• Dimanche après-midi, ma fille a pris le bus pour aller de Valence à Romans. Elle a quitté notre maison en courant, elle était en retard m’a-t-elle dit. Je l’ai à peine embrassée et je l’ai vu s’éloigner habillée à la mode japonaise, pas la traditionnelle, la moderne.
    Dimanche soir, mon message sur FB :

      - T’es bien arrivée ?

    Sa réponse :

    - Non, c'est terrible! Alors que j’allais monter dans le bus, je me suis aperçue que la valise à mes côtés n'était pas la mienne... J'ai donc décidé de l'ouvrir pour voir à qui elle appartenait. C'est à ce moment que j'ai découvert qu'elle était remplie de billets japonais ainsi que de trois armes dont une kalachnikov russe.
    J'étais surprise mais je suis restée discrète car la présence d'un homme dans mon dos m’a fait comprendre qu'il valait mieux le suivre à l'intérieur du bus sans faire d'histoire, en gardant la valise à la main.
    L’homme m’a fait signe de le suivre jusqu’au fond du bus, réunissant tout mon courage, j’ai obtempéré car je sentais très bien que ma vie était en jeu. Quand il s'est assis côté couloir il m'a discrètement remis sur les genoux une enveloppe pleine de yens et il ma dit avec un accent russe très prononcé : « Je suis étonné de voir une si jeune intermédiaire, je pensais que j'aurais affaire à un vieux Japonais... Votre tenue chinoise est-elle une moquerie envers la triade ? »

    C’est là que j’ai compris que ma fille était habillée en chinoise et non pas en japonaise… Son message se poursuivait :

    - Je lui ai répondu sans faillir malgré la peur : « Peu importe, trêve de bavardage, prenez la valise ! » Il a acquiescé satisfait de voir mon professionnalisme. La suite du trajet jusqu'à la gare de Romans s'est poursuivie sans encombre et quand il est descendu, il a pris la valise. Moi j'ai retrouvé la mienne qui était dans la soute. Puis papa est venu me chercher. Bref je suis toujours en vie.

    Ma réponse :

    - Merci de m'avoir rassurée ma chérie. A demain.

    Je me demande si elle ne regarde pas trop de mangas ou si c’est son dernier jeu vidéo GTA qui est responsable. En tant que mère je me sens un peu coupable de ne pas assez me préoccuper d’elle. J’y réfléchirai demain quand elle sera de retour, demain est un autre jour.


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  • - Vous êtes tous là ?
    - Gilbert est à la machine à café, le voilà.
    - Bon, la loi entre en vigueur aujourd'hui. Donc, je demande aux équipes de l'après-midi d'être en veille active. Je ne veux pas de débandade dans les rangs. On n'est pas là pour juger la loi, on l'applique.
    - Ok chef, on fait comment concrètement ?
    - Vous surveillez les terrasses entre 14 heures et 17 heures, à partir du 21 juin, jusqu'à 19 heures.
    - Et ?
    - La moindre tasse qui fume, vous vérifiez et si besoin vous verbalisez.
    - Comment on sait que c'est une substance illicite ? On demande au patron ou au client ce qu'il boit ? On goûte ?
    - Regardez le ticket. C'est un premier indice. Thé, chocolat, tisane, vous oubliez.
    - Ils vont tous tricher !
    - Ce n'est pas notre problème. En cas de doute, vous verbalisez. Amende à cent cinquante euros à la clé, ça les fera réfléchir. On verra plus tard pour les récidivistes s'il faut les serrer.
    - Serré, je le préfère serré.

    - Moi, dans mon quartier ça va poser problème. Y a tous les petits vieux dans les jardins publics, y s'assoient  sur les bancs avec leur thermos les après-midi de soleil. Ca fait longtemps qu'y vont plus en terrasse, trop chers pour les retraités, enfin ceux de mon quartier.
    - Ils auraient mieux fait d'en interdire la vente directement.
    - Le lobby des grandes surfaces a levé son bouclier. On peut pas savoir comment les clients consomment. Rien n'interdit, chez soi, d'en consommer, c'est juste sur l'espace public qu'il y a danger et encore en principe quand il fait soleil.
    - Et s'il vente, les tickets s'envolent. Ca va compliquer.
    - Thomas, je répète on n'est pas là pour juger la loi, on l'applique. C'est tout.
    - Et à Gerland, je fais comment ?
    - Dans les camionnettes blanches, ce qui s'y passent c'est pas notre problème, c'est celui de la brigade de répression du proxénétisme.
    - Chef, et au commissariat, on fait comment maintenant ? Parce que la machine à café, c'est aussi l'heure de la clope. Moi je sors avec ma cigarette et mon café.
    - C'est pareil. Pas de café à l'extérieur les après-midi et pour nous TOUS les après-midi de l'année. Je vous imagine déjà chipoter que c'est 17 heures zéro cinq et qu'on est le 20 juin.
    - Au fond, c'est quoi le risque ?
    - L'amende. Cent cinquante euros.
    - Non, mais je veux dire pour la santé ?
    - Les scientifiques ont sorti une enquête : le café bu au soleil donne le cancer. Enfin le soleil de l'après-midi, les études montrent que le soleil du matin n'est pas contre-indiqué, question d'orientation des rayons. Les politiques savaient pas quoi foutre qu'inventer une loi, le ministre de la santé a été le plus virulent. Il s'en fout, lui il ne boit que du café décaféiné depuis sa crise cardiaque.
    - Et en DOM-TOM y font comment ?
    - Ca vaut pour la métropole, les DOM-TOM c'est pas notre rayon d'action. Tout le monde a compris les instructions ? Je répète pas, ça me lasse.
    - On fête ça à la machine à café ? Il est onze heures, on peut même le boire dans le carré extérieur. Je vous offre le café, pour la naissance de mon troisième. Et chef, n'oubliez pas, vous êtes le parrain !


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  • - Qu'est-ce que vous faites ?

    - On trie les dossiers. C'est le boss qui l'a demandé.

    - C'est quoi ce tas ?

    - Intermittents, intérimaires et Cdd à temps partiel. Direct poubelle, intraitables.

    - Et ce dossier vide ?

    - Musicien. Auteur. Artiste. Journaliste. On a déjà jeté.

    - On en fait quoi de celui-là ?

    - Raoni. Chasseur-cueillir. Nationalité : Brésilien. Il vient d'Amazonie.

    - Il est arrivé en pirogue ? Et il fait quoi en France ? Il a des papiers en règle ?

    - Refuge politique. Inattaquable.

    - Avec sa peinture rouge sur la figure ? Et puis chasseur-cueilleur, c'est quoi ce travail ? Et là c'est quoi ?

    - Des profs et des infirmières. Dans le dernier projet de loi, ils vont réduire le nombre de fonctionnaires. Ils partent déjà pour le privé.

    - Les ex-fonctionnaires vous oubliez. Et là ?

    - Secteur associatif subventionné. Poubelle.

    - Il reste quoi ?

    - On a éliminé les plus de cinquante ans, les moins de vingt-cinq sans expérience significative.

    - Significative ?

    - Tous ceux qui prétendent avoir fait des stages.

    - Il reste quoi ?

    - Ces trois dossiers : fin de CDD à temps plein, CDI licenciés pour raison économique ou pour faute.

    - Faute ?

    - Uniquement les fautes graves. Les autres, on a peur que ce soit un arrangement pour toucher le chômage. En résumé, sur nos 1 800 dossiers, on en a gardé 200.

    - Ben, ça va nous donner moins de travail.

    - Chef, on a terminé le tri. 200 dossiers à traiter.

    - C'est-à-dire ?

    - On a éliminé tous les faux travailleurs, on a gardé ceux qui avaient déjà eu un vrai travail.

    - Comment ça ? Vous n'avez pas compris les instructions. C'est pourtant clair, on doit trouver un vrai travail aux chômeurs. Vous pouvez recommencer à zéro.


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  • Société esclavagiste et société capitaliste

    - Dis papa c'est quoi la différence entre une société esclavagiste et une société capitaliste ?
    - C'est simple dans une société capitaliste, travailler c'est valorisant.
    - Ah ?
    - Par exemple, aux Antilles françaises les planteurs esclavagistes étaient installés dans la consommation ostentatoire, s’adonnaient aux jeux et aux plaisirs, cultivaient l’oisiveté et ça c'est pas être capitaliste, c'est juste profiter du système
    - Ah !? ben tonton y profite du système, parce que lui y bosse pas il est chômeur. ça veut dire que tonton est capitaliste ?
    - C'est plus compliqué, voilà, j'explique, les sociétés de l'Antiquité utilisaient des esclaves, avec l'arrivée des Barbares (du Nord), l'esclavagisme a été remplacé par le servage, la Révolution française a balayé le servage, avec la révolution industrielle qui avait besoin de beaucoup de main-d’œuvre, on pouvait difficilement revenir à l'esclavagisme, sauf dans des terres lointaines, là personne disait rien, ça se voyait moins, c'étaient pas des blancs les esclaves... donc les travailleurs étaient payés, mais exploités et souvent mal traités.
    - Ah ? alors c'est quoi la différence ?
    - Mange ta glace, elle va fondre avec cette canicule. Et maman va dire qu'on gaspille.

    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Travail__capitalisme_et_soci__t___esclavagiste-9782707145536.html-


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  • Ars - J'en peux plus, de l'air.

    Her - Oui, la terrasse et son horizon valent mieux que ce banquet interminable.

    Ars - J'en peux plus, et toutes ces vierges qu'on peut à peine regarder, avec leur nouvelle morale.

    Her - C'était couru, je l'avais portant prévenu qu'il n'avait rien à y gagner.

    Ars - Ça sert à rien de prévenir, regarde Cassandre. Mais t'as raison, on n'aurait pas dû les accepter tous. A douze on s'en sortait bien, on n'était jamais d'accord mais on était une famille !

    Her - C'était couru d'avance, on n'a pas les mêmes valeurs.  Posèd en a avalé sa fourchette quand il lui a annoncé l'arrivée des autres.

    Ars - S'il nous avait demandé notre avis.

    Her - On aurait refusé s'il avait fait un vote démocratique.

    Ars - Ses arguments sonnaient faux. Qu'on pouvait pas se passer des nouveaux venus, que l'époque voulait ça. Encore heureux qu'ils nous aient pas interdits l'hydromel.

    Her - Quoique le vin de Diony, moi je préfère. Ah les gouttes de dieu !

    Ars - Dommage qu'il ait fait alliance avec l'autre libérateur. Ça lui vaut rien toutes ces fadaises à Diony. L'amour, l'amour, l'amour. Ils ont plus que ça à la bouche. Regarde-les tous les deux, affalés sur leur couche à se demander lequel des deux est le meilleur rejeton, lequel a le père le plus puissant.

    Her - Ben, quand t'es né de la cuisse de Jupiter ou d'une Vierge. Au fait, qu'est-ce qui se passe en bas ce soir ?

    Ars - Ils ont trouvé 8 000 pièces d'or. Pour leurs insurgés.

    Her - Au moins eux, ils font leur révolution. Nous on fait quoi ? Je te dis on est devenu des falots, des finis, dépassés qu'on est.

    Ars - Disons que pour les pièces d'or, je leur ai soufflé l'idée.

    Her - Beau coup, Ars.

    Ars - Silence, en principe, j'ai pas le droit, délit d'initiés. Et ça fait partie du patrimoine, encore un truc que le vieux me pardonnerait pas.

    Mag - Eh bien, les garçons, vous avez l'air maussade. T'as perdu tes ailes, Her ?

    Her - Salut Mag. On parlait des tiens. Depuis que le boss les a acceptés à nos banquets, c'est mortel.

    Mag - Petit massage des pieds pour vous détendre ? Quoique toi Her, avec tes sandales, pas facile de te délasser.

    Ars - Non, le fils passe encore, mais le père ! Et ses inspirés qui se disputent la part du gâteau.

    Her - Forcément, à chacun il a promis le meilleur : peuple élu, dernier prophète. Même son fils il l'a mis à contribution. Dieu unique ! Quelle plaisanterie !

    Ars - Sauf pour ceux d'en-bas. Parce que le paradis sur terre, c'est bien fini. Je crois que je préfère les fêtes d'Hadès, au moins on sait à quoi s'attendre avec lui.

    Her - Et surtout, sa femme est si belle, n'est-ce pas ? Si tu crois que j'ai pas vu votre manège. Méfie-toi d'Hadès, il a l'oeil. Enfin, si je pouvais prendre ta place, une seule fois !

    Ars - Ah non, y a Sid qui se pointe, y manquait plus que lui. Salut, Sid ! Ça va ? Tu viens chercher la fraicheur sur la terrasse ?

    Sid - La fraicheur est là. Inutile de la chercher. Je la porte en moi.

    Ars - Ah oui, bien sûr, en toi. Ouf, il se tire. Parce que question jouissance éternelle, on a trouvé mieux. Merde, ça crame en-bas. Regarde là et là. Putain, cette fois-ci c'est les Grecs qui foutent la pagaille.

    Her - Ça va nous l'énerver, le vieux.

    Ars - Si au moins ça pouvait le mettre en colère, qu'on roule dans la boue son peuple.

    Her - Il bougera pas le petit doigt, ils l'ont renié. Il oublie pas.

    Ars - Ouais et nous on a récupéré le nouveau dieu et ses acolytes pour que Zeus se croit magnanime en l'acceptant aux champs élyséens. Bien fini pourtant sa toute puissance, elle a glissé à l'Est et c'est pas fini. Si encore les vierges on pouvait s'en amuser.

    Mag - Vous n'en avez pas assez de ressasser votre passé glorieux ! Vous êtes pathétiques. Regardez plus loin. Y a encore des peuples qui aspirent à vos polythéismes. Regardez. Salut Tian. Imposant non ?

    Her - Oh toi, il faut toujours que tu guettes le mâle dominant, t'es prête à te mettre à ses pieds. C’est sûr qu’avec son potentiel de pratiquants, un empire à lui tout seul, ça va les faire trembler le dieu unique et ses prophètes. Ils vont rire jaunes.

    Mag - Vous savez de quoi parlaient vos dieux ce soir ? Si vous étiez restés, vous auriez pu entendre la grande nouvelle.

    Ars - Quoi encore ?

    Mag - Ils débattent sur l'idée d'accepter dans le Panthéon les dieux de HD 69830.

    Her - Quoi ? HD comme Harley Davidson ? Si ça peut m'aider à voyager loin.

    Mag - Hoshun Dakhan. Le système stellaire de la Poupe.

    Ars - Ben voyons, y manquait plus que ça, pourquoi pas Alderaan tant qu'on y est, ou la planète foot ? Des dieux extraterrestres ! Et nous on devient quoi ? Je vous le dis on est foutu. Le temps du rêve est bien fini. Bon qu'est-ce qu'on fait, on finit la nuit chez Hadès ? Tu nous accompagnes Mag ? T'auras bien deux copines à nous présenter en bas ?


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