• Conchita : Que vous arrive-t-il, Madame Solange ?

    Solange : Ah ma pauvre Conchita, je reviens de la messe, mon petit-fils est possédé.

    Conchita : Qui, le petit Benjamin ? Mais il n’a que cinq ans, s’il pleure, c’est juste un caprice. Ne vous inquiétez pas, faites-le entrer dans ma loge, il va se calmer.

    Solange : Non, je vous le dis, ça a commencé devant l’autel. Il a regardé le Christ en croix et il s’est mis à blasphémer.

    Conchita : Madame Solange, un enfant de cinq ans ne sait pas ce que signifie un blasphème.

    Solange : Devant le Christ il a dit, on dirait papa avec maman.

    Conchita : Ah certes, il a dû voir des choses qu’un enfant de son âge ne devrait pas savoir. C’est sûr, un homme  à moitié nu, les mains cloutées sur une croix, c’est dérangeant.

    Manuela : Bonjour maman.

    Conchita : C’est quoi cette tenue ? Tu portes le voile maintenant ?

    Manuela : J’ai accompagné Fadila à la mosquée, c’était plus convenable que mes jupes courtes.

    Conchita : On dirait ma grand-mère, quand elle sortait dans la rue, elle mettait un foulard sur les cheveux, à cause de sa mise en pli et du vent, mais de son temps c’était à la mode. Là aujourd’hui, c’est un peu rétrograde et insultant pour les Pakistanaises.

    Manuela : Maman, il faut que tu arrêtes de lire tes journaux de gauche, ils embrouillent ton esprit. N’oublie pas, t’es une femme du peuple, tu viens de la pampa espagnole.

    Conchita : Justement, ton grand-père a quitté l’Espagne du temps de Franco. Il ne nous a pas fait faire tout ce chemin pour qu’on retourne en arrière.

    Mme Poutin : Madame Conchita, vous l’avez bien surveillé ? Tout s’est bien passé ?

    Conchita : Il dort comme un bébé le pépé. Vous pouvez être rassurée. (À Madame Solange) C’est son père,  il est un peu sénile, mais très gentil, très propre sur lui. (À Madame Poutin)  Vous êtes bien essoufflée, il ne fallait pas courir, je veillais sur votre papa.

    Mme Poutin : Je reviens de la mairie, on a manifesté contre la nouvelle campagne de pub des parfums Proréac. Vous vous rendez compte, une femme qui en embrasse une autre ? Que vont penser nos enfants devant de telles images pornographiques.

    Conchita : C’est bien ce que je disais à Madame Solange à l’instant : on ne montre pas un homme dénudé qui se déhanche sur une croix à un enfant de cinq ans sans causer des dégâts.

    M. Lasqua : Bonjour Madame Conchita, le syndic s’est réuni hier soir. Nous avons voté à la majorité contre le port de la barbe dans votre loge. Même si elle vous va bien, j’avoue, c’est tout de même un peu dérangeant  pour notre copropriété. Vous comprendrez qu’il nous est difficile d’accepter votre tenue. Désormais, nous exigeons que vous la rasiez de près chaque matin, il est évident que votre fonction exige une tenue correcte.

    Conchita : Vous avez l’esprit bien fermé Madame Lasqua. Ne vous a-t-on pas appris que l’habit ne fait pas le moine ?

    Mme Lasqua : Madame Conchita, vos maximes ne sont plus de ce siècle, dans notre époque, on a besoin de repères. Vous me comprendrez, n’est-ce pas ? Et puis je n’étais pas la seule à décider. Je me suis pliée à la majorité.

    Conchita : Madame Lasqua, vous me permettez, mais parfois la majorité a besoin qu’on lui ouvre les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Bref, je ne cèderai à aucune tentation : Manuela, ôte ce voile, moi je garde ma barbe, vous Madame Boutin, vous feriez bien de lire le journal intime de votre père, celui qu’il garde dans sa poche, vous y lirez ses erreurs de jeunesse bien pornographiques, quant à vous Madame Solange, cessez de croire que les icônes trop pieuses ne sont pas à double tranchant. Allez sortez de ma loge, j’attends mon groupe de vieilles féministes, on va parler du bon temps qui est passé trop vite. A chacune ses utopies. On doit aborder le sujet des Femen on n’est pas toutes d’accord avec la ligne idéologique qu’elles véhiculent. Il faut revenir aux fondamentaux, je ne cesse de le répéter. 


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  • Marcello - Les femmes sont devenues folles.

    Robert - C'est elles qui font les mômes.

    Marcello - Elles les veulent pour elles.

    Robert - Disons qu'on n'a rien fait pour les en empêcher. Nos pères ramenaient l'argent à la maison, ils avaient la paix. Les enfants grandissaient dans les jupons de leurs mères, les hommes allaient au bordel pour le fun, et le monde roulait.

    Marcello - C'est la faute au lave-vaisselle...

    Robert - Quel lave-vaisselle ?

    Marcello - Eh bien, la vaisselle, la lessive, tout est facile, les femmes ont gagné du temps. Elles sont allées à l'usine.

    Robert - Elles sont allées à l'usine quand nos grands-pères sont morts dans les tranchées de 14.

    Marcello - Oui, mais quand il n'y avait pas le lave-vaisselle, elles travaillaient, elles s'occupaient des mômes, elles faisaient les vaisselles, les lessives, et tout allait bien. Aujourd'hui elles ont le temps de penser à elles.

    Robert - Et de nous voir tels que nous sommes.

    Marcello - On n'a rien vu venir. Enfin si, on a eu le chômage, les petits boulots. On n'était plus les maîtres. Et on a continué à rien foutre à la maison puisqu'elles avaient le lave-vaisselle et le lave-linge en prime.

    Robert - Non, là t'exagère, moi je range la vaisselle propre, j'étends le linge. Je fais même les courses au supermarché.

    Marcello - Tout irait bien s'il n'y avait pas les enfants. Parce qu'elles veulent plus nous les rendre quand elles nous quittent.

    Robert - Plus j'y songe, plus je pense que c'est Martin qui a eu raison.

    Marcello - Ouais, cette vieille folle nous a eu avec ses seins silliconnés. N'empêche, elle a eu la garde des enfants, je me demande si elle a fait une pipe au juge pour en arriver là.

    Robert - Le lave-vaisselle ! Marcello tu es un génie ! Rappelle-moi : le concept d'entropie, c'est bien la mesure du désordre et de l'incertitude qui augmentent toujours spontanément ?


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  • - Bonjour, je m'appelle Liliane.

    - Bonjour Lilliane. Je te rappelle les règles de notre contrat : tu as cent jours pour prendre des résolutions qui vont changer ton comportement dans la vie. Qu'as-tu décidé cette semaine ?

    - J'ai acheté une île en Grèce pour y installer un camp de Roms.

    - Oui, très bien Liliane, c'est un beau début.

    - Et toi, François ? Quelle a été ta nouvelle résolution ?

    - J'ai renoncé à passer ma retraite à Marrakech. J'ai décidé de louer une maison dans le Limousin. La vie n'y est pas chère, et je reste dans mon pays.

    - Bravo, je vois que nos conseils portent leurs fruits.

    - Et toi Martine ? Tu nous avais dit ne plus vouloir être considérée comme une cougar.

    - Je suis tombée amoureuse d'un petit garçon de trois ans... j'ai enfin découvert l'amour désintéressé. Désormais, je le garde après l'école, pour aider sa maman qui l'élève seule.

    - Angela ?

    - J'ai accepté que le papa de mon fils le voit un week end sur deux. J'ai arrêté de penser qu'il était un mauvais père.

    - Et toi Dom ?

    - J'ai opté pour le bois. J’ai été rattrapé par trois inconnus qui m’ont...

    - Hum... je rappelle à tous que Dom était un mâle dominant, plutôt harceleur. C'est un peu radical ta résolution, mais bon. Et toi Nikos ?

    - Je veux d'abord remercier Angela, elle m'a redonné ma dignité de père.

    - C'est bien Nikos.

    - Attends, je n'ai pas fini. Cette semaine, j'ai vendu mon île en Grèce. Y a pas d'eau, difficile d'y vivre à l'année. J'ai aussi réussi à trouver un locataire pour mon neveu qui habite dans le Limousin. Sa bicoque ne trouvait pas preneur. Enfin, j'ai embauché ma voisine pour tenir mon hôtel du 18e, ça complique ses horaires de travail, mais je lui ai trouvé une retraitée pour garder son fils. Ah oui Dom, je voulais te dire, le troisième inconnu, c'était moi.
    - Oui, hum, Nikos, là, tu as fait du zèle.

    - Ben, cent jours, c'est court pour être accepté par le club des AAA.

    - Nikos, je ne suis pas certain que tu ais bien compris les règles de notre contrat.


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    - Bénissez-moi mon père, parce que j'ai péché.
    - Eh bien, parlez-moi de vos parents.
    - Ma mère est vierge.
    - Oui. Votre mère est vierge. Et votre père ?
    - Mon père est aux cieux. Il m'a abandonné.
    - Au cieux. Abandonné. Oui. Je vois, oui. Poursuivez.
    - J'ai fait un rêve cette nuit.
    - Très bien. Vous pouvez le raconter ?
    - J'étais avec Marie-Madeleine. Elle était à mes genoux. Elle me suppliait de lui donner le corps du Christ. Moi je ne savais pas, je voulais juste finir mon verre de vin. Mais elle a continué à me supplier.
    - Et ensuite.
    - Ensuite, je lui ai donné un bout de pain. Après, je ne sais pas ce qui est arrivé. Je crois qu'elle m'avait attachée, j'avais les bras en croix.
    - En croix ? Oui. Qu'avez-vous fait ?
    - Eh bien, je ne pouvais plus bouger. Et pourtant...
    - Pourtant ?
    - Je me sentais bien. Comme si mon corps ne m'appartenait plus. J'étais en apesanteur. Je ne souffrais plus.
    - Ah ? C'est bien ça. Avant vous aviez le sentiment de souffrir ?
    - Souffrir ? Non.
    - Mais vous avez dit  : je ne souffrais plus.
    - Oui. C'est vrai. Ce n'était pas mon corps qui souffrait. C'était dans mon ventre, enfin dans ma tête. Quelque chose de lourd à porter.
    - Très bien. Et là vous ne portiez plus rien.
    - J'étais très dénudé. Devant Marie-Madeleine. C'était troublant. Mais je ne pouvais rien faire. Et là elle a pris, elle a pris...
    - Oui ? Elle a pris.
    - Eh bien, vous comprenez. Mes pieds, elle a pleuré à mes pieds, avant, et ensuite, elle a, elle a...
    - Poursuivez.
    - Elle m'a donné du plaisir. Vous savez, ce que font les femmes. J'ai cessé d'être le fils d'un dieu. Je suis devenu le fils de l'homme. Pourtant c'était divin.

     

    Illust :
    Rubens, Le Christ en croix

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  • - Je lui ai dit tant de belles choses, que j'ai fini par y croire.
    - Quelles belles choses ?
    - Celles que les femmes veulent entendre.
    - Et que veulent entendre les femmes ?
    - Je ne sais pas, je te désire, je suis amoureux, je t'attendais depuis toujours.
    - Et alors ?
    - Elle ne m'a pas cru.
    - Tu nous crois si sottes pour croire à vos boniments.
    - J'étais sincère.
    - Tu en as tout l'air. Et là tu fais quoi avec moi ? Il est à peine minuit, tu m'as dit qu'elle t'avait quitté aujourd'hui et tu es déjà au bordel ?
    - J'avais besoin d'être consolé. Et pour ça tu es la femme parfaite.
    - Oui, j'ai des seins généreux. Donc elle t'a quitté parce qu'elle ne t'a pas cru ?
    - C'est un peu ça.
    - Et que comptes-tu faire pour la convaincre de revenir ? A part, bien sûr, trouver du réconfort auprès de moi.
    - Je ne suis pas sûr de le vouloir. Tu comprends, elle va me faire souffrir. Et je ne veux pas souffrir.
    - Hum, pas mal ce champagne. Reprends une coupe, cela te fera du bien, mais pas trop, tu deviendrais mou. Quoique, j'ai été bien assez montée aujourd'hui. Donc tu ne veux pas souffrir ?
    - Non.
    - Et tu dis l'aimer ?
    - Oui, oui, je crois. C'était si, c'était si. Plein. Entier.
    - Et tu ne veux pas souffrir ?
    - Non.
    - Tu as bien fait de venir au bordel, c'est rare de souffrir au bordel. Enfin, sauf ceux qui cherchent des souffrances pour jouir. Mais je n'appelle pas ça souffrir. Donc tu ne veux pas souffrir ?
    - Non. Pourquoi répètes-tu cette question ? Qu'essaies-tu de me dire ?
    - Ah, on progresse sur la voie. Vois-tu, mon cher ami, nous savons tous que tu es un homme à femmes. Chut, ne nie pas. Tout le monde le sait. Tu es prêt à sauter sur tout ce qui bouge, et je t'ai croisé plus d'une fois aux bras d'une belle dans la ville. D'ailleurs elles ne sont pas toutes belles, ce qui me laisse supposer que tu es attiré par la femme plus que par l'amour.
    - N'est-ce pas la même chose ?
    - Je vis dans ce bordel depuis plusieurs années, et j'ai croisé, ainsi, beaucoup d'hommes. La plupart mariés, d'ailleurs. Ceux-là on sait pour quoi ils nous fréquentent. Ils sont bedonnants, grisonnants, souvent enrayés mais toujours joyeux, ce qui fait leur charme.
    - Ne suis-je pas joyeux avec toi ?
    - Si bien sûr. C'est un peu le principe ici. Mais pas au-dehors. A moins d'être marié et père de famille, de tenir sa maisonnée, son épouse et ses enfants. Mais un amant, un vrai, se doit de montrer et sa joie et sa détresse.
    - Mais je n'ai cessé de lui dire que je ne voulais pas la perdre. Qu'elle était ma bien-aimée.
    - Très bien et qu'as-tu fait pour la convaincre ?
    - Je ne sais pas, je le lui ai dit.
    - L'as-tu embrassée, l'as-tu serrée dans tes bras ? Lui as-tu parlé à l'oreille ? L'as-tu regardé droit dans les yeux en lui rappelant qu'elle est si belle, que tout te plait en elle ?
    - Oui, je crois. Enfin, non. Elle était si silencieuse.
    - N'es-tu pas venu au Méridien la semaine dernière ? Il m'a semblé te croiser, mais j'étais avec mon vieux juge. Il aime quand je lui lis à haute voix des procès et que je le frappe avec ma badine. Il se tient à genoux devant moi et ça le fait bander. Un peu.
    - Oui, je suis venu. Mais c'était avec elle.
    - Tu lui as demandé de passer au Méridien ?
    - Elle n'était pas contre.
    - Hum, tu étais prêt à la donner à un de ces messieurs ?
    - Oui, je sais c'était ridicule. Déplacé. Elle voulait me faire plaisir, mais elle a vite renoncé.
    - Bien, donc tu ne veux pas souffrir ?
    - Encore ? Que veux-tu me faire comprendre ?
    - L'amour a ses codes, mon cher ami. L'amour fait souffrir. C'est sa grande loi. Si tu ne veux pas souffrir, laisse-la partir et ne cherche pas à la revoir. Si tu l'aimes elle te fera souffrir et si tu ne l'aimes pas, c'est elle que tu feras souffrir. Si tu ne veux pas souffrir, cesse de vouloir aimer. C'est la loi de l'amour : souffrir. La loi du plaisir : jouir. Choisis ta loi, les douze coups de minuit vont bientôt tinter.
    - C'est tout ce que tu me conseilles ?
    - Quoi d'autre, voyons... Marie-toi, tu cesseras de souffrir et tu reviendras au bordel.
    - Mais pourquoi l'amour devrait-il faire souffrir ?
    - Ce n'est pas une nécessité, j'en conviens. Mais la souffrance garantit l'intensité. Plus tu souffres, plus tu aimes. Si tu ne souffres pas, tu ne sais pas aimer. Tu évites l'amour. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Gustave : la manière la plus profonde de sentir quelque chose est d'en souffrir. Au fond, mon vieux juge a raison, il aime la loi et il en sent l'intensité quand je ballade ma badine sur ses fessiers nus.
    - Tu m'agaces ! Je ne crois pas à ton raisonnement. Tu confonds l'amour et la passion. C'est la passion qui fait souffrir, pas l'amour.
    - Bien sûr, mais tu as toi-même dit : je te désire, je suis amoureux, je t'attendais depuis toujours. C'est toi qui as parlé le premier de passion. Vois-tu, très cher, si la passion nous tombe dessus comme la foudre, l'amour a besoin de temps. Si tu veux savoir si tu aimes cette femme, tu dois lui laisser le temps de t'aimer, tu dois l'apprivoiser et cesser de lui servir de belles phrases. Vraiment ce champagne est très bon. Finissons-le.


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