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comment j'ai endormi mon amant avec Bouddha | 29 novembre 2006

Il n'y avait qu'une chose à faire et ce matin-là Isabelle avait choisi de faire tout le contraire. Cela avait même commencé la veille ou plus exactement depuis qu'elle connaissait Alain, son nouvel amant. Elle avait l'impression de vivre dans un film de Woody Allen, non seulement parce que Alain ressemblait physiquement à Woody Allen mais aussi parce qu'il agissait et parlait comme Woody Allen, enfin comme l'acteur dans ses propres films.
Comment Isabelle avait-elle pu devenir la maîtresse de cet homme-là ? Il venait chez elle avec son oreiller serré sous son bras. Il lui était impossible de dormir sans son oreiller, toujours le même, comme le ferait un enfant. L'autre question qu'elle se posait : pourquoi, alors qu'il était marié, qu'il avait une autre maîtresse, disons officielle, Alain lui interdisait-il d'avoir d'autres amants ? A la première question Isabelle savait qu'elle avait craqué, comme on dit, parce qu'elle était seule. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule, dans un appartement à elle, donc elle avait fait tout le contraire de ces résolutions et elle avait choisi Alain totalement par hasard. A la deuxième question, Alain avait lui une réponse imparable : « Tu n'as pas le droit de me faire ça, je suis abandonnique, tu n'as pas le droit. » 
Malgré l'interdiction, elle avait choisi pour amant, un jeune Islandais, prénommé Arni, qui était étudiant comme elle à la fac. Arni était évidemment l'opposé d'Alain : Isabelle trouvait Arni très craquant. Quand il lui fit des avances, vous savez le genre de phrases murmurées qui font frémir les femmes, elle oublia Alain –avait-elle jamais pensé réellement à lui ?- et ouvrit tout grand la chambre de son appartement pour accueillir avec gourmandise celui qui devint son deuxième amant.
Le lendemain de cette petite escapade, lorsque Alain frappa à sa porte et commença à lui redire à quel point il était abandonnique, elle lui souriait, non pas parce qu'elle se moquait de lui, mais parce qu'elle était encore pleinement envahie de sa nuit passée. De toute façon, elle était pressée, elle devait à quatorze heures passer son UV d'histoire moderne pour sa licence. « Alain, nous reparlerons de ça plus tard, je dois partir. » Mais Alain avait fermé la porte, bien décidé à la séquestrer ! Isabelle avait beau le supplier il refusait d'ouvrir. Il ne lui laissait pas le choix, elle n'avait qu'une chose à faire : coucher avec lui pour tenter de l'amadouer et après s'enfuir loin de lui ?
Elle préféra l'assommer avec la statuette d'un Bouddha en bronze. Alain respirait doucement, étendu sur la moquette du salon, il dormait comme un enfant. Elle prit soin de glisser sous sa tête l'oreiller (le même qu'au début, vous suivez ?). Toujours avec le sourire, elle plongea la main dans son veston, récupéra la clé de son appartement, prit ses affaires et sortit rapidement. Sur le palier, elle respira un grand coup et la lumière se fit.

Publié par felixmartin à 18:51:48 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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