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    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Ma
    lumineuse primevère
    A l'aube je berce
    Tes soupirs de nourrisson
    Je me souviens
    Ta main accrochée à mon doigt 

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Ma délicate violette
    Dans le soleil du matin
    Je panse tes genoux écorchés
    Je me souviens
    Tes jeux au jardin d'enfant

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Ma belle nymphéa
    A midi tu goûtes
    Aux jeunes amours
    Je me souviens
    De tes premiers chagrins 

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Mon rouge coquelicot
    Dans le calme après-midi
    Ton ventre s'arrondit
    Je me souviens
    Tes bébés roulant sous mes mains

    Anne, ma sœur Anne
    Ne vois-tu rien venir
    Mon éphémère fleur de cerisier
    Au crépuscule obscur
    Tes joues pâlissent
    J'arrache
    La fleur maudite de ton sein

    Anne, ma sœur Anne
    Je n'ai rien vu venir
    Mon souffle fraternel est vain
    La nuit éternelle
    Recouvre tes paupières
    Je dépose
    Les roses noires sur ton cercueil clos.

     

    Illustration :
    Léda pierre de Lens
    Paul Marandon
    http://www.paulmarandon.com/

     


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  • Cette nuit-là
    Tu m’as donné
    Ton premier échange
    (Ton) regard

    C’était ta première nuit
    C’était mon jour nouveau

    Ce matin-là
    Tu m’as donné
    Ta première joie
    (Ton) sourire

    C’était ton premier matin
    C’était ma belle journée

    Cet après-midi-là
    Tu m’as donné
    Ton premier élan
    (Ta) marche

    C’était ton premier après-midi
    C’était mon midi debout

    Ce soir-là
    Tu m’as donné
    Ton premier mot
    (Ma) maman

    C’était ton premier soir
    C’était mon amour vivre.

     

     

     

     


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  • Tu ne m'as jamais quittée
    dans ce blanc vide ignoré
    ton apparence se niche
    fantomale empreinte proche
    en des lointains trop enfouis
    pour nourrir au jour ma vie

    quoi t'aurais-je reconnue
    toi que je n'ai pas connue

    J'ai croisé des amours vives
    qui me portaient sur leurs rives
    d'autres qui m'ont abîmée
    dans leurs gouffres enflammés
    dans mes jours et dans mes nuits
    j'ai perdu mon seul appui

    quoi t'aurais-je reconnue
    toi que je n'ai pas connue

    tu me traversais sans cesse
    silencieuse tendresse
    inconnaissance des mots
    absorbés dans un halo
    je sais jusqu'à mon trépas
    tu ne me quitteras pas

    enfin je t'ai reconnue
    toi que je n'ai pas connue

     


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    J'avais toujours vu le visage de ma mère se refléter dans les miroirs qu'elle collectionnait et qui ornaient sa chambre. Sur son bureau en noyer, elle avait disposé trois miroirs ovales : un miroir de style art moderne sur pied en fer forgé que j'aimais faire basculer, un miroir à main en vermeil et un miroir très ancien qui avait appartenu à une reine, c'est ce qu'elle me disait.

    Le visage de ma mère était lumineux comme son sourire et sa voix douce comme celle d'un ange. C'est ainsi qu'elle m'apparaissait et chaque soir elle me rejoignait dans ma chambre pour me raconter une de ses petites histoires merveilleuses que j'écoutais en silence. Toutes ses histoires commençaient par : « Ma petite fille d'amour chérie, c'est l'histoire de ». Il y avait des histoires de fées, de sorcières, de petits poucets, de loups. L'histoire que je préférais c'était celle d'Alice quand elle quittait le monde vrai pour le monde derrière le miroir ; il y avait aussi celle d'Orphée qui traversait les miroirs avec ses gants en peau d'antilope. Mais ce conte me faisait pleurer parce qu'Orphée perdait toujours Eurydice. Dans une autre histoire maman me parlait de Narcisse qui se penchait trop au-dessus du miroir de l'eau et qui se noyait. « Comme Ophélie », me disait-elle mais je ne savais pas qui était Ophélie. Elle m'expliquait qu'Ophélie se noyait parce qu'elle aimait trop le prince du Danemark. Le plus terrible c'était le miroir de l'affreuse sorcière dans Blanche Neige. Tout cela n'était que prétexte à rester le plus longtemps possible avec ma mère mais j'avais quatre ans et papa arrivait toujours à la fin de l'histoire ou presque pour nous rappeler que je devais dormir.

    Et puis il y a eu cette journée terrible où papa, tout seul,  me coucha dans mon lit parce que ma maman était partie très loin dans le ciel. Papa n'avait même pas essayé de me raconter une histoire, sa gorge était toute sèche et ses yeux pleuraient très forts. Les jours qui suivirent étaient sans goût. Je ne savais plus manger et ma mamie me forçait un peu à avaler des yaourts nature avec du sucre.

    Le soir, j'allais tout doucement dans la chambre de ma maman, même si elle n'était plus là. Je me promenais et j'essayais de voir son visage dans tous ses miroirs. Mais les miroirs ne savaient plus réfléchir, ils avaient perdu la mémoire. Je regardais mon visage et je ne le reconnaissais pas, je touchais mes joues, mon front, mon nez avec mes doigts pour être sûre que j'étais bien là devant le miroir. Peut-être que moi aussi j'étais partie avec maman. Je faisais des grimaces, j'écarquillais les yeux. Mais le miroir n'arrivait toujours pas à réfléchir.

    Un soir, fatiguée de l'attente, j'avais dû m'endormir parce que bientôt, je sentis la main de maman dans mes cheveux et sa voix douce à mon oreille. Elle me disait de regarder le petit miroir à main ovale qu'elle gardait dans le tiroir de son bureau. Je me levais doucement. J'ouvrais le tiroir et là, dans le miroir, je revis son visage souriant et à côté du sien il y avait aussi le mien qui ne pleurait plus. « Tu sais je ne resterai pas toujours dans ce miroir mon bébé, mais chaque fois que tu auras besoin de moi tu fermeras les yeux et tu me verras dans le miroir de ton cœur. » Je l'avais retrouvée ! Depuis ce jour j'ai gardé sous mon oreiller le petit miroir ovale. Quand parfois je suis très triste, je ferme les yeux et dans mon cœur il y a toujours le visage de ma maman qui me sourit.

      

    photo : Yves-marie JACOB


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