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    Mustapha a sauvé mon fils. Ah oui je sais ce que vous allez dire, bien sûr Mustapha Freddie Mercury. Oui, Freddie a un peu accouché de cette chanson avec moi. Bien sûr, c'était une blague. Quand il l'a écrite, on était un peu stone -on dit toujours stone ?-. Bien sûr, j'ai connu Freddie. N'oubliez pas, il est parsi, zoroastrien. Bien sûr on se moquait des prophètes. Bien sûr, c'est ma faiblesse Zoroastre. D'ailleurs, ne suis-je pas responsable si mon fils, non pas celui qui est dans le coma à côté, non, l'autre, celui qui s'est pris pour un prophète, pire pour le fils d'un dieu. J'avoue j'étais un peu flatté qu'il me prît pour un dieu. J'aurais préféré qu'il choisisse Zeus plutôt que celui des Hébreux. Les monothéismes ne sont pas ma tasse de thé, même s'ils puisent leur source dans une des rives de l'Euphrate. D'ailleurs Zoroastre aussi m'agaçait avec ses sentences, ses noirs et blancs. Vous voyez ce que je veux dire. J'ai suffisamment traversé de contrées pour savoir que la vie est plutôt grise, ou mieux arc-en-ciel. Oui, avec Freddie, on a beaucoup ri en faisant sonner cette chanson, balayée par des mots parsis, enfin si on peut dire. Je préfère son Bohemian. « Maman j'ai tué un homme », il faut bien comprendre qu'en somme c'est une part de lui qu'il avait tuée. Non ce n'est pas une ode à la tuerie de ses prochains. Freddie d'ailleurs aimait trop les hommes pour les vouloir morts, n'est-ce pas ?

     

     

     

    Pas de digression. Désolé. Revenons à mon Mustapha, mon sauveur, mon ami depuis les années soixante-dix. De belles années pourrait-on dire de ce côté-ci, si on oublie le mur, le Vietnam et tant d'autres belles choses. Puis il y eut les années 80, et Lisa est revenue.

     


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  • Dionysos, dieu du désir pulsionnel assumé
    divisé par le Diable, dieu déchu du plaisir détourné
    reste La Croix
    Et cloué à cette croix l'Homme devenu dieu
    au nom de l'amour

    La bergère violée à la margelle du puits
    divisé par la courtisane poudrée de séductions
    reste l'Ecume
    Et baignée à cette écume Aphrodite libère
    au goût de l'amour

    Le Guerrier, survivant des combats
    divisé par l'entêtée, au cœur rayonnant
    reste Le Philtre
    Et buvant à ce philtre les Amants éternels
    au partage de l'amour.

     

     

     


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  • En ce temps d'aprèsJe ne pourrai jamais te dire combien longtemps j'ai vécu assise sur un trépied tremblant.
    En ces temps-là, bien sûr j'avais des amours, bien sûr j'avais des activités qui tenaient ma vie.
    En ces temps-là, j’avais parfois l'amour et l'action, parfois l'amour et le vide, parfois l'action sans l'amour.
    Et tu es née.
    En ce temps-là j'avais l'amour pour ton père et son amour qui me donnait une famille, avec sa grande fille, j'avais l'activité pour faire vivre notre famille, j'avais toi.
    En ce temps-là, j'avais le bonheur de toi, de regarder ton visage souriant, te regarder vivre, apprendre à marcher, à rire, à pleurer, à parler, à penser. Etre ta mère protectrice, pour te voir grandir.
    En ce temps-là qui a duré vingt ans, j'étais une pythie sur son trépied de bronze.
    En ce temps là, je n'avais pas à proférer d'oracle puisque j'avais tout autour de moi.
    Et ce temps de ton départ est arrivé.
    En ce temps nouveau je dois quitter mon trépied, retrouver mes équilibres fragiles, chercher tantôt Apollon, tantôt Dionysos.
    En ce temps d'aujourd'hui je dois recréer mon univers.
    En ce temps d'après, sa courbe est fatale.

    En ce temps-là tu vis ta première histoire d'amour et je t'aime.


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    Cunéiforme

    • Qu’y a-t-il dans ces caisses ?

    • Un journal… son journal.

    • Tu as trouvé le journal d’Omer ?

    • En quelque sorte.

    • Comment peux-tu en être sûr ?

    • C’est plus qu’une certitude, c’est une intuition.

    • Et toi tu arrives dans les labyrinthes, tu trouves ces caisses, que personne bien sûr avant toi n’a remarquées, et tu dis c’est le journal d’Omer ?

    • Certes je les ai un peu transportées. Elles étaient derrière un mur que les archéologues n’avaient pas encore eu l’idée de creuser. Mais j’ai l’œil et puis, tu sais comme moi qui cherche trouve. Nous cherchions des pistes, furieusement, sur notre Omer, les voici.

     

    Julien montrait les trois caisses en bois dont la peinture avait pâli dans l’ombre des souterrains. Chacune devait faire deux mètres de long, un mètre de profondeur et autant de hauteur. Laurent était perplexe, il dégagea son ami assis sur l’une d’entre elle, pour soulever le couvercle, des papiers reliés jaunis par le temps.

     

    • Qu’est-ce qui te fait croire qu’Omer a écrit ses lignes ?

    • Regarde les deux autres malles.

     

    Laurent bascula le deuxième couvercle : de l’argile, des tablettes parcourues de signes. Enfin il ouvrit la troisième malle : des papyrus, du parchemin. Laurent se mit à trembler, leur piste les amenait enfin à Omer. Pourraient-ils enfin percer ses mystères, le retrouver vivant ?

     

    • J’ai commencé à déchiffrer les tablettes. Tu me connais.

     

     

     


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    Le 1er juillet 1766 commença par l'annonce de l'exécution du chevalier de Barre, qui devait se dérouler à Abbeville. Je m'étais levé contrarié et de mauvaise humeur. J'ai toujours honni l'intolérance religieuse. La veille j'avais reçu une lettre de Voltaire qui se gaussait de défendre l'infortuné et cela au lieu de me consoler m'exaspérait davantage. N'était-ce pas encore ce Voltaire qui quelques mois plus tôt avaient accusé sous anonymat Rousseau, persistant dans une querelle de philosophes bien inutile ? Décidément cette époque m'exaspérait. Entre les deux hommes il me paraissait difficile de choisir. J'en conviens, j'approuvais Voltaire, parfois, souvent, et comme lui j'aime le paradis terrestre. J'ai besoin du luxe, de plaisirs, je loue la mollesse et ne crains jamais d'être velléitaire si cela peut me donner du plaisir à défaut de génie. Et si j'admets, comme Rousseau, que la belle nature nous ressource, son goût pour les vertus m'est étrange et comme toujours je crains la morale austère qui peut, si vite, glisser à l'idéologie la plus barbare. Je pardonnais pourtant à Rousseau car ses accents de vérité et ses rêveries séduisaient mon instinct.
    Le soir venu, je me dirigeais vers le café Procope pour me ressourcer à ma façon. Le tenancier, vieux bossu maître des lieux, me servit ma demi-tasse de café. Son fumet me rappelait mes anciens voyages en Amérique. Je poursuivis en dégustant un sorbet au citron, spécialité du lieu. Depuis ce lieu central de Paris, j'hésitais où poursuivre ma soirée, entre rejoindre le boudoir d'une noble libertine -libertine non pas seulement parce qu'elle se détournait de l’hostie mais surtout parce qu'elle vouait son corps à des abus bien terrestres- ou une comédienne à la mode -aux saillies intellectuelles j'ai toujours préféré les saillies des corps-. A ce moment de mes réflexions, je distinguai à quelques tables un proche de Voltaire, un de ces jeunes nobles, férus d'art et ralliés au maître exilé. Je fis mine de ne pas le reconnaître pour ne pas avoir à le saluer. Trop tard, déjà il traversait la salle du noble café, en sautillant sur ses nobles talons.

     - Avez-vous appris la nouvelle, mon cher homme ? Rousseau est aux prises avec les pires censeurs de son pays. Voltaire lui a fait céans porter une lettre et l'implore de le rejoindre à Ferney pour lui assurer toute sa protection. Hier, il en pleurait d'apprendre que le Conseil de Genève persécutât Rousseau.
    - Il était temps qu'il pleurât sur l'infortune de son adversaire. La dérision qui fait sa force et ses habits de vieillards lui avaient ôté le goût du bel amour et de ses vertus.
    - Et vous donc, vous êtes jeune mais j'ai ouï dire que vous préfériez les bordeaux aux sacristies.
    - Hélas, ne me jugez pas à ma peau d'homme jeune, je ne suis qu'un vieillard. Au fond, savez-vous, je soupire encore à mes vieilles amours et je cours me ressourcer auprès de l'humanité poisseuse, celle qui grouille de vie et qui me fait oublier ma cruelle destinée.

    Je cachai un sourire. Le vieux pamphlétaire conservait donc un cœur. L'humanité méritait d'être connue. Je devais retourner dans quelques jours – mais ceci est une autre histoire- près de la Suisse et je pensais passer par Ferney. Je ne manquerai pas de donner au vieil Arouet mon sentiment et de lui rappeler que l'heure était à d'autres querelles entre philosophes. Les peuples attendaient autre chose d'eux. Le savait-il au moins ? Je quittai le café sans plus de manière, n'ayant pas encore décidé de la suite de mes déambulations.
    Je croisais par hasard la calèche de la belle Armante, baronne de son état, qui me salua en soulevant son foulard blanc : «C'est vous que je cherchais ce soir, accompagnez-moi chez la marquise de Montesson, Carmontelle organise une fête, ce sera plus charmant que Versailles et nous y retrouverons du beau monde, et j'ai une surprise pour vous, je sais que vous adorez tout ce qui est exotique. Ensuite nous trouverons bien moyen de finir où vous voulez notre nuit. » Je décidai de suivre la belle Amarante. Dans la calèche, elle m'aguicha davantage à propos d'anciennes étuves qui n'avaient plus court en ces temps sauf pour quelques initiés au bord d'un canal oublié. « Vous qui adorez vous baigner, vous trouverez cet endroit à votre goût, j'ai appris aussi qu'il s'y passait des soirées spéciales. » poursuivit-elle en accrochant mon poignet et en me regardant avec ce sourire espiègle qui lui allait si bien. C'est ainsi que je l'accompagnai pour goûter aux glaces du duc et espérais que nous poursuivrions pour d'étranges ébats.

    La soirée du duc s'annonçait moins prometteuse que je l'avais imaginée. Certes, les salons s'illuminaient de leurs lustres et aussi de belles dames, mais la perspective d'assister à une comédie grivoise de Collé m'ennuyait d'avance. Je regrettais la saveur des glaces du café Procope. La belle Armante semblait très à son aise au milieu des barbons en perruque, choisissant dans le buffet les meilleures parts, surtout des coupes de vin à l'écume pétillante. Je me contentais d'un blanc de chablis, qui ravissait davantage ma gorge que les bulles chimériques venues de Champagne.

    Au cours de la soirée, Armante cligna de l’œil alors qu'elle se tenait près d'une jeune femme magnifique, au regard doux, aux gestes exquis. « Omer, je vous avais promis une surprise, je vous présente Lia de Beaumont. Elle est de passage à Paris, elle vit à Londres, bien je vous laisse faire connaissance. » J'avais devant moi le fameux chevalier d'Eon. Ses extravagances, dont j'avais ouïe dire, attisèrent ma curiosité, me rappelant d'antiques orgies où les hommes goûtaient à leurs amants efféminées, moins uraniens que n'en prônaient les philosophes de ces temps. « Les yeux de l'esprit ne commencent à être perçants que quand ceux du corps commencent à baisser », pour l'heure ma vue perçante me détournait de l'éternité dont je ne manquais pas. Je me demandais ce que j'éprouverais si je devais revêtir à mon tour les atours de l'autre sexe : « L'âme d'une femme enfermée dans le corps d'un homme », mais la maxime n'avait pas encore été écrite lorsque je saluai le chevalier. Devenir une femme me paraissait tout à propos, respirer, sentir, bouger comme elles. Ce devait être un délice que mon vieux corps n'avait encore jamais connu. Dans mes multiples identités, je n'avais jamais choisi celle-là. Je manquais d'imagination, et je le regrettais. J'avais bien connu les orgies antiques, mais cette époque où la sodomie était voie courante ne donnait à la chose qu'une expérience commune. Il est vrai aussi que mon érotisme était tourné fatalement vers l'autre sexe et bien que certaines barbes fleuries m'avaient parfois attirées, j'en revenais toujours aux corps tendres et mystérieux de la moitié de l'humanité.

    Au bras de ma jeune noble, j'entrai dans cette étuve, des bassins de granit chauffés par des braseros que de jeunes éphèbes entretenaient.

     


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