• Ava (suite 5)

    Ils marchèrent en silence le long des quais désertés par les passants. Dans les rues, les voitures démarraient emportant leur lot de jeunes gens chics, exagérément bruyants. Il était deux heures du matin et elle ne voulait rien d'autre que marcher. Errer dans la nuit. La ville en dédale chancelait sous ses pas. Son pied se posait dans le vide des lignes blanches et sous les nuages sans pluie, sa tête blanchissait. Au coin de ses lèvres, la vomissure avait le goût de l'absence. Claudicant, elle pavanait, l'âme en ballade, avec sa gorge ronde et chaude sous le regard d'Assane, qui, lui, avait  la gorge sèche et brûlante à chaque respiration ; elle attendait le moment de la délivrance et elle se hâtait. Les lumières de la ville tombaient dans le fleuve boueux, violent.

    Depuis le pont aux lignes incurvées, on découvrait l'espace de la ville, ses collines de maisons délavées. Assane se fortifiait dans le froid sous les étoiles énormes et luisantes. D'une place étroite, parvenait la voix d'une chanteuse de jazz qui glissait sur les pavés mouillés depuis la salle rouge ouverte devant laquelle se tenait un groupe de jeunes gens silencieux. Un rideau de souffre s'abattait sur la ville. A chaque respiration, les poumons d'Ava s'emplissaient de granit. Elle tordit ses chevilles entre les pavés glissants et s'affaissa contre le parapet rouge du pont. Elle ployait à la recherche de l'impossible, en manque du manque ; l'énorme silhouette d'Assane à ses côtés, tendu en homme puissant, n'empêcha pas qu'elle sombrât fac au vide avec les vagues au-dessous. Elle se contenta de vomir, en écarquillant ses yeux cernés et planta ses ongles rubis dans les paumes d'Assane.

    à suivre


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :