amour-propre, j'ai même tenté d'échapper à ses inconstances. Un ancien amant qui recevait, avant l'élu, toutes mes faveurs, soudain me déplut. Toutes ses tentatives me donnaient, bien malgré moi, à peine un frisson à la joue. J'ai goûté à d'autres nouveautés pour extraire le philtre fatal de mes veines. En vain ! Le premier au corps trop fragile, aux propos futiles m'ennuya. Je n'étreignais que ses épaules étriquées et même ses vices n'eurent pas mon agrément. Le second, époux volage, ne cherchait qu'à grimper dans mes creux, mais sans cette infinie douceur que l'ingrat savait si bien soupirer. Le troisième -oui ma servante, j'avoue je l'ai trompé trois fois avant que le coq n'ait chanté-, malgré ses savantes caresses, ne me prodiguaient que des imitations d'abandon. Ah oui, ma servante, je me suis abandonnée à mon merveilleux guerrier avec un tel enchantement que mon visage rayonnait telle Vénus sortant de l'écume. Qui pouvait me rendre son étreinte glorieuse ?  Ah mon dieu, comme le soir est long à venir, six heures sonnent au clocher. Prends soin de mon jupon de dentelle, de l'échancrure de ma robe rouge. Quoi, un nouveau messager porteur de quelle missive ?

    « Très chère,
    ce soir je ne saurais être avec vous.
    Un contretemps me rend indisponible à vous. »

    Quoi, aucune autre explication ! Le perfide, me veut-il revoir morte à remettre encore notre étreinte ? Ah non, je ne me laisserai pas traiter de la sorte, puisque ce soir le roi m'avait conviée à sa table, je saurais me distraire et oublier le féroce insaisissable. Allons servante, choisis la robe d'or que je scintille à la table royale.

    Dix heures sonnent au clocher. Oui je reviens bien tôt, le dîner du roi était d'un ennui amer. Je n'ai cessé de soupirer et je n'ai rien pu manger. Tout me tournait vers mon oublieux : le moindre visage avenant me rappelait le sien, le rire du roi, les mots d'un courtisan et mêmes les rimes d'un poète, tout me rappelait à lui et tous me paraissaient de bien pâles copies. Même mon ancien amant, à la table du roi, qui soupirait à me vouloir près de lui, non vraiment, rien n'y fit. J'ai adressé à l'insensible un message griffonné à la hâte : « Très cher, je serai malgré vous à votre hôtel si particulier, ce soir à dix heures et je vous y attendrai, quoique vous ayez entrepris. » Hélas, je ne saurais ainsi le rejoindre, je n'ai plus aucun amour propre et à ses genoux, je peux bien me traîner, mais quoi ses gens ne m'auraient pas laissé entrer. Hélas, ma servante, je préfère encore dormir seule dans ma couche et rêver de lui, à quoi bon chercher ailleurs l'oubli qui ne viendra pas. Ah je hais cette nuit. Quoi, un message de sa maison, qu'écrit-il cette fois ?

    « Très chère,
    mon importun enfin quitte ma maison,
    si vous voulez bien encore de moi,
    puis-je vous rejoindre en votre demeure cette nuit ?
    Dites-moi, me prendrez-vous la tête ? »

    Quoi, il ose ! Il suppose que je vais acquiescer à sa requête ? Mais pour qui me prend-il ? Pour une de ses faciles conquêtes ? Qu'il lui suffit d'un mot pour que je reprenne nos commerces ? Vraiment, il me connaît mal, je ne suis pas une de ses ingénues, ni une de ses précieuses qui n'espèrent que lui. Ma vie est pleine de... Hélas, quel est cet émoi qui m'envahit, quel est ce tourment qui freine ma raison ? Je l'aime tant, je l'espère tant, que m'arrive-t-il ? Ah ma servante, je suis perdue, je ne saurais lui échapper. Ecris pour moi, ma main tremble trop.

    « Venez.
    Je ne vous prendrai pas la tête
    mais la queue. »


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