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Comme tous les étés, les tribus des montagnes s'étaient rassemblées avec les tribus des Eaux vives au bord du grand fleuve. Nos sacs débordaient d'obsidienne tranchante, de gibiers rutilants, que nous avions transporté depuis notre camp du Nord, dans les rocheuses. Nous recevions en échange les poteries et les céréales aux grains doux. Le soir, nous avions dressé la tente des hommes. J'y entrais avec mon frère, le doux Liedan. Nous nous sommes assis près de l'entrée à laquelle je faisais face. Nous étions en train de boire la bière fraîche des vallons. Un feu au centre de la tente pour donner de la lumière et le toit était à demi relevé pour que la lune puisse plonger son regard sur nos activités. Nos aînés fumaient et devisaient sur les temps passés. De notre tribu je voyais mon père, notre père à tous, l'aîné, le plus vigoureux, qui s'octroyait les femmes. Près de lui, le vieux shaman, au visage ridé par la tempête des jours, se leva quand des nouveaux arrivants passèrent le seuil de la tente. Il s'avança pour saluer le shaman du clan des Eaux vives. Derrière lui deux autres hommes plus jeunes et une toute jeune fille le suivaient. C'est la première fois que je te vis. Ta chevelure brune descendait tout au long de ton dos, flottante, tes yeux tendres et gais firent le tour de l'assistance masculine. Cela te parut naturel d'être parmi nous. Mon visage me trahit au moment où tu passais près de nous. Tu ne semblas pas nous voir, tu continuas à pénétrer sous la tente et tu rejoignis le coin des shamans. C'est Liedan qui parla de toi :
- Omer, as-tu remarqué ? Une femme sous la tente des hommes. Cela ne peut être qu'une shaman. Les Eaux vives sont étranges, leurs femmes sont des shamans ! Si elle est aussi guérisseuse, je veux bien être soignée par ses mains.
Dans cet instant, j'enviais secrètement Liedan qui pouvait te suivre du regard. J'aurais dû me retourner pour te voir et cela me parut impossible, j'aurais trahi ce qui venait de m'envahir : une flèche, que tes yeux m'avaient lancée involontairement, me transperçait le cœur. J'avais dix-sept ans, tu en avais quinze. Je ne sais par quel mystère je ressentis le poids des temps sur mes épaules. Tu venais de surgir de ma mémoire.
Publié par felixmartin à 11:04:01 dans Les fils d'Omer | Commentaires (0) | Permaliens
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