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    - Qu'est-ce que tu attends de moi Nicolas ? Tu n'es pas le premier à venir chercher une réponse. Qu'est-ce que tu crois parce que je connais le passé je saurais parler pour l'avenir ? J'ai tellement cru à cette vérité, je pense donc je dis. Chaque fois que j'ai tenté de donner un avis éclairé, au nom de mon expérience, j'ai créé, bien malgré moi, des catastrophes. Tiens, la dernière. J'aimais bien me promener en Afghanistan. Une fois même j'ai croisé Ben. Je lui ai montré le pays, ses montages, ses vallées, ses tribus, et je lui ai dit : « La Terre était comme ça au temps des prophètes, le tien et celui des anciens. » Bien m'en a pris, on voit ce qu'il en a fait de mes pensées sauvages. Une tuerie. Il a tout mélangé. Oui c'est vrai, Nicolas, je sais, l'écologie c'est une autre histoire. Mais tu sais comme moi qu'il y aura des vainqueurs et des perdants. Ne compte pas sur moi pour ouvrir la voie. Et je te demande de ne pas mêler mon fils à tout ça. J'ai déjà eu affaire à Alessandros, à Yeshoua , non ça suffit, un empire ensanglanté, une religion nouvelle sous l'aura du monothéisme. Pouah, mes fils ont été des bambins cataclysmiques.  Certes, j'exagère, comme toujours. Oui, c'est vrai, cette marche, c'est une bonne idée. Quoique en marche, ce n'est pas ma tasse de café. Je préférais Massoud je préfère Jean-Luc, mais je choisis toujours les perdants. Mes fils sont plus flamboyants. Des flambeurs. »

     


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  • Il n'y avait qu'une chose à faire et ce matin-là Isabelle avait choisi de faire tout le contraire. Cela avait même commencé la veille ou plus exactement depuis qu'elle connaissait Alain, son nouvel amant. Elle avait l'impression de vivre dans un film de Woody Allen, non seulement parce qu'Alain ressemblait physiquement à Woody Allen mais aussi parce qu'il agissait et parlait comme Woody Allen. Enfin comme l'acteur dans ses propres films.

    Comment Isabelle avait-elle pu devenir la maîtresse de cet homme-là ? Il venait chez elle avec son oreiller serré sous son bras. Il lui était impossible de dormir sans son oreiller, toujours le même, comme le ferait un enfant.

    L'autre question qu'elle se posait : pourquoi, alors qu'il était marié, qu'il avait une autre maîtresse, disons officielle, Alain lui interdisait-il, à elle, d'avoir d'autres amants ?

    A la première question, Isabelle savait qu'elle avait craqué -comme on dit- parce qu'elle vivait seule depuis deux mois. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule, dans un appartement à elle. Donc elle avait choisi Alain parce qu'il avait déjà sa vie affective et qu'il lui laisserait vivre sa vie à elle.

    A la deuxième question, Alain avait une réponse imparable : « Tu n'as pas le droit de me faire ça, je suis abandonnique, tu n'as pas le droit. »
    Malgré l'interdiction, elle s'était laissé séduire par un jeune Islandais, prénommé Arni, qui était étudiant comme elle à la fac d'histoire. Isabelle trouvait Arni très craquant, à  l'opposé d'Alain. Quand Arni lui fit des avances -vous savez le genre de phrases murmurées qui font frémir les femmes- , elle oublia Alain -si elle –avait jamais pensé réellement à lui- et ouvrit tout grand la chambre de son appartement pour accueillir avec gourmandise celui qui devint son deuxième amant.
    Le lendemain de cette escapade nocturne, lorsque Alain frappa à sa porte et commença à lui redire à quel point il était abandonnique, elle lui souriait, non pas parce qu'elle se moquait de lui, mais parce qu'elle était encore pleinement envahie de sa nuit passée. De toute façon, elle était pressée, elle devait à quatorze heures passer son examen de civilisation indienne.

    "Alain, nous reparlerons de ça plus tard, je dois partir."

    Mais Alain avait fermé la porte, bien décidé à la retenir jusqu'à ce qu'elle s'abandonne à lui ! Isabelle avait beau le supplier, il refusait d'ouvrir et avait glissé la clé dans son veston. Les heures passaient et il la séquestrait tout bonnement.

    Il ne lui laissait pas le choix. Elle n'avait qu'une chose à faire : coucher avec lui pour tenter de l'amadouer et récupérer la clé ? Elle préféra l'assommer avec la statuette d'un Bouddha en bronze.

    Alain respirait doucement, étendu sur la moquette du salon, endormi comme un enfant. Elle prit soin de glisser sous sa tête l'oreiller. Toujours avec le sourire, elle plongea la main dans son veston, récupéra la clé de son appartement, prit ses affaires et sortit rapidement. Sur le palier, la lumière se fit dans la cage d'escalier. Elle respira un grand coup.  Bouddha l'avait sauvée. Elle passerait son écrit de civilisation indienne.
    Tout en descendant quatre à quatre les escaliers, elle se demandait quand elle reverrait Alain. Ses bavardages lui manqueraient s'il devait l'abandonner tout à fait. Arni ? Ah oui Arni. Elle aimait aussi les sagas islandaises. Elle y penserait.

    "Demain, j'y penserai."


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