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<< La marche | Orage | Mes temps du rêve >>
Je ne sais à quel moment l'instant devient magique, à quel moment le regard et la caresse, le silence et le baiser deviennent abandon. Je sais qu'à certains moments les regards, les caresses, les silences et les baisers n'ont que l'apparence de ceux-là et leur réalité -parce que sans la profondeur tourmentée et impétueuse des échos d'autrefois- a le goût de cendre et de sable dans les bouches assoiffées. Je suis ce corps de sable qui a oublié le goût de la pluie, quand la terre rouge assoiffée, se tend dans les chemins, s'évapore en nuage de poussière jusqu'au jour où le nuage en caresse dépose son eau longtemps gardée. Et mille gouttelettes roulent et s'épuisent jusqu'au cœur de la terre rassasiée. Retrouverai-je jamais ce goût d'autrefois quand le nuage en reflet se pose dans l'œil de la terre ? Cela a a existé, cela a été bu et cela a rassasié.
Ce moment se reconnaît aussi par ce qu'il a de violent. Dans ce partage, aucune moitié ne savoure à demi le bon ou l'amer. La coupe bue est tantôt de l'acide, tantôt de l'ambroisie et les amants le savent bien qui se tordent dans les convulsions du plaisir : l'arc et la flèche. Dans ce moment l'union est puissante comme l'orage. La terre ne vibre qu'à cette unique condition. Au cœur de l'été, dan la chaleur la plus lourde, l'apaisement ne vient qu'après le terrible assaut du ciel à la terre. Quand la pluie finement redonne à la terre son goût de fraicheur l'apaisement vient. Le ciel à la terre, enfin unis dans l'instant de la pluie, s'endorment doucement, sous la protection des nuages.
Alors, les oiseaux et les insectes, d'un commun accord, se taisent respectueux de ces deux forces qui s'attirent avec la violence de la passion. L'âme humaine a cette même exigence pour connaître le vrai repos.
Publié par felixmartin à 19:22:00 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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