• Blandine (suite 2)

     

    Blandine (suite 2)

    Pst, approchez-vous de moi ! Vous avez vu ce jeune homme qui vient d'entrer ? Regardez-le il s'est assis là près des plantes. C'est un étrange garçon. Il vient souvent ici. Parfois, il s’assoit à ma table. Il parle beaucoup, je l’écoute. Il lit des journaux scientifiques. Je parie qu’il va commencer à en feuilleter un. Il connaît toutes les nouveautés scientifiques, surtout en astronomie. Moi, dans ces choses-là j'ai appris à reconnaître quelques étoiles. Une jeune femme que j'ai connue était très attachée à ces visions du ciel nocturne. Désormais, je ne peux m'empêcher, les nuits d'été, d'emmener une belle pour lui lui parler de mythologie céleste... C'est un truc ? Oh, je n'aime pas ce mot. Bon, c'est vrai que, si vous tenez ce langage à une femme, elle vous prendra pour un rêveur et la moitié du chemin est parcouru... Non, là je ne vous suis plus. Voyez-vous quand je parle de la ceinture de Kuiper je revois les yeux gris de mon amie. Ils brillaient rien qu'à chercher ces noms amis dispersés dans le ciel. Et chaque fois, son souvenir revit. Les femmes séduites ainsi le sont plus par cette autre inconnue que par moi... Vous me faites douter. Oui, en définitive, je devrais être jaloux de mes souvenirs : ce sont eux qui plaisent aux nouvelles passantes. Les femmes se comprennent à travers moi.

    Passantes. Voilà un mot qui me plaît. Quoi de plus porteur que cette idée. La passante emplit mes rêves. Je la vois à travers les fenêtres de ce bar. Elle court, flâne, s'envole, amoureuse, soucieuse, indifférente, aimée, incomprise. Tout cela dans cette tête souriante, maquillée, insolente, intense. L'intensité, c'est cela qui me ravit. Mais nous en reparlerons. Je vous évoquais ce personnage là-bas et je m'emporte.

     

    Donc, devant tout son savoir, je me sentais dépassé. D'ailleurs, je l'écoutais à peine, persuadé que de toute façon je ne pourrais pas le comprendre. Un jour, pourtant, que j’étais attentif, je fus étonné par son discours. Il racontait je ne sais quelle nouvelle suffisamment importante pour que les quotidiens en aient parlé. J'étais donc au courant. Et ainsi je pus réaliser que cet homme ne comprenait rien à ses lectures. Les revues scientifiques, il les lit, ça oui, mais sans retenir quoi que ce soit. Et pire, il ne les comprend nullement. Que vous disais-je ? A peinte a-t-il commandé et déjà il a étalé une revue, son monde. Eh oui, les hommes ont besoin de se créer des frontières. Quand la société leur refuse ce confort moral, ils s'en inventent un. Lui, son univers, ses frontières, c'est croire qu'il entend la science. Aux yeux des autres, il est « l'amateur de sciences ». Peu importe si c'est faux : il existe. Ah vous pensez que moi aussi je suis le mathématicien de l'amour et que je n'y connais rien ? Oui c'est possible. Ma foi, la connaissance des corps en apesanteur est déjà une science que je fréquente volontiers. Je la goûte et si je ne connais pas ses lois, je me contenterai de ses boudoirs.

     

     

     


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