• Je marche sous le haut soleil sur la terre craquelée. Jusqu'à la montagne bleue, je marche. Je ne sais pas pourquoi je marche.

    Après qu'ils aient tiré sur mes enfants, sous mon regard, ils m'ont indiqué la ligne invisible jusqu'à la montagne bleue et leur geste disait que je devais marcher jusqu'à la montagne bleue, ceinturée par le serpent épais des corps humains morts.

    Je marche jusqu'à la montagne bleue. Je ne sais pas pourquoi je marche. A un certain point de la ligne, mon pied a dessiné un pas à l'écart. Un deuxième pas a confirmé cet écart.

    Je ne sais pas pourquoi je gis contre la terre craquelée, une balle a frappé ma nuque.


    votre commentaire
  •  

    Entends, ma fille, la complainte
    s'élever de la plaine
    jusqu'aux nuages accrochés
    à la ligne grise des monts


    ils ont sonné les trompettes
    ils ont résonné les tambours
    dans les clairières
    poussent des pieds rouges


    Entends, ma fille, la complainte
    s'élever des hameaux
    jusqu'aux cheminées tordues
    sur les toits livides


    la liberté est la mort
    elle accroche aux falaises
    tous ses fils en jupettes
    partis pour la guerre


    Entends, ma fille, la complainte
    s'élever de la plaine
    les peupliers s'agitent
    au vent de la mort


    1 commentaire
  •  
    Balancement de tout ton corps
    Les pieds flottant au dessus du sol noir
    Pourquoi dans la courbure des reins
    Je devine tes souffrances 
    Sébastien aux flèches invisibles
    Sur la piste tu balances tes bras
    De droite et de gauche
    En évocation d'un martyr de feu
    Paupières fauves fermées
    Sur tes secrètes douleurs
    Je poserai cette nuit
    Mes doigts sur leurs courbes.


    votre commentaire
  • Version 1

    J'aurais voulu être Patrocle.
    Je ne suis que Penthésilée
    D'aussi loin tu étreins
    Mon cœur qui s'affole 
    J'ai un souffle au cœur
    A force de ton étreinte au loin
    Viens jusqu'à ma couche
    Etreindre mon corps
    Redonner du sang à mon âme 

    Version 2

    O mon dieu, laissez-le moi encore un peu, mon amoureux
    Ce n'est pas la mort qui l'emporte
    C'est son ennui qui m'oublie 

    Je reste là étendue sous les remparts de sa vie
    Dans la poussière de ses jours
    J'aurais voulu être Patrocle
    Je ne suis qu'Hector 

    O mon dieu laissez-le moi encore un peu mon amoureux
    Je m'accroche à son talon léger
    Et je me traîne derrière lui sous les remparts à Troie.


    votre commentaire
  • Courbure de ton sourire jusqu'au bout du jour.


    Quand les soldats en arme sont entrés, tu as serré la main de la petite. Tu ne portais en toi aucune violence sinon la souffrance lovée dans ton sang. Elle vaut bien toutes les blessures de guerre : la mort de la mère. Encore enfant, tu l'as sentie partir et ton amour jamais n'a pu retenir sa main blanche. Les soldats t'ont attrapé. Ils t'ont enfermé dans une caserne plombée.
     

    Etendu sur le lit de ta cellule, tu attendais le rien. Ta torpeur n'accablait pas le ciel muet et la vie continuait sa ronde insignifiante. Sans révolte, sans pleurs, tu attendais que les soldats referment l'indifférence au-dessus de ton front.

    Tu n'étais pas volontaire pour rejoindre leurs rangs. Ton sourire courbe jusqu'au bout du jour cachait tes larmes. Au bas d'un registre ils ont inscrit ton nom et dans leurs statistiques ils ont noté ta mort volontaire.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique