• L'enveloppe jaune (Nouvelle version)



    Si par une nuit d'hiver un voyageur approche du palais, Omer, le vieux prince des lieux, s'inquiète. Quand il entend les pas du voyageur, il regagne la bibliothèque où il retrouve l'enveloppe jaune, restée ouverte tout le jour sur la table. Les traces d'hier blanchissent pour disparaître, se décomposer avec le temps et ailleurs construire des palais. Le palais d'Omer est ouvert aux quatre vents. Le voyageur ouvre la porte d'honneur d'un geste effronté, des glacis glissent le long des murs, les lustres mats s'auréolent de toiles d'araignées absentes. Le voyageur marche en écho dans les salles désertes. Sa voix résonne dans la buée froide de l'hiver. Bien au fond, l'hôte des lieux, crispé dans son fauteuil sans confort, se révulse à l'imminence de l'intrusion fatale. Omer voudrait arrêter la venue de cet autre, inconvenable. Dans son monologue inquiet, il tente de chasser l'intrus dont les pas retentissent de salle en salle. Quand la dernière porte qui les sépare s'ouvre sous la poussée magnifique et insolente de l'étranger, le vieux prince, affaibli, le visage blanc aux traits durcis, esquisse un geste pour repousser celui qui va apparaître. Il s'affaisse soudain, le bras tendu, tremblant pour écarter sans y parvenir le téméraire.

    Les yeux clos, Omer sent la mort qui approche. Il entend ses pas pressants sur les planchers, son souffle glacé parvient jusqu'à ses joues blanches. Quand la main douce et pleine se pose sur son avant-bras, il tressaille. L'étranger parle, il demande s'il peut aider le souffrant. Le vieil homme lève la tête et ose regarder celui qui est venu. Devant lui se tient un jeune homme, beau comme un ange. Omer pâlit davantage à la pression de la main et du regard. Toute sa vie, il a attendu la venue du jeune homme et de l'énigme. Maintenant, l'étranger se tient là devant lui, chuchotant des paroles apaisantes. Le vieux prince regarde pleinement maintenant cette figure et cette silhouette rassemblant les sens de la vie et de la mort. Omer tente de se lever, soudain réchauffé. La main du jeune homme l'aide puis il ne sent plus la pression amicale, ni le regard interrogateur et chaleureux. Dans la pièce il se retrouve, debout, seul. Le vent a poussé la porte. Omer relit le message glissé dans l'enveloppe jaune : the yelow bird... et la suite du message est effacée par ses propres larmes.

     


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