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Au cours de l'automne, cette scène se reproduisit plusieurs fois. Isabelle arrivait, émue, grave, tremblante. Je la désirais farouchement : mon corps la désirait, mais ni ma tête, ni mon coeur. J'étais le roi de la lune comme dans le conte : la tête détachée du corps. Elle parlait. Je l'écoutais à peine. Je savais qu'elle m'aimait et venait pour cette raison. Mais je m'en fichais et je roulais sur son corps sans l'aimer, en la désirant seulement, ne sachant pas que ce désir naissait, si puissant, de son amour à elle. Il puisait ses racines dans l'amour, non partagé, désespéré, qu'elle me vouait. « Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? » se demande le poète. A peine une demi-heure s'était écoulée, je la rejetais. Comment ne devenait-elle pas folle ? Comment ne me giflait-elle pas pour ma goujaterie ? Comment ne me haïssait-elle pas pour mon ingratitude ? J'agissais en salaud. Je ne l'aimais pas, me disais-je et pour me disculper je lui disais: « L'amour ne se commande pas. » Je la laissais partir. Silence pendant plusieurs jours.
Publié par felixmartin à 20:24:43 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
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