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Alors que les cloches sonnaient les vêpres, Joseph, le marchand de bois, s'était lavé, parfumé, avait revêtu son costume neuf, lissé un chapeau de feutre, pris une canne en noyer brun et avait remonté la rue jusqu'à la mairie. Sur son chemin, les hommes le saluaient et les femmes souriaient à demi. Les enfants suspendaient un instant leurs jeux bruyants, ne sachant trop si la canne serait utilisée contre eux. Quand Joseph surgissait dans une ruelle, les vieux du village juraient sur son passage et les vieilles croisaient les doigts. On se souvenait de son premier mariage qui n'avait duré qu'un jour. La pauvre épouse, une jeunette, avait fui la nuit même des noces et le pape dut accorder le divorce. Les paysans surnommaient Joseph, le taureau du village parce qu'une fois il avait soulevé d'un coup, sans plier les reins, un jeune taureau pour le hisser dans le camion du boucher à qui il avait vendu la bête. Ce surnom les femmes le lui donnaient pour d'autres raisons. Trapu, les membres courts, le visage basané, creusé de rides paysannes, Joseph se tenait ramassé, prêt à bondir. Ses doigts cassés, souvenirs de la guerre des tranchées, tricotaient inlassablement une pipe noircie qu'il allumait rarement. Le seul soin qu'il accordait à sa toilette était de parfumer sa chevelure noire -qu'il avait belle- avec de la brillantine de qualité. Cette odeur de lavande contrastait avec son allure générale, il le savait et en jouait.Publié par felixmartin à 22:11:32 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
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