• Je n'aime pas les promenades à la campagne. Surtout le dimanche. C'est déprimant. Vous quittez la ville, en suivant une file de voitures dont les passagers, comme vous, se sont donnés pour objectif de respirer l'air pur.

    La seule promenade que je supporte, c'est celle qui me conduit au Parc. Les parcs et les jardins publics sont préférables aux champs. Avez-vous déjà fait l'expérience de trouver un lieu sans avoir à rouler des kilomètres ? Un lieu où l'herbe est tendre et verte, les arbres bien plantés ? Un lieu où, à coup sûr, vous ne croiserez pas une barrière en fil de fer qui vous oblige à l'enjamber au risque de déchirer votre costume neuf ?

    A la campagne, l'herbe est grise, c'est de la mauvaise herbe, dure, tordue, jonchée de détritus, laissés par d'indésirables prédécesseurs. Et allez chercher des fleurs dans cet amas informe ! Quelques marguerites frêles et poussiéreuses, sorties de là comme par hasard, osant à peine se montrer. Et s'il vous prend l'envie, au mois de mai, de cueillir quelques muguets, à moins de venir très tôt le matin -ce que je ne saurais faire- vous ne trouverez rien. Vous gagnerez en revanche un lumbago à force de vous baisser, si ce n'est une avalanche d'éraflures, de coups de toutes sortes à vous être frotté aux broussailles et aux branches mortes qui encombrent nos forêts.

    Quant aux animaux sauvages, ne comptez pas en surprendre, les chasseurs, c'est une évidence, les auront effrayés avant vous. Je ne vous parle pas des familles bruyantes que vous croiserez, ni de l'agacement que vous aurez lorsque, attablé à une auberge, on vous servira des crêpes à peine cuites où l'on vous fera attendre inutilement dans une salle sans goût, sentant le rance ! Il n'y a qu'à la campagne que vous trouverez de tels désagréments, vous ne me ferez pas changer d'avis. L'air des villes me convient et je ne comprends pas cet engouement pour ce retour à la nature. D'ailleurs, j'ai le rhume des foins et le printemps, tout comme l'été je fuis tout ce qui est vert et fleuri. <u1:p></u1:p>

    L'homme est fait pour vivre en société, ce n'es pas moi qui l'ai inventé. Un penseur l'a déjà dit, je ne vous ferais pas l'affront de préciser lequel. D'ailleurs, j'ai oublié son nom.

     

    photo : Richard Vantielcke LudImaginary
    www.ludimaginary.net

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  • - Comment t'appelles-tu, jeune facteur ?
    - Je suis Gogol, je transporte les âmes.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> 
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    "Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font."
    Évangile selon Luc

    "En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis."
    Évangile selon Luc

    A sa mère : "Femme, voici ton fils". A son disciple : "Voici ta mère."
    Evangile selon Jean

    "Eli, Eli, lama sabactani ?"
    "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"
    Évangiles selon Marc et Matthieu

    "J'ai soif"
    Évangile selon Jean

    "Tout est accompli."
    Évangile selon Jean

    "Père, entre tes mains je remets mon esprit''.
    Ayant dit cela il expira.
    Évangile selon Luc


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  • Dans la rue, les piétons avancent sous la grosse horloge. Leurs démarches n'est pas toujours la  même : certains vont tète baissée, d'autres traînent les pieds, un tel regarde les vitrines, tel autre les fesses des femmes. Une se tord la cheville en courant sur ses talons aiguilles. Un relève son chapeau pour goûter au ciel. Chacun, pourtant, a dans la tête la même préoccupation : avancer, prendre le chemin le plus court pour rejoindre sa destination. L'horloge, l'œil en cyclope, les dévisage, en suit parfois un plus longuement pour deviner où va sa course. Mais elle est coincée là-haut, à ne rien faire. Impossible de courir, ni même de dormir : son œil s'ouvre tout le jour et toute la nuit.  Ne pas dormir ne la gêne pas vraiment. Son regret, qu'on entend dans ses soupirs, c'est de ne pas pouvoir rêver. Elle s'empare alors des rêves des passants qui vont plus bas au-dessous de son cercle noir. Tantôt, elle devient pianiste aux belles mains, tantôt belle ouvrière aux mains habiles. Parfois, elle a la jambe ronde d'une jeune femme, ou d'autres fois le pantalon droit d'un homme d'affaires. Elle vit toute leur vie en un clin d'œil, le temps que le passant surgisse du coin de la rue et passe en-dessous pour disparaître dans le vide derrière elle. Derrière. La magie de ce monde qu'elle ne voit pas : la rue est-elle encore longue ou s'interrompt-elle tout à coup ? Peut-être débouche-t-elle sur une place ombragée où jouent des enfants, avec des balançoires, des tourniquets et un marchand de glaces. Ou bien encore la bâtisse blanche d'un ministère aligne le long du trottoir ses fenêtres hautes à petits carreaux : le ministère de l'heure et des horloges.

    Un jour -l'horloge s'en souvient comme si c'était hier- l'aiguille de ses heures s'est perdue. Bientôt, l'aiguille de ses minutes s'est détachée elle aussi. Il n'est resté que le cadran vide et absurde qui a continué de fixer les passants avec ses chiffres romains devenus muets. Tous les passants ont oublié qu'autrefois ils réglaient leurs pas sur elle. Le matin, ils se pressaient, tandis que le soir, ils prenaient le temps de la saluer avant de regagner leur logis. Maintenant, les piétons oublient tout simplement de lever les nez et si, par habitude, ou par hasard, ils jettent encore un regard distrait là-haut, ils s'irritent contre cet objet laid qui a perdu sa fonction. On ne peut pas me laisser comme ça éternellement, soupire-t-elle. Eternellement ! Le temps s'aplatit dans sa tête. Quand elle tournait rond, au fond elle n'y pensait pas au temps. Elle laissait faire. Parfois, elle remarquait : « Tiens, trois heures moins onze, le petit monsieur n'est pas encore sorti de son allée pour prendre le tramway. Il sera en retard aujourd'hui. » Elle sourit en pensant qu'autrefois, elle s'irritait quand l'aiguille des minutes paressait et prenait du retard. Elle grommelait et le tictac bourdonnait plus fort. Elle espère qu'un jour un passant, obsessionnel de l'ordre, lèvera les yeux sur elle et pensera : bizarre, cette grosse horloge n'a pas d'aiguilles. Il en aura des frissons parce que l'étrange, surtout dans les petites choses de la vie, étourdit. Ou bien, il y aura un fonctionnaire zélé, on en trouve partout, qui aura remarqué l'absence d'aiguilles et signalera cette anomalie au bureau des horloges de la ville. En attendant l'horloge continue de poser son regard cyclope au dessus des passants. La nuit tombe et elle soupire à la lune qui ne la voit pas.

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  • Sur l'île aux deux mers, pendant que Robinson, dans sa cabane, respire les poudres d'or des lys, Or et lys, un drame se trame : dans les souterrains secrets, Vendredi attache à son cou des chaînes de coquillages. Il glisse. Au secours ! Au secours ! répète l'écho. Robinson accourt pour détacher son unique compagnon qui pend stupidement au bout de sa corde de fortune. La vieille lame de Robinson ne coupe plus rien. Ouf, la corde casse. Vendredi tombe et gueule comme un veau après Robinson : 'me laisse pas tout seul, au fond de ce trou, j'ai peur la nuit tu sais.' Robinson se marre et Vendredi rit de toutes ses quat' dents. C'est bon d'avoir un unique compagnon ! Quel privilège, pense Robinson en tranchant la noix de coco. Cette nuit, ils s'endorment dans la cabane au goût d'or et de lys. Vendredi grogne un peu, il se retourne sur ses feuilles de palmiers, ça gratte dans le dos. A quoi rêvent-ils ?


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