• LE SCULPTEUR : La montée au temple - 1 -

    Chaque matin, dès l'aurore, le sculpteur montait depuis le village jusqu'au temple. Du haut de la fenêtre du sanctuaire, je guettais son cheminement solide et solitaire. Je marchais avec lui dans ses pas. Quand il s'arrêtait pour regarder alentour la vue des dunes de sable qui encerclaient le village jusqu'à la mer, je mettais comme lui ma main au-dessus de l'arcade sourcilière pour voir, au-delà de la brume, l'horizon incertain flotter au-dessus de l'étendue marine. Je taillais le bout effilé du bâton qu'il avait laissé contre les pierres à l'entrée du temple. La première fois quand il leva la tête pour m'apercevoir derrière les barreaux en croix, je me suis rejetée vivement dans l'ombre de la chambre close. Après quelques jours, je lui souris sans crainte, avec cette confiance qu'on offre à un visage ami.

    Le sculpteur était attendu à l'arrière du temple par les servantes qui s'empressaient de lui ouvrir l'entrée étroite. La porte se refermait, au dehors le monde s'éveillait. Les ânes se frottaient à l'écorce encore humide de rosée des arbres rabougris qui ornaient les champs, les femmes allaient puiser l'eau et les bêtes bruyantes dans les étables attendaient la traite. Un homme sur son perron d'ocre fumait l'échange du matin avec les dieux. Souvent le premier à prier était mon grand-père ; il avait entendu le sculpteur se lever et il se hâtait pour le saluer avant son départ. C'était lui qui avait surpris dans le visage du sculpteur les signes imperceptibles du changement. Il n'en fit aucune remarque, ni au sculpteur, ni aux villageois, ni  même à moi. Dans la journée, quand il péchait, il murmurait « bien, bien » et c'était tout. A son retour de la pèche, il demandait à ma mère de préparer les poissons.

    Rituel. Le sculpteur s'asseyait dans la cour fraîche du temple et les servantes lui offraient une boisson parfumée aux plantes des montagnes pendant que d'autres dans la chambre s'affairaient auprès de moi, la jeune prêtresse. Je tentais de me souvenir, du temps où je vivais paisible dans mon village, avant que le prêtre ne m'ait choisie.

    à suivre

     

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