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Il est parfois difficile de s'asseoir et
de penser tout simplement, en se concentrant sur un point précis, ne plus
ressentir qu'un tourment trouble et pourtant bien connu.
Sur la table, j'abandonnai un livre, à peine lu, mal lu. J'allumai une
Pall-Mall. Je la tenais entre mes doigts, le bras tendu pour voir la fumée
monter légèrement et brouiller l'espace entre mon regard et la fenêtre. Je
remarquai que ma main tremblait. Je me délectais de ce mouvement nerveux qui me
trahissait. J'étais seul dans la pièce, je n'attendais personne. Je pouvais me
laisser aller à un délire indécent où j'étais le seul être important de la
création. A ce moment-là le réel n'était plus que la réalité projetée par mon
inconscient à travers cette fumée bleue. A mes pieds, le téléphone attendait.
Un téléphone peut-il attendre ? Je le soulevai et composai un numéro au hasard
puis raccrochai. L'écouteur reposé répondit par une sonnerie qui fit vibrer la
fumée de ma cigarette. C'était comme l'écho d'un autre dans l'appartement.
Au petit matin, j'avais descendu d'un trait mes étages, m'étais précipité le
long des quais en quête de fraîcheur et de lumière. L'énergie battait dans tout
mon corps et mes pas chancelaient presque sur le bord des trottoirs. Y avait-il
des passants alentour ? Je ne voyais que le soleil jouer avec des nuages, en
bande, effilochés, en route pour ailleurs. Dans le caniveau s'inscrivait le
ciel. Je n'avais pas déjeuné et me sentais un peu faible ce qui exacerbait
encore ma fébrilité ; je redoublais d'excitation, de sentiments inachevés.
J'avais souri à une vieille femme à chapeau, au teint jaune et aux chevilles
maigres que la mort aurait pu attraper sans peine. Moi, j'avançais ou plutôt je
courais, dans la ville qui m'appartenait. Je riais de mon trouble de la veille.
J'avais jeté au loin l'épine dans ma chair et riais de mes folies, des mes
culpabilités fanées. C'est la vie ! Tout est violence et générosité. L'élan de
la vie m'agitait. Je n'essayais pas de retrouver le fil qui liait mon cauchemar
de la nuit à mon enthousiasme du matin. Peut-être avait-il suffi que le soleil
entrât dans ma chambre ? Comment pouvait-on, dès lors, s'accrocher à
d'affreuses douleurs inexistantes ? Je reniais ce qui la veille encore était
toute ma crainte.
A présent, il était cinq heures, le soleil avait quitté ma chambre et, comme la
veille, je tremblais. L'énergie du matin s'était envolée, sans rien laisser,
sinon cette fadeur aux bords des paupières. A force de regarder le mur en face
de moi, il me semblait que j'aurais pu m'y inscrire comme une fresque aux
couleurs écrasées. J'aurais rompu avec la troisième dimension et n'aurait plus
été qu'une surface plane et sans aspérité.
L'épine pénétrait à nouveau dans mon corps et je la situais très exactement
entre mes poumons. Parfois mon cœur se hâtait et ma respiration bondissait.
Parce que le matin, des espoirs monstrueux s'étaient formés dans mon esprit et
que l'après-midi les avait ignorés, j'attendais, à cinq heures, que mon heure
s'achevât.
Publié par felixmartin à 21:04:58 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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Après ton départ, notre campagne s'est bordée de givre. Elle est comme moi dans l'attente de ta prochaine visite. Hélas, quand te reverrai-je ? Combien de semaines ou de longs mois ? De la grande ville nous viennent parfois les échos de ta nouvelle vie. Le vieux Piotr nous raconte d'horribles histoires qui te concernent, il était même question d'un duel. Je ne le crois pas, père non plus, même s'il prend sa mine grise quand il l'écoute devant la cheminée. Bien sûr, notre province ne peut suffire à tes fantasques humeurs. Ta petite sœur ne peut combler toutes ces belles dames que tu croises dans tes soirées.
Il me reste le souvenir radieux de nos jeux d'antan avant de te croiser dans les jours devant. Dans tes jours de brume, je reste là. Ai-je besoin de te l'écrire ?
Ta petite sœur qui pense à toi
Publié par felixmartin à 22:04:42 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Publié par felixmartin à 21:30:14 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Non vraiment, vous vous trompez. Vous exagérez. Croyez-vous ce que vous dites ? Seules les femmes sont capables de parler ainsi à un homme. Nous sommes trop faibles, ou trop fats, nous vous laissons nous tromper. Vous êtes restée cette même femme, captivante, celle que j'ai croisée un jour de septembre, dans une rue de Londres, était-ce bien à Londres ? Vous ne devriez pas parler ainsi, me laisser croire que je suis resté beau et que vous aimez toujours lire ce que j'écris dans ces vieux journaux ridicules. Un bon amant, dites-vous ? Comment vous croire ? Mais je suis un homme et vous m'étourdissez. Vols mains douces entre mes doigts. Votre parfum, il restera sur les draps, j'en suis certain. J'en aurai le cœur retourné, saignant.
Ecoutez, la ville résonne de vos pas. Regardez, les places ont pris le goût de votre silhouette. Je sens monter en moi cette douce mélancolie qui surgira après votre départ. Bien sûr, vous partirez. Bien sûr vous pressez ma main, mon bras, vous m'embrassez dans le cou. Mais vous partirez pour rejoindre vos horizons au nord de cette ville, pour plonger vos ongles dans le corps d'autres amants. Je savais que je ne devais plus penser à vous, je savais que je devais vous oublier. J'y étais parvenu, bien.
Et voilà que notre brève rencontre a fait renaître en moi l'espoir, celui de vous revoir, de vous écouter me séduire à nouveau. Je fixe votre regard incertain, je glisse mon doigt à l'angle de votre bouche où se dessine ce sourire qui ourle de mystère votre magnifique insolence. Mais vos yeux, Madame, vos yeux ont gardé cet étrange reflet étoilé d'inquiétude. Pourrais-je encore vous retenir auprès de moi, dans ma vie, si commune quand j'écoute la vôtre ?
Vous avez sorti votre poudrier, vous avez vaguement regardé votre première ride dans le miroir argenté. Vous le refermez. La boîte de Pandore se referme, l'espoir y reste prisonnier. Donnez-moi l'espoir de vous revoir, un soir, au bord de l'eau. Je ne parlerai pas, je vous écouterai, je vous croirai.
Publié par felixmartin à 22:57:20 dans Nuits blanches | Commentaires (1) | Permaliens

Écrire en suivant les rayons du soleil
Ecrire en respirant le souffle du vent.
Changer au rythme des notes
Le rythme des mots,
Vagabonder sur la gamme,
Pianoter dans le feuillage des peupliers
Glisser son archet au fil de l'eau.
La musique s'arrêterait
Au vol des oiseaux dans le ciel.
La musique recommencerait
Au vol des oiseaux dans le ciel.
Les nuages fileraient en suivant les violons.
La musique serait les mots.
Donner à l'amour cette même douceur,
Cette légèreté divine.
Musique, aide-moi à vaincre ce rêve,
À le modeler tel le premier homme.
Musique aide-moi à donner vie à l'amour.
Symphonie, tes notes respirent
Au cœur des hommes,
Au cœur de l'humanité,
Au cœur d'un dieu peut-être.
Chacune de tes notes éveille le merveilleux
Ton rythme m'essouffle, symphonie.
Laisse reposer mon âme au fil de ton onde.
Publié par felixmartin à 22:45:55 dans Poésies lointaines | Commentaires (1) | Permaliens
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