• La vague de sa robe noire dans la nuit immobile danse sur ses mollets. Je l'invite à me suivre dans le bar. Elle acquiesce, avec cette indifférence absolue que je prenais pour de l'insolence et qui est sa parure, sa force unique. Derrière le masque, pas de masque. Elle choisit d'être là et n'exprime rien parce qu'elle n'a pas à dire pourquoi, ni comment elle est avec moi. Si choisir signifie encore quelque chose, aujourd'hui, elle a choisi d'entrer dans ce bar avec moi.

    Dans le bar, d'autres clients sont assis, spontanés et insolents comme tous les gens qui fréquentent ce côté-ci de la rive. Elle les connaît, elle leur ressemble. Et pourtant elle est d'ailleurs. Nous ne parlons pas. Nous regardons autour de nous. Curieux des autres plus que de nous. Soudain, elle se met à parler très bas et longuement. Elle me raconte notre histoire. Avec les mots que j'attendais. Sans complaisance, elle en décrit tous les temps, lentement. Bien avant moi, elle en avait déroulé le sens caché.

    Un homme entre qui la connaît. Il s'approche de notre table et s'assoit sans se présenter. Elle me sourit étrangement, un sourire qui signifie que tout est dit, que s'il n'y a pas d'espoir, il n'y pas non plus à en souffrir. Elle fait signe à l'homme et ils repartent ensemble. Je ne sais pas où l'homme l'entraîne, s'il est son amant, s'il lui a donné rendez-vous là. Elle part avec lui, avec le vague de sa robe qui bat ses mollets.

     

     

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de
    Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    http://www.bonnesnouvelles.net/
    ©  2007


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  •  J'étais jeune, j'avais envie de vivre
    Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?


    Chaque jour, tes mules m'apportent
    leur lot de consolation
    Les dames blanches aspirent
    L'un après l'autre
    Mes souffles de vie.
    Dans la discothèque allumée
    Je veine de dynamite
    Mes dernières gouttes de sang.

    Tu m'as tout pris
    Et j'en redemande.
    Mes voyages ne sont pas
    Inscrits dans les guides
    Je les sniffe avec délice.


    Qu'as-tu fait Pablo
    Des enfants de Medellin ?
    Des sicarios aux abonnés absents
    Des Zombies défoncés
    Qui errent dans les forêts
    Amazones abattues.
    La colombe enfarquée
    Tient dans son bec
    Le rameau sacré.


    J'étais jeune, j'avais envie de vivre
    Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?

     

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  • C'est un tableau ancien. Un jeune homme se tient debout devant une fenêtre fermée. Il regarde dehors la surface grise et bleue. Il appuie une main contre le carreau froid. Sa tête repose presque sur l'angle ainsi formé de son avant-bras. Sur le plan avant, une table, une sellette plus exactement, est esquissée, peinte en jaune. Le jeune homme est très blond mais ce n'est pas certain, peut-être est-ce le reflet du soleil qui dore ses cheveux. Sa longue silhouette et ses épaules étroites sans être fragiles, respirent presque un air de repos ou de force maîtrisée. Si le jeune homme se retournait à présent, on verrait son sourire calme et généreux, absolument ouvert au regard de l'humanité fixée dans le décor en-dehors de la toile.

    Soudain, derrière la fenêtre fermée, le ciel grise à l'acier et sur la surface de la vitre coulent les larmes de la pluie. Le jeune homme en essuie une puis une autre, il trace de l'autre côté de la vitre la traînée avec son index. Il devient cette goutte d'eau, il en goûte la force et la mélancolie.

    Le jeune homme s'est retourné.  Il aperçoit le vieux sculpteur qui a déposé l'argile sur la sellette jaune et qui tente de fixer l'âme de son modèle. A travers sa mémoire, écho sans vocable, le vieil artiste projette dans la terre humide le croisement de son émotion mêlée à la présence du modèle debout contre la fenêtre fermée.

    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
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  • Ainsi la solitude t'accompagnerait.
    Tu serais lointain et vorace, tu aurais le sourire crispé de celui qui doute, la main en poing dans la poche noire et la chevelure drue, signe de ta force. Tu serais, ce jour, assis sur un banc d'un square désert. Il ferait froid et gris, les passants passeraient rapides pour retrouver la chaleur de leur foyer. Tu resterais là. A l'envers de tout.
    Cet après-midi, ce serait derrière la vitre embuée d'un café bruyant que tu te tiendrais, à boire de l'alcool, à rêver dans ce décor superbe de boiserie et de plâtre. Ou serait-ce le hall en écho d'une gare étrangère quand le bar est encore fermé, que les voyageurs de la nuit, épuisés, le visage gris, attendent leur correspondance avec les ouvriers du petit matin. Tu lirais les titres d'un journal de la veille, oublié. De quelle chambre viendrais-tu, toi sur ce banc ?
    Quels seraient tes désirs sous tes silences ? Quelle maison aurais-tu quittée pour te plonger dans la fumée des autres ? Quel pays aurais-tu rejoint ce matin-là ?
    Et ce soir tu quitteras ce monde pour marcher sans fin sur les routes.




    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé JeansonTexte : Corinne Jeanson 
    avec le concours du site Bonnes nouvelles ©  2007
    © Anthony Palliser, Man alone


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  •  

    Nouvelle vague  

      

    L a nouvelle vague s'est plantée quelque part dans mon corps
    et je ne saurais dire si le cœur a été touché.
    Par surprise, elle m'a happée, quand, passante,
    j'avançais dans l'air du temps, à la recherche,
    je ne sais plus, de Proust ou de quelque Marcel.

    Elle a délégué un de ses fils, cheveux d'écume, regard océan,
    pour mieux me noyer dans son univers
    qui mêle le fils de l'homme à l'homme loup.
    La traîtresse par petites touches m'a d'abord baignée
    de sa fraîcheur couleur menthe à l'eau.
    Mon ventre le premier a chaviré.

    Elle en voulait davantage.
    Elle m'a roulée dans ses flancs,
    chaleur retrouvée des premiers instants.
    Quand je dormais paisiblement,
    elle a lancé la dernière vague m'engloutissant sans un soupir.
    Pêcheur, si tu navigues par ici, n'oublie pas :
    bien au dessous de ta barque, dans le fonds marin,
    survit, toute blanche, une statue de marbre.


    Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
    de Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
    ©  2007

     


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