• La dernière nuit d'Alexandre le grand

    Je voudrais vous conter cette dernière nuit où un monde a tremblé. Si les étoiles ne sont pas encore voilées par les vapeurs du jour, la tiédeur de l'air annonce les lourdes chaleurs de l'été proche. Tout est étrangement calme, ni le cri des oiseaux de nuit, ni la brise du fleuve ne montent jusqu'au palais. Alors que les dieux se taisent, le flambeau qui a embrasé tout l'Orient agonise. Le monde ne connaît pas encore la nouvelle. Un blond adolescent l'a renversé, un guerrier héroïque l'a assoiffé et le monde n'a rien vu. Comme hier les rues sont couvertes par la poussière, les temps s'ornent de colonnades blanches et le vin coule dans les amphores d'argile. Mais les femmes qui appellent leurs gamins ont un autre accent, les prêtres sacrifient avec des gestes différents et des chants nouveaux à la gloire de la vigne naissent. Le monde n'en sait rien, ne voit pas dans ces infimes parcelles l'ordre nouveau s'installer. Et moi, je respire les effluves de l'été qui point. Apportera-t-il la sécheresse ou bien des vents humides balaieront-ils l'horizon ? S'en remettre à la destinée ou bâtir malgré elle ?... (Dehors, un chien aboie doucement.) Toi aussi mon chien tu veux redescendre au village. Il n'y aura donc aucun poète qui saura raconter cette épopée. Les dieux et les héros ont trop vieilli, il nous faut vivre sans eux. Allez, mon chien, je n'ai plus qu'à te suivre. Il rêve ou il meurt.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :