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    Balancement de tout ton corps
    Les pieds flottant au dessus du sol noir
    Pourquoi dans la courbure des reins
    Je devine tes souffrances 
    Sébastien aux flèches invisibles
    Sur la piste tu balances tes bras
    De droite et de gauche
    En évocation d'un martyr de feu
    Paupières fauves fermées
    Sur tes secrètes douleurs
    Je poserai cette nuit
    Mes doigts sur leurs courbes.


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  • Continuez votre  ronde les mots, là-haut au plafond : è pericoloso sporgersi. Je ne me penche pas. Pourquoi partez-vous en file indienne sur le mur de la salle d'attente ? Quelle belle ronde vous me donnez à voir, vous vous dandinez, vous flottez ! Quelle belle couleur irisée les voyelles ! et vous les consonnes, le drapé à vos cous ajoute à votre élégance ! Comme c'est bon de vous voir défiler. Ce n'est pas le 14 juillet, même pas la procession des Rameaux ! Que faites-vous là-haut à agiter vos branches d'olivier ? Attendez-moi, je vous rejoins.

    Je ferme les yeux, je me sens bien. Pourquoi sont-ils tous après moi avec leur regard inquiet. Pourquoi me parlent-ils si forts ? Arrêtez votre chahut les lettres, oui je vois bien que vous flottez... silence je n'entends rien. « Qu'avez-vous pris, vous vous en souvenez ? » Qu'est-ce que j'ai pris ? J'ai rien volé. Rien, j'écrivais à l'encre sur mon cahier à lignes. J'ai pris un buvard pour sécher l'encre. Oui, c'est ça un buvard. La ligne s'est évadée, les lettres ont suivi. J'ai essayé de les rattraper sur la terrasse. Je me suis penchée. Après c'est le vide. Enfin, j'ai entendu les tambours. Ca tapait dans ma tête, un rythme chaud, le bruit des sabots qui frappent le sol, et un et un, et deux et deux, allez frappe, frappe avec tes sabots, belle bête mon taureau, oui je te vois avancer sur le sol poussiéreux. Qu'est-ce qu'ils ont, tous ces hommes et ces femmes, à vouloir te couvrir d'un drap ? Mon beau taureau fumant. Non, je vous l'ai dit, pas de drap, pas de drap, laissez-moi goûter au pelage chaud de mon taureau. Arrête de m'appeler ta demoiselle d'Avignon. T'es bête mon taureau. Les mouches, vous m'agacez, partez dans vos déserts de sel. Je suis dans une pièce, un seul lit, une sorte de brancard avec des barreaux, ils sont fous, ils ont attaché mes mains. C'est à cause de toi taureau, tu leur fais peur. Ils ne peuvent pas comprendre que tu sois minotaure et mon amant. Je ris si fort que la petite dame au bonnet blanc me soulève les paupières. Qu'est-ce que c'est que ce tube et cette longue aiguille ? Les hommes sont curieux avec leurs appareils. « Laissez-vous faire ! » Pourquoi ? Je me sens si bien. Plus tard, dans la nuit un jeune homme en blouse verte se penche sur mon lit : « Comment vous sentez-vous ? » Il détache mes mains. Merci, j'ai soif, j'ai la bouche sèche. « Pourquoi avez-vous fait ça ? » Fait quoi, mon taureau ? « Pourquoi vouliez-vous mourir ? » Mourir, non, j'ai trop de vie, tant de vies à vivre auprès de toi mon taureau. Dis, tu reviendras mon taureau ? tu le sais que je ne peux pas vivre loin de toi. Tu es mon frère, mon amant, mon ami, ne m'abandonne pas aux ombres de la vie.


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  • Version 1

    J'aurais voulu être Patrocle.
    Je ne suis que Penthésilée
    D'aussi loin tu étreins
    Mon cœur qui s'affole 
    J'ai un souffle au cœur
    A force de ton étreinte au loin
    Viens jusqu'à ma couche
    Etreindre mon corps
    Redonner du sang à mon âme 

    Version 2

    O mon dieu, laissez-le moi encore un peu, mon amoureux
    Ce n'est pas la mort qui l'emporte
    C'est son ennui qui m'oublie 

    Je reste là étendue sous les remparts de sa vie
    Dans la poussière de ses jours
    J'aurais voulu être Patrocle
    Je ne suis qu'Hector 

    O mon dieu laissez-le moi encore un peu mon amoureux
    Je m'accroche à son talon léger
    Et je me traîne derrière lui sous les remparts à Troie.


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  • Courbure de ton sourire jusqu'au bout du jour.


    Quand les soldats en arme sont entrés, tu as serré la main de la petite. Tu ne portais en toi aucune violence sinon la souffrance lovée dans ton sang. Elle vaut bien toutes les blessures de guerre : la mort de la mère. Encore enfant, tu l'as sentie partir et ton amour jamais n'a pu retenir sa main blanche. Les soldats t'ont attrapé. Ils t'ont enfermé dans une caserne plombée.
     

    Etendu sur le lit de ta cellule, tu attendais le rien. Ta torpeur n'accablait pas le ciel muet et la vie continuait sa ronde insignifiante. Sans révolte, sans pleurs, tu attendais que les soldats referment l'indifférence au-dessus de ton front.

    Tu n'étais pas volontaire pour rejoindre leurs rangs. Ton sourire courbe jusqu'au bout du jour cachait tes larmes. Au bas d'un registre ils ont inscrit ton nom et dans leurs statistiques ils ont noté ta mort volontaire.


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  • Derrière les croix noires au-dessus des tombes, des tombes, les fosses encore ouvertes où les homme debout, nus, attendent la mort, l'instant ultime. Dans le silence de l'horreur, dans le silence par respect pour ceux-là qui déjà ne souffrent plus, par respect pour ceux-là qui se souviendront de leurs pères ensevelis pour toujours. L'histoire, majestueuse, aux seins massifs, avance le regard oublieux. Comment pourrait-elle les voir ces tombes ? Ces tombes. Sa démarche lente et assurée recouvre d'ombre les tombes et l'agonie lente et cruelle des hommes debout dans la terre noire. Demain les herbes folles recouvriront les charniers de l'Histoire. Et l'Homme marche debout dans les villes reconstruites par-dessus.


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