•  

    Ce matin le vent était violent. J'allais dans les rues pleines du soleil et du bruit des autres. J’allais avec des poignards en sommeil au-dessus de moi. Une branche abattue par le vent gisait sur les pavés. Si elle m'avait atteinte à la nuque avant sa chute finale, je serais là gisant à ses côtés. Le monde à mes oreilles serait silence et les ombres à mes yeux ne seraient plus. Les poignards d'argent n'oscilleraient plus, fatidiques, par dessus mes pas. La paix enfin serait installée. La solitude et le silence enfin auraient eu déraison du monde.

    Quelquefois j'agite le bras au passage d'inconnus qui ne me reconnaissent pas. Ce signe d'humanité, incongru à cet instant, fait se détourner la tête des passants. La folie des autres gène.

    Des îlots flous de réalité se dissolvent à l'assaut violent ou simplement incessant des vagues du conformisme qui sont confondus avec apaisement.

    Les choix ne sont que des détournements et le terrorisme à soi -le suicide ou son idée- devient l'ultime issue quand l'émiettement de la vie ne permet plus de modeler la forme initiale.

    Le temps se découpe selon la course du soleil et la scission à chaque retour de la nuit n'est autre que le déchirement de Prométhée.

    La lucidité appelle la lucidité et l'exigence interdit le repos tant que l'homme n'a pas trouvé son paradis, fuyant les mirages diaboliques où il risque de s'égarer.

    La nouvelle mystique est sans illusion qui admet que son ultime destinée n'est pas Dieu. L'effarement vient de là quand le sens n'est autre que la reconnaissance du non-sens.

    Alors vient l'apothéose.

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    Trahisons

     

     

     

     

     

     

     

    • Eh bien monsieur, que me vaut votre visite à cette heure ?

    • Je viens à vous pour une affaire qui me rend blême.

    • Vous, blême ? Il me semblait que ce fut chose impossible.

    • Je viens d'apprendre que Mademoiselle a été votre amante.

    • Vous l'apprenez ! Ce fut il y a bien longtemps et ce fut bien bref, une passade. Il me semble que Mademoiselle est devenue votre dame depuis.

    • C'est bien de cela dont je veux vous parler. Voyez-vous, et sans doute vous sera-t-il difficile de me croire, mais vraiment j'ignorais que Mademoiselle vous avait appartenu, avant que je devienne moi-même son amant, puis son fiancé, puis son époux.

    • Vous ne le saviez point ?

    • Pour être tout à fait sincère avec vous, elle me l'a confiée bien plus tard alors que nous étions déjà liés par la force de mes sentiments, en prenant soin de me dire que cette aventure passagère était finie lors de notre rencontre.

    • De vos sentiments ?

    • De nos sentiments, devrais-je dire. Mais je puis vous jurer que je ne savais pas qu'elle vous appartenait lorsque je lui fis la cour.

    • Il est vrai que Mademoiselle et moi, nous étions discrets sur nos transports. Par pudeur ou tout simplement parce que nos échanges semblaient suffisamment éphémères à nos yeux pour qu'ils restassent, sans être secrets, au moins feutrés. Il est vrai que même à vous, malgré l'amitié passagère qui nous liait en ces temps lointains, je ne sentis pas la nécessité de vous confier l'épanchement fugace que j'éprouvais pour Mademoiselle. Il me semblait du reste que d'autres, qui nous surprirent ensemble, vous auraient soufflé nos ébats sensuels. Les bavardages, les commérages sont légion, ils véhiculent certes parfois de fausses nouvelles mais aussi des vérités difficiles à croire et à entendre. Je finis par me convaincre que vous ressembliez à un certain singe, aveugle, muet et sourd.

    • Les médisances ruinent des réputations. Vous avez ainsi pensé que je connaissais votre secret penchant et que je me suis moqué de notre amitié.

    • Il est vrai que j'ai traité en petit comité Mademoiselle de garce et vous-même de traître.

    • C'est bien cela dont il s'agit aujourd'hui. A vos yeux je suis un traître. Or, aujourd'hui, alors que j'apprends ce pire, qui donc, sinon Mademoiselle, oubliant de me dire qu'elle échangeait avec vous alors que je lui faisais la cour,  devient à mon cœur une garce ou pire une traîtresse.

    • Oh voyons, Monsieur, cela appartient au passé.

    • Certes, pour vous sans doute, mais enfin pour moi, j'ai aimé Mademoiselle, au point de l'épouser. Aujourd'hui, j'apprends que j'ai été, que je suis un traître à vos yeux....

    • Allons, allons, je vous ai pardonné depuis ces temps lointains.

    • Un traître et un homme trahi. Comment aujourd'hui puis-je croire en l'amour que me porte Mademoiselle. Ne suis-je pas le mari trompé par un amant qu'elle prit soin de me cacher.

    • Mais enfin, nos échanges ont cessé lorsque vous l'avez conquise.

    • Vraiment ? Vous pouvez me l'assurer ?

    • Certainement Monsieur, soyez rassuré, Mademoiselle vous aime.

    • Sachez Monsieur que je ne puis me pardonner à moi-même cette trahison que je commis contre vous bien malgré moi. Me croyez-vous lorsque je vous assure que je n'ai jamais songé que nous fussions des rivaux ?

    • Certes certes, je vous crois.

    • Ah mon dieu, comme cette vérité m'accable, moi un traître trahi par une traîtresse. Ô combien l'amour est imparfait.

    • Allons Monsieur, allons de ce pas rejoindre les Dames que voilà et assurons-nous que nous méritons encore leur grâce et leur indulgence. Et gardez à votre encontre cette indulgence qui vous manque en ce moment délicat.

     


    votre commentaire
  • Je suis en manque de vous. Non pas de votre absence, j'en suis habituée. Je suis en manque de l'attention que vous me portez.

    Je voyage en train. Vous êtes dans ces paysages qui défilent au-delà des vitres.

    J''aime voyager en train. Je suis transportée dans un autre monde et je regarde le monde réel au dehors qui s'échappe incessamment.

    Je suis transportée, lasse et tranquille tout à la fois. La sensation d'être guidée par le train, prise en charge, comme dans une matrice ronronnante.


    votre commentaire
  • J'étais assis dans une brasserie désertée, face à la gare d'une ville de province, sur les bords d'un fleuve. J'attendais un train en partance pour la capitale. Le temps s'écoulait, les ombres s'allongeaient. J'entendais le crissement des premiers martinets, les annonceurs de l'été à venir. Mon café se refroidissait. Elle entra, furtivement, regarda les tables désertes et s'assit si proche de moi que j'aurais pu la toucher. Si lointaine. Je voyais son profil, sa chevelure nouée sur sa nuque, sa robe enveloppait son corps de jeune femme, une courbe blanche apparaissait par fragment lumineux. Je buvais mon café, pour me donner une contenance, sans jamais cesser de l'observer. De son sac fleuri, elle sortit un petit livre qu'elle posa devant elle. Elle passait lentement l'ongle de son pouce à sa bouche sensuelle sans être gourmande. Elle ne parvenait pas à se concentrer, sans cesse son regard se relevait, guettait la porte qui ne s'ouvrait pas. Elle appuya ses coudes sur la table carrée et releva ses mains sous son menton. Je regardais le mouvement de repli qu'elle avait donné à ses mains, qui formaient, ainsi ployées, comme un cercle dont les doigts auraient été les rayons. Son regard était voilé, elle semblait ne voir que la lumière au dedans d'elle. Et la porte s'ouvrit. Il entra.

    Elle se leva, avec une lenteur d'animal blessé. Il était debout devant elle et l'espace entre eux se resserra. En l'étreignant, il avait dénoué les cheveux de la jeune femme qui habillaient son dos d'ondulations hésitantes, en écho aux palpitations de sa poitrine. Elle avait passé ses mains autour des épaules du jeune homme et les croisaient, en prière. La main droite de l'homme entourait son cou, sa main gauche avait glissé à l'ombre chaude de la longue chevelure détachée. Elle tendait son visage jusqu'à lui et fermait les yeux. Celui de l'homme s'abaissait, protecteur ou conquérant. Je voyais sa pupille dilatée qui vacillait entre désir et incertitude. Leurs joues se joignaient, leurs bouches respiraient leur souffle silencieux.

    S'étaient-ils quitté à l'aube, après une nuit d'amour, ou bien avait-il fait un long voyage et revenait-il enfin auprès d'elle ?

    J'avais terminé mon café, l'heure de mon train était venue, je sortis de la brasserie, en titubant presque lorsque je faillis toucher le couple, ignorant ma présence. Le garçon soupira : "Alors les amoureux, croyez-vous que l'amour dure toujours ? Je vous sers quoi ?"

    L'instant magique s'était enfui mais encore aujourd'hui, dans mon atelier, je songe à cette vision et mes pinceaux maladroits tentent de retrouver leur étreinte éternelle.

     


    votre commentaire
  • En manque de mon père
    Je cherche mes pairs
    En quête d’identification
    Pour trouver des repères
    Je n'ai trouvé qu'un repaire
    Au ciel ou en enfer
    Retrouverai-je l'éternel père ?


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique