• Décembre en Afrique - 6 -




    La première fois qu'elle troubla ma solitude, c'était un soir de juin, tiède et bleuté. L'écho du jour passé s'affaiblissait et pour le retenir un instant, je suivais ses lignes encore claires flotter sur le parquet. J'apprivoisais le soir tombant d'un dimanche finissant. Dans la rue, les bruits étaient rares, absorbés.


    J'avais refermé mes livres, posés à plat sur le bureau ciré -seul lieu où je ne supportais pas la poussière-. Je m'approchais de la fenêtre pour voir le ciel s'éteindre avant la venue des étoiles. J'étais inquiet, sans être tendu. Je voyais le paysage des toits de la ville et des morceaux d'hier se chevaucher en ballet tremblant à chaque souffle de mon esprit calme et sans joie. Je respirais à ces moments anciens où s'accrochait l'harmonie parce qu'ils étaient passés et parce que le présent était sans couleur.


    Je m'éloignais de la fenêtre, hésitant à reprendre ma lecture, ouvrant un tiroir, me dirigeant dans une autre pièce, me ravisant et m'asseyant, les coudes appuyés sur le bord ciré du bureau, la tête entre les mains, pensif. Juste avant la nuit, je tentais d'ordonner tout cela pour en dégager des forces, des centres et un sens. Je tentais vainement de créer de ce chaos le jour nouveau. Mes pensées s'échappaient et glissaient avec la fin du jour, les souvenirs se précipitaient et je m'épuisais à me souvenir.


    Quand, à la porte d'entrée, rompant l'équilibre instable, quelqu'un sonna. Je me souvins nettement que ma bouche se crispa, déjà je m'irritai de cette intrusion. Je restai immobile dans la pièce obscure, redoutant l'autre, insistant derrière la porte. Les rêveries retombèrent au bruit que fit ma chaise comme je la reculai sur le plancher. Isabelle était là, à sourire, timide mais décidée à poser à l'intérieur son pied chaussé de noir.


     

    J'hésitais sans qu'aucun geste ne permît de déceler cette hésitation mais elle la sentit.
    J'hésitais parce que son parfum déjà pénétrait la pièce et qu'après son départ, je ne pourrais plus la chasser tout à fait.
    J'hésitais parce que je savais que demain, le souvenir de son sourire et de son parfum se mêleraient au chaos d'hier et écarteraient encore les lèvres blessées de la fêlure.
    J'hésitais parce que je ne désirais pas la présence d'une femme et je savais que le désir viendrait avec son relent de meurtrissure, qu'il viendrait trop vite, qu'il m'affaiblirait encore, moi qui ne savais comment retenir, parler, sourire, tenir la main et simplement aimer une femme, sans l'inquiétude tenace, sans l'horreur de la perte.


    Ce premier instant de faiblesse passé, je repris mon attitude détachée que provoque chez moi une femme éprise.

    (à suivre)

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p>Photo :  kyrsun.net</o:p>


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