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J'ai tellement fantasmé de toi
j'ai tellement plongé, tellement soupiré
Tellement aimé tes silences
Qu'il ne me reste plus rien de moi
Il me reste d'être l'esprit parmi les fantômes
d'être cent fois plus aveugle que l'aveugle
d'être le fantôme qui tombera et retombera
dans ta vie de glace.
Ombre parmi les ombres (Desnos)
J'ai tellement rêvé de toi
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi,
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres,
D'être cent fois plus ombre que l'ombre,
D'être l'ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.
illustration : Paul Marandon
http://www.paulmarandon.com/
Publié par felixmartin à 17:44:49 dans A la façon de | Commentaires (0) | Permaliens

Comme un lego
mais sans mémoire
j'arracherai les lianes entrelacées
qui emprisonnent les voyages
j'avancerai à cloche pied
sur la ligne blanche
mes doigts rouleront d'autres cerises
dans les jardins suspendus
rappels de lointains édens
des jours où Vénus écumait
où Eve caressait la pomme
comme un lego
mais sans mémoire
juste la salive qui se souviendrait
des délices capricieux
plonger dans le fleuve de l'oubli
pour noyer tes yeux et tes mains
pour effacer le jour
où je t'ai manquée
le limon sybarite du fleuve
imite ton corps lové
ses boues séchées
bâtissent mes carapaces
comme un légo
mais sans destin.
Publié par felixmartin à 13:11:31 dans A la façon de | Commentaires (0) | Permaliens
Autiste de terre
le dernier pavot a blanchi
l'ozone efface avale engloutit
les dieux s'égrènent ailleurs
l'espoir a gelé
la terre n'est pas promise
le bleu s'embrunit
aucune silhouette courbée
dans les champs sans labours
les sillons craquent comme un cœur
quand l'amour a vécu
Autiste de terre
la sécheresse des mille nuits
n'est pas un conte
la romance est un vieux souvenir
qui dépérit
les vampires ont sucé les sèves des forêts
les derniers cris des arbres asphyxiés
ont sifflé dans les jours devenus nuit
les orties cramoisies ont frémi
dans les mers mortes
les prophètes marchent à sec
les colombes ne font pas la paix
leurs ailes déployées de leurs corps inertes
s'étalent en croix dans les poussières des plages
les lianes amazoniennes s'effritent
en claquant dernier bruissement de vie
les terriers sombres sont couverts d'ossements
les voiles sont noires sous les horizons de néant
autiste de terre
la vie se cache dans les gouffres de souffre
dans mille ans peut-être
un être nouveau surgira
gardera-t-il la mémoire
de ceux-là ?
Publié par felixmartin à 14:43:30 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Le jour que je t'avais perdue
je ne le savais pas.
Chaque passante dans les rues te ressemblait
et je touchais le bas de leur robe
pour reconnaître ton parfum.
Ce n'était jamais le tien.
Le ciel s'est éloigné
et ne t'a jamais rendue
à la petite fille que j'étais.
Je ne savais pas encore
ces choses que les adultes ont tant de mal
à apprendre.
Publié par felixmartin à 12:43:09 dans Nuits blanches | Commentaires (1) | Permaliens
J'ai mis mon casque
j'ai accroché mon paquetage
je me suis assis dans la chaloupe
j'ai craché dans la mer attentive
j'ai regardé mes compagnons
nos coeurs en vrac avaient le même tempo
j'ai pas parlé
j'ai pas prié
j'ai regardé le ciel gris en reflet dans les eaux
là-bas la côte fumait
là-bas la brume accrochait son manteau de mort
j'ai sauté dans les vagues d'écume
rien de vénus
il fallait faire le boulot
j'aurai lancé ma lance
j'ai lancé un cri
je ne savais pas
que la fureur m'envahirait
je ne savais pas
que la fureur me donnerait la force
j'avais plus de mémoire
j'avais plus de paradis
j'allais mourir ou bien vivre
dans les airs sifflaient les obus
autour de moi les balles éclataient les corps
je les ai vus flotter dans les nuages
tous les guerriers de l'Histoire
aux visages creusés, aux visages noirs
ils se déployaient à nos côtés
nous transmettaient leur rage
et la mer vomissait ses vagues
et le ciel noircissait le temps
le jour J j'ai posé mes pieds
sur une plage explosée
y paraît qu'au bout la Liberté s'éveillait.
Publié par felixmartin à 12:21:20 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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