• Les dix commandements d'un management ultra-libéré

     

    • Chère Christine, vous êtes un modèle pour nous tous. Pouvez-vous nous décrire vos méthodes de management lorsque vous souhaitez vous débarrasser d'un salarié gênant ?

    • Premier commandement : vous utilisez la flatterie, rien de plus constructif. A peine le salarié qui vous gêne sort de votre bureau, vous accueillez un deuxième salarié et vous déclarez légèrement : « Ah, X est vraiment insupportable, stupide », vous pouvez décliner à l'infini vos reproches, en appuyant sur des faits, ce qui est encore mieux. « Ouf, tu arrives, on va pouvoir travailler sérieusement, toi tu es parfait.e. »

    • J’appellerai ceci : diviser pour mieux régner.

    • En effet, vous avez planté la première pierre.

    • Ensuite ?

    • Deuxième commandement : l'isolement géographique : un bureau bien fermé et vous expliquez à votre salarié que c'est pour son bien. Vous avez besoin de travailler avec lui sans être dérangé... Surtout s'il a la responsabilité de dossiers épineux sur lesquels vous souhaitez avoir la main.

    • La placardisation ?

    • C'est cela. Ensuite, troisième commandement, en vous appuyant sur le premier commandement, vous dites aux autres salariés -les plus proches collaborateurs de votre salarié gênant- que tout doit passer par vous parce qu'il vous est impossible de confier une tâche à leur collègue. Ainsi, vous les valorisez en leur laissant croire que vous leur donnez davantage de responsabilités. En réalité, vous gardez les décisions dans le creux de votre main.

    • Que se passe-t-il ensuite ?

    • En principe, le salarié craque, et même s'il était tenté de se rapprocher de ses collègues, toute tentative sera impossible grâce aux premier et troisième commandements.

    • Vous voulez dire qu'il va démissionner ?

    • Dans le meilleur des cas. Hélas cela n'est pas toujours possible. Vous enclenchez alors le quatrième commandement : vous le convoquez pour lui expliquer qu'il n'est plus en capacité d'occuper sa fonction, mais qu'on est près à lui offrir une nouvelle fonction à mi-temps. Un cadeau en somme ! Cela vous permet lorsque vous souhaiterez le virer, d'avoir à payer moins d'indemnités de licenciement.

    • Et s'il refuse.

    • Patience, cinquième commandement, vous le poussez à la faute et vous avez un licenciement pour faute grave, pas d'indemnités de licenciement.

    • Christine, tout cela est très clair. Avez-vous d'autres commandements ?

    • Le sixième serait d'avoir des appuis haut placés qui effaceront vos erreurs -on n'est pas à l'abri d'une faiblesse, c'est humain. J'insiste sur un point, pas de harcèlement, ce serait mon septième commandement, car enfin vous pourriez être rattrapé par des avis extérieurs : avocats, inspection du travail.

    • Vous avez raison de nous rappeler ce nouveau fléau : le harcèlement moral est puni par la loi. Bien sûr, quand il est prouvé. Auriez-vous d'autres conseils à partager avec nous ?

    • Le huitième commandement est difficile à utiliser, soyez séducteur, ou séductrice, emballez, passez à l'acte parmi votre belle équipe. Une belle mise en jambe peut faire pencher la balance pour appuyer le premier commandement. En outre, au passage, l'autre vous est redevable, vous partagez un secret qui pourrait se retourner contre vous, certes, mais aussi contre la personne séduite. Cet avantage du secret partagé renforce le huitième commandement : « Je te tiens. »

    • Il nous reste deux commandements, n'est-ce pas ?

    • Lorsque tous ces commandements n'ont pas fonctionné, et que votre autorité, votre pouvoir, risquent d'être remis en question : le neuvième commandement, la diffamation. N'oubliez jamais, vous n'êtes jamais responsable, c'est l'autre. On vous demande des comptes ? Ce n'est pas moi, c'est l'autre. Je suis victime. Je lui ai fait confiance. Je sentais bien pourtant que j'aurais dû me méfier, je suis trop empli de naïveté. Mes salariés m'avaient pourtant bien mis en garde. Et vous accusez avant d'être accusé.

    • Il nous reste un dernier commandement.

    • Mon dixième commandement, méfiez-vous de la presse. Ne prenez jamais la parole en public, gardez secrètes vos manœuvres, vous êtes le général, vous n'avez pas à justifier vos actes. En privé, certes, jamais en public.

     

     

     


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