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    De l'Afrique à Salzbourg
    La terre a continué de tourner
    Quand je suis partie
    Je ne t'ai pas menti
    Je ne t'ai rien dit
    Le monde n'a pas changé
    Tu es resté incertain
    La parole des autres
    Et le bruissement du monde
    Ont glissé sur ta vie
    Rien n'a bougé pour toi
    Tu as gardé les mêmes alentours

     

     

     


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    Elle est là dans l'errance de mes démarches, dans leur hésitation. Claudicante, j'avance avec la gorge ronde et chaude sous le regard masculin, sèche et brûlante quand je respire.

     

    Quand viendra le moment de la délivrance ?
    Quand le couvercle brûlant de soupirs s'ouvrira-t-il à la lumière douce des jours ?
    Mes ongles suintant de sang écrasent les veines asséchés du bois des peupliers et le lent pourrissement de la vermine emplit mes yeux perlés du soupir affamé et s’enroule à ma langue jusqu'à l'asphyxier.
    Elle est là.

     

     

     


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  • J'ai passé les dunes d'herbes folles qui frottaient mes chevilles.
    Devant la mer flottait.
    J'ai traversé le sable chaud qui piquait mes plantes de pied.
    L'astre du jour effaçait les ombres sombres.
    J'allais dans l'été, pour effacer les mémoires vives.
    J'ai jeté mes habits sur la plage, la nudité était à sa place dans ce temps étiré.
    Le sable mouillé marquait mes empreintes.
    La mer les absorbait dans sa bouche vorace.
    J'avançais encore dans son étendue méditerranéenne.
    Mes chevilles allaient à son va-et-vient, dans sa ballade impérieuse.
    L'eau salée écornait les traces à la craie de mon cœur.
    Le ciel se détachait dans l'horizon étalé.
    Je m'enfonçais.
    Les genoux, les cuisses, une vague m'enroula.
    Je crois bien que la mer, cet après-midi d'été, m’engloutit dans son ventre liquide.
    Il faut bien renaître dans les longues journées de l'été limpide.


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    Je déteste l'année 1764. C'est cette année-là que la bête m'a dévorée. Son petit a mâché ma main gauche juste avant que la bête ne tranchât ma tête. Mes métamorphoses pouvaient commencer.

    Au village, on m'appelait "la Jeanne". Je fus enterrée sans sacrements, puisque je n'étais pas allée à confesse avant mon supplice. Je suis morte deux fois, une fois par la bête, une fois par les hommes.

    La bête recommença. Pendant trois années, elle s'abattit sur le pays de Gévaudan, au nom désormais macabre. Aucun chasseur ne parvenait à traquer la bête solitaire. La nouvelle parvint jusqu'au roi, de ce siècle des lumières. Sa cour s'épuisait dans les liaisons dangereuses du libertinage. Il ne tolérait pas qu'une bête noire ramenât le peuple à des siècles obscurs. Rien ne devait briser son autorité sur tout son territoire. Ne venait-il pas de chasser les Jésuites de France ? Le roi fit envoyer ses meilleurs Dragons dans les landes du Gévaudan. Aucune balle ne semblait atteindre la bête. Après chaque battue, alors que les chasseurs à plusieurs reprises l'atteignaient, on la voyait s'enfuir plus loin dans les bois. Haro ! Haro ! La bête surgissait si rapide qu'on la voyait aux mêmes heures dans des villages éloignés de plusieurs lieux. En plein jour, elle pistait l'odeur des femmes et des jeunes gens.

    Un matin de printemps, on ne sait comment, le Beauterne parvint à capturer un loup monstrueux qu'on envoya à Paris. Chacun croyait que la bête avait succombé et chacun reprit ses activités. Quelques mois passèrent. Les carnages reprirent, plongeant de nouveau les paysans dans la terreur. Les battues recommencèrent d'hiver en hiver. Les tempêtes de neige empêchaient les chasseurs de la poursuivre. Dans les tourbières, elle réussissait à se cacher près de son petit endormi. Jusqu'au jour où le Jean Chastel, le sorcier à la balle bénite, parvint à tuer la bête dans les monts de Margeride, un joli nom pour un endroit de malheur. La légende pouvait commencer.

    On n'a pas retrouvé son petit.

    Promeneur, si parfois tu viens sur ces plateaux, tu apercevras, dans les nuits de lune, ma silhouette de jeune fille. Je me promène encore dans les landes à bruyères. Je me nourris de myrtilles qui poussent sous les pins. Pour dormir, je me protège sous les blocs de granit. J'écoute le chant des hêtres et le bellement des moutons. J'ai nourri le petit de la bête avec mon lait et mon corps s'est réchauffé à sa fourrure. Le petit a grandi. Il m'a apprivoisée. Il est devenu mon compagnon. Je suis devenue sa bête.



    Photo : Yves-Marie JACOB

     


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  • Les livres aux mots noirs
    sont tombés épars
    Ce matin une main vaudou
    a empoigné ma poitrine
    mon cœur s'arrache

    Les livres aux mots de plomb

    ont délivré leurs paroles brûlantes
    Un esprit sorti de l'enfer
    a soufflé à ma bouche
    mes poumons s'effondrent

    Les livres aux mots incohérents

    ont lancé leurs flèches vénéneuses
    Un éros fatigué des jours
    a pétri ma peau flétrie
    mes souvenirs tenaces s’effacent. 

     


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