• On peut y croire

     

    Ce matin j'ai ouvert les deux battants de ma fenêtre
    Je me suis accrochée au parapet
    J'ai grimpé dans la gouttière du toit
    Et tout là-haut j'ai crié ton nom

    Il a glissé sur les tuiles luisantes
    Il s'est dessiné sur les ardoises creuses
    Il a rebondi sur les cheminées de brique
    Un arc-en-ciel l'a accroché
    Depuis il voyage sur tous les continents.

    Il a donné à boire aux enfants du Sahel
    Il a guéri les blessés de Bagdad
    Il a ouvert les prisons de Chine
    Ton nom était si puissant quand je l'ai crié
    Que les Bushmen d'Afrique et les chamans de Mongolie
    Ont vu un nouvel esprit s'envoler.




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  • "Le poète est celui qui rajoute le soir une virgule qu'il a enlevée le matin" (Oscar Wilde)

    La virgule est tombée
    je la cherche
    pas derrière l'ordi
    ni sous l'oreiller

    Nuit noire
    L'inspiration est enrouée
    ça fait mal
    gorge embuée

    J'ai attrapé un tour de rein
    c'est certain
    à force de chercher
    la virgule

    Elle se défile
    saute les lignes
    se planque sous la toile
    le pinceau perd son dernier poil

    Faudrait un marteau
    pour faire sauter le marbre
    pas facile
    les mains baladeuses

    Elles s'agitent
    mais toujours pas de virgule
    faudra mettre autre chose
    un point d'interrogation.


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    110, 90
    La sonnerie dans la gare
    annonce l'arrivée d'un train
    Je pose le pied
    Sur le rail
    J'envisage de poser un pied
    Il reste en suspens dans le vide
    J'entends les pleurs d'un enfant
    La vie commence par des pleurs
    La sonnerie a cessé
    Le train va entrer en gare
    J'entends le souffle du vent
    Résonner à mes oreilles
    Le souffle du vent était là
    Avant les rails, avant les voies
    Les pleurs de l'enfant ont cessé
    Je repose mon pied sur le quai
    Je choisis un autre croisement
    Je rejoins l'humanité
    Et ses voies
    Pour combien de jours
    Encore


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  • La rue Bonaparte commence au bord de la Seine. Mais nous l'avons prise en sortant du métro Saint Sulpice.


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    Entre deux paysages de brume et de rosée, Pessoa évoque son impuissance créatrice. L'aiguille dans la chair s'écœure de ce cœur lointain, dans le temps après le tien. Bien loin du délice des jours, bien loin de la paix au milieu de la foule ou des déserts, l'âme solitaire s'abreuve à une source de souffre qui jamais n'interrompt son flot de nausée.

    Autour du bassin écarlate, une certaine humanité, patiente et soumise, attend, un verre à la main, la coulée manifeste de son détournement fatal. Qui peut dire pourquoi ce flot-là coule dans les verres blancs de celle-ci ? Quelle main a jugé et désigné cette longue chaîne des cris sans phonèmes.

    Je, tu. La rencontre impossible, reculée dans les effrois de glace, dans les vertiges de pierre. Je n'a pas connu tu. Dans cette quête frileuse abominable, je écarte tu, je tue tu, je tue je. L'absence de plaisir. L'absence de jouissance. Ecrire sans joie. Ecrire dans le blanc.

    la philosophie est la maison de l'être
    Heidegger


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