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Corinne Jeanson
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En ce
dimanche de printemps, ne sachant que faire de Blandine, et constatant qu'elle
ne me lâcherait pas, je décidai de l'emmener au parc. Pour une jeune fille, c'était
presque une promenade romantique. Pour moi c'était une façon commode de passer le
temps. Nous en étions aux premières rencontres et pourtant il me semblait déjà
imprudent d'emmener Blandine n'importe où... Lorsque je fréquente une femme, je
m'arrange pour espacer les rendez-vous ou les circonscrire dans des lieux
neutres. Habituellement, cela ne pose pas de problème. Il en allait tout
autrement avec Blandine. Il me fallait ménager sa susceptibilité, qu'elle avait
grande. Je ne savais pourquoi, en outre, cette simple promenade me semblait
déjà une imprudence. Quant à Blandine, elle rayonnait. Cela ne dura pas. A
peine avions-nous croisé la statue aux colombes qui frissonnait dans l'allée de
la roseraie, qu'une scène, aussi violente qu'inattendue, secoua l'alentour.
Blandine était blanche, hurlait presque et prenait à témoin les pauvres passants.
Je restai muet. Je ne me doutais pas que cette enfant fragile put se comporter avec
autant de nervosité et de courroux. J'en étais à chercher quelque exemple dans
la littérature quand je la vis s'enfuir, perdant même une chaussure dans le
gravier de l'allée. Je restai là, gauche, avec sa chaussure à la main,
souriant aux passants qui me fixaient bizarrement.
Vous
dites qu'à ma place vous auriez abandonné la partie ? Si sa colère avait
été censée, fondée, sans aucun doute. Je ne peux pas supporter les femmes irascibles.
Mais là, c'était tout différent. Il y avait quelque chose de fascinant dans ce
délire et, bien que je prévoyais les mille tourments que cette âme allait faire
peser sur moi, je demeurai. Elle-même comprit-elle le goût que j'avais pour les
situations exaspérantes ? Sur ce banc, nous scellâmes un pacte muet et comme
celui de Faust, la mort seule pouvait le délier. Enfin, nous n'étions pas dans un
drame romantique et l'issue en fut toute autre.
Ceci est
une autre histoire. Il est tard, revoyons-nous demain, j'adore la terrasse de
ce café, les passantes en sont particulièrement agréables.
photo : Richard Vantielcke LudImaginary www.ludimaginary.net
Publié par felixmartin à 22:45:12 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens