•  

    C - Elle est absente, elle préfère sa solitude. Elle fait la lune.
    R - Ca veut dire quoi ?
    C - Qu'est-ce que j'en sais ? Elle n'est pas là, ailleurs, partie, en exil. Enfin loin de moi, de toi, de nous.
    R - Qu'est-ce qu'elle dit ?
    C - Elle fait l'Odyssée.
    R - Ouais, ben moi je vais lui refaire l'Illiade. Tu sais la colère. Ca veut dire quoi ça, elle va d'île en île. Et toi tu fais Pénélope ?
    C - Le café est chaud. Passe le beurre, derrière toi.
    R - J'aime bien les dimanches matin. Pourquoi elle préfère partir ?
    C - Un ancien amour... Elle a le coeur en berne, qu'elle m'a dit.
    R - Le coeur !? Moi j'ai la peau indienne, passe le calumet. Je te propose la paix. La chair n'a pas de cicatrices, que des flots.
    C - Je l'ai dans la peau.
    R - Moi je t'ai dans mes ADN, ça te suffit pas ?
    C - Oui, je sais on est frère. Mais elle, c'est mon coup au ventre. Elle est mon atome crochu, ma tendresse. Chui moureux.
    R - C'est ça avec toi qui m'agace, t'es un romantique. Foutaises. Je ne crois plus qu'aux flammes du corps. Ces flammes réchauffent l'âme, et l'âme crée. Les amoureux sont niais, froids et provisoires. Le désir, lui, est éternel. Elle n'est pas romantique, crois-moi, les femmes ne sont pas tendres. C'est un leurre, leur cheval de Troie. Bon, je reprends ma partie d'échecs. Je joue, je gagne, je perds, une partie sur trois. En plus, sur le net, t'as pas ton adversaire en face, t'as l'impression de jouer contre un autre toi-même. Fais pareil avec elle, tu joues, tu perds ou tu gagnes, une fois sur trois.
    C - Toi tu joues sur tous les tableaux.
    R - Et alors, ça t'a pas géné cette nuit. Tu t'es abandonné, tes arrières pensées m'ont pas géné. J'aime bien tes arrières pensées, les remplir.
    C - Mais toi, elle ?
    R - Je l'ai connue, y a longtemps. je me souviens d'elle comme un marin se souvient d'un grain après quelques jours de ciel bleu.



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  • - Jack, faut que je me délivre de ce mic-mac ! Verse-moi ton cognac, j'ai besoin de ton divin thériaque.
    - Hello, Bob, c'est quoi qui te détraque ?

    - Deux heures que j'attends ma Slovaque sur la place, y avait juste le tic-tac des horloges, celle du beffroi, du clocher, du minaret, toutes dressées aux cieux qui pendent. Elle me rend démoniaque.
    - Alors c'est qui la nouvelle cette fois-ci ?

    - Elle caresse mon nez d'éléphant, pire qu'un cornac, c'est meilleur que respirer le crack ! Je suis en vrac quand elle se casse. C'te nuit, j'ai tagué la pissotière façon tache de rorschach, ça me souvient de sa rose ! je la ferai poser nue sur l'abaque d'une colonne torse. Putain faut que je la plaque avant qu'elle me rende opaque.

    - Arrête de broyer du noir ! Bois ton cognac.

    - Ca me soulage voir tout en noir. Sur mes toiles je mets sa petite gueule en désordre, je la pique au lasso. Sur mes plaques de cuivre je la possède à l'envers avec mon burin. Ça me braque, tout son cubisme en arêtes qui me transperce.

    - C'est ta tronche que tu mets à l'envers, t'en as pas marre de te flinguer à chaque cloaque ?

    - C'est pas ma faute à moi si je préfère les belles cosaques et leur bras voilés de casaque rouge. Je sais, je terminerai sous le pont de Brooklyn.

    - Ben, le Rhône est à côté, choisis le pont des Lônes. Disons que t'aime ça, plonger dans les lacs saumâtres, ça t'évite la déprime ambiante, tu participes à la crise, façon bras cassés !

    - Putain, Jack, je suis en manque, faut que je plonge dans sa mandragore ça me nourrit mieux que le manioc.
    - Change de dope.
    - Je deviens paranoïaque, tous les macs qui passent, c'est pour elle qu'y viennent que je me dis. A Pâques, c'est dit, je ferai naufrage dans les séracs du grand nord sur mon kayak.

    - Y te reste les gorges de l'Ardèche, c'est plus près. Laisse tomber, Bob, tu deviens chiant avec ta garce.

    - Dis pas ça c'est une déesse, faudrait pas que je croise maintenant son regard canaque, je suis trop chaud, je me pendrai à la haute branche d'un gaïac, au bord d'un long fleuve d'Amérique centrale.

    - T'as qu'à sauter à l'élastique dans le Vercors !

    - C'est pas ma faute à moi si elle me met en vrac. Mes nuits dans ma piaule sont insomniaques.

    - Tu claques des dents, qu'est-ce que t'as ?

    - Là-bas, te retourne pas, elle est là. J'ai le trac, je suis foutu, je vais replonger...


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  • Conchita : Que vous arrive-t-il, Madame Solange ?

    Solange : Ah ma pauvre Conchita, je reviens de la messe, mon petit-fils est possédé.

    Conchita : Qui, le petit Benjamin ? Mais il n’a que cinq ans, s’il pleure, c’est juste un caprice. Ne vous inquiétez pas, faites-le entrer dans ma loge, il va se calmer.

    Solange : Non, je vous le dis, ça a commencé devant l’autel. Il a regardé le Christ en croix et il s’est mis à blasphémer.

    Conchita : Madame Solange, un enfant de cinq ans ne sait pas ce que signifie un blasphème.

    Solange : Devant le Christ il a dit, on dirait papa avec maman.

    Conchita : Ah certes, il a dû voir des choses qu’un enfant de son âge ne devrait pas savoir. C’est sûr, un homme  à moitié nu, les mains cloutées sur une croix, c’est dérangeant.

    Manuela : Bonjour maman.

    Conchita : C’est quoi cette tenue ? Tu portes le voile maintenant ?

    Manuela : J’ai accompagné Fadila à la mosquée, c’était plus convenable que mes jupes courtes.

    Conchita : On dirait ma grand-mère, quand elle sortait dans la rue, elle mettait un foulard sur les cheveux, à cause de sa mise en pli et du vent, mais de son temps c’était à la mode. Là aujourd’hui, c’est un peu rétrograde et insultant pour les Pakistanaises.

    Manuela : Maman, il faut que tu arrêtes de lire tes journaux de gauche, ils embrouillent ton esprit. N’oublie pas, t’es une femme du peuple, tu viens de la pampa espagnole.

    Conchita : Justement, ton grand-père a quitté l’Espagne du temps de Franco. Il ne nous a pas fait faire tout ce chemin pour qu’on retourne en arrière.

    Mme Poutin : Madame Conchita, vous l’avez bien surveillé ? Tout s’est bien passé ?

    Conchita : Il dort comme un bébé le pépé. Vous pouvez être rassurée. (À Madame Solange) C’est son père,  il est un peu sénile, mais très gentil, très propre sur lui. (À Madame Poutin)  Vous êtes bien essoufflée, il ne fallait pas courir, je veillais sur votre papa.

    Mme Poutin : Je reviens de la mairie, on a manifesté contre la nouvelle campagne de pub des parfums Proréac. Vous vous rendez compte, une femme qui en embrasse une autre ? Que vont penser nos enfants devant de telles images pornographiques.

    Conchita : C’est bien ce que je disais à Madame Solange à l’instant : on ne montre pas un homme dénudé qui se déhanche sur une croix à un enfant de cinq ans sans causer des dégâts.

    M. Lasqua : Bonjour Madame Conchita, le syndic s’est réuni hier soir. Nous avons voté à la majorité contre le port de la barbe dans votre loge. Même si elle vous va bien, j’avoue, c’est tout de même un peu dérangeant  pour notre copropriété. Vous comprendrez qu’il nous est difficile d’accepter votre tenue. Désormais, nous exigeons que vous la rasiez de près chaque matin, il est évident que votre fonction exige une tenue correcte.

    Conchita : Vous avez l’esprit bien fermé Madame Lasqua. Ne vous a-t-on pas appris que l’habit ne fait pas le moine ?

    Mme Lasqua : Madame Conchita, vos maximes ne sont plus de ce siècle, dans notre époque, on a besoin de repères. Vous me comprendrez, n’est-ce pas ? Et puis je n’étais pas la seule à décider. Je me suis pliée à la majorité.

    Conchita : Madame Lasqua, vous me permettez, mais parfois la majorité a besoin qu’on lui ouvre les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Bref, je ne cèderai à aucune tentation : Manuela, ôte ce voile, moi je garde ma barbe, vous Madame Boutin, vous feriez bien de lire le journal intime de votre père, celui qu’il garde dans sa poche, vous y lirez ses erreurs de jeunesse bien pornographiques, quant à vous Madame Solange, cessez de croire que les icônes trop pieuses ne sont pas à double tranchant. Allez sortez de ma loge, j’attends mon groupe de vieilles féministes, on va parler du bon temps qui est passé trop vite. A chacune ses utopies. On doit aborder le sujet des Femen on n’est pas toutes d’accord avec la ligne idéologique qu’elles véhiculent. Il faut revenir aux fondamentaux, je ne cesse de le répéter. 


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  • Marcello - Les femmes sont devenues folles.

    Robert - C'est elles qui font les mômes.

    Marcello - Elles les veulent pour elles.

    Robert - Disons qu'on n'a rien fait pour les en empêcher. Nos pères ramenaient l'argent à la maison, ils avaient la paix. Les enfants grandissaient dans les jupons de leurs mères, les hommes allaient au bordel pour le fun, et le monde roulait.

    Marcello - C'est la faute au lave-vaisselle...

    Robert - Quel lave-vaisselle ?

    Marcello - Eh bien, la vaisselle, la lessive, tout est facile, les femmes ont gagné du temps. Elles sont allées à l'usine.

    Robert - Elles sont allées à l'usine quand nos grands-pères sont morts dans les tranchées de 14.

    Marcello - Oui, mais quand il n'y avait pas le lave-vaisselle, elles travaillaient, elles s'occupaient des mômes, elles faisaient les vaisselles, les lessives, et tout allait bien. Aujourd'hui elles ont le temps de penser à elles.

    Robert - Et de nous voir tels que nous sommes.

    Marcello - On n'a rien vu venir. Enfin si, on a eu le chômage, les petits boulots. On n'était plus les maîtres. Et on a continué à rien foutre à la maison puisqu'elles avaient le lave-vaisselle et le lave-linge en prime.

    Robert - Non, là t'exagère, moi je range la vaisselle propre, j'étends le linge. Je fais même les courses au supermarché.

    Marcello - Tout irait bien s'il n'y avait pas les enfants. Parce qu'elles veulent plus nous les rendre quand elles nous quittent.

    Robert - Plus j'y songe, plus je pense que c'est Martin qui a eu raison.

    Marcello - Ouais, cette vieille folle nous a eu avec ses seins silliconnés. N'empêche, elle a eu la garde des enfants, je me demande si elle a fait une pipe au juge pour en arriver là.

    Robert - Le lave-vaisselle ! Marcello tu es un génie ! Rappelle-moi : le concept d'entropie, c'est bien la mesure du désordre et de l'incertitude qui augmentent toujours spontanément ?


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  • - Bonjour, je m'appelle Liliane.

    - Bonjour Lilliane. Je te rappelle les règles de notre contrat : tu as cent jours pour prendre des résolutions qui vont changer ton comportement dans la vie. Qu'as-tu décidé cette semaine ?

    - J'ai acheté une île en Grèce pour y installer un camp de Roms.

    - Oui, très bien Liliane, c'est un beau début.

    - Et toi, François ? Quelle a été ta nouvelle résolution ?

    - J'ai renoncé à passer ma retraite à Marrakech. J'ai décidé de louer une maison dans le Limousin. La vie n'y est pas chère, et je reste dans mon pays.

    - Bravo, je vois que nos conseils portent leurs fruits.

    - Et toi Martine ? Tu nous avais dit ne plus vouloir être considérée comme une cougar.

    - Je suis tombée amoureuse d'un petit garçon de trois ans... j'ai enfin découvert l'amour désintéressé. Désormais, je le garde après l'école, pour aider sa maman qui l'élève seule.

    - Angela ?

    - J'ai accepté que le papa de mon fils le voit un week end sur deux. J'ai arrêté de penser qu'il était un mauvais père.

    - Et toi Dom ?

    - J'ai opté pour le bois. J’ai été rattrapé par trois inconnus qui m’ont...

    - Hum... je rappelle à tous que Dom était un mâle dominant, plutôt harceleur. C'est un peu radical ta résolution, mais bon. Et toi Nikos ?

    - Je veux d'abord remercier Angela, elle m'a redonné ma dignité de père.

    - C'est bien Nikos.

    - Attends, je n'ai pas fini. Cette semaine, j'ai vendu mon île en Grèce. Y a pas d'eau, difficile d'y vivre à l'année. J'ai aussi réussi à trouver un locataire pour mon neveu qui habite dans le Limousin. Sa bicoque ne trouvait pas preneur. Enfin, j'ai embauché ma voisine pour tenir mon hôtel du 18e, ça complique ses horaires de travail, mais je lui ai trouvé une retraitée pour garder son fils. Ah oui Dom, je voulais te dire, le troisième inconnu, c'était moi.
    - Oui, hum, Nikos, là, tu as fait du zèle.

    - Ben, cent jours, c'est court pour être accepté par le club des AAA.

    - Nikos, je ne suis pas certain que tu ais bien compris les règles de notre contrat.


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