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Ils sont partis | 19 septembre 2009

A quatre heures, ce jour,
Maxime s'est pendu à sa ceinture de cuir
Manon a succombé à sa maladie de sang
Melissa s'est asphyxiée à ses sourdes crises
Leurs adolescences n'ont pas résisté aux mains
Des tueurs tapis dans l'ombre.

Que restent-ils des pères qui les ont conduits par les chemins
Bertrand se tait sous son armure fêlée
Luigi se heurte à ses angoisses mortelles
Arthur se tord dans les bars à bière
Rien ne sauve leurs chairs des étoiles fatales
Celles qui n'éclairent même pas la nuit.

Que restent-ils des mères qui les ont menés au monde
Anna flotte dans les rues à la recherche du sol
Isabelle au crépuscule ouvre les yeux sur le vide
Mariane arrache la mauvaise herbe de son gazon
Rien ne sauve leurs ventres des anémones empoisonnées
Celles qui se trainent aux courants océaniques.

Ils sont suspendus dans le vide sans conscience.
Leurs ailes déchirées battent au vent.

Publié par felixmartin à 17:40:44 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Manuscrits du Reposoir - 1 - | 19 septembre 2009

Trois jours après que les villageois aient dispersé les cendres du bûcher, j'avais fermé le dernier sarcophage. Les corps de Lisa et de mes trois filles reposaient à jamais au creux de la pierre de marbre. Les Chartreux avaient scellé la lourde dalle au-dessus de la crypte. Les souterrains condamnés préserveraient leur secret. Je voyais Lisa, debout devant la fenêtre de notre chambre, vêtue d’une longue chemise de soie rouge qui flottait à ses pieds. Elle souriait et je la regardais depuis notre lit, en silence, émerveillé comme à chaque fois depuis que je l’avais enfin retrouvée. Douze ans avaient passé. Je savais que son retour ne durerait pas mais elle me laisserait nos filles, je poursuivrais ma route avec son souvenir. Je n’avais pas imaginé que la main d’hommes extrêmes me la prendrait si tôt, qu’il me l’enlèverait, elle et mes filles. Etendu sur la dalle froide, toute la nuit, j'avais hurlé de douleur. J’étais là avec mon affliction, impuissant à faire revenir Lisa. Au petit matin, malgré les suppliques des moines qui me demandaient de ne pas céder à la vengeance, je décidais très vite de partir à la poursuite des agresseurs qui s'étaient acharnés sur ma famille. J’étais déterminé à les faire périr de mes propres mains. Les mises en garde du prieur n’eurent aucune prise sur ma haine. Je ne savais pas que j’étais encore capable de ce sentiment. Qu’aurais-je pu faire d’autre dans cet instant ?

 

 

à suivre

 

Publié par felixmartin à 14:47:06 dans Les fils d'Omer | Commentaires (0) |