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Au cours de nos brèves rencontres Isabelle me parlait de sa vie, j'apprenais de événements, des émotions qui la touchaient et ? malgré moi, elle me touchait. Elle me parlait de son père qui l'avait quitté très jeune pour partir rejoindre on ne sait quelle révolution à l'autre bout du monde et qui était revenu beaucoup plus tard. Elle me parlait des jours passés à consoler sa propre mère, effrayée de la vie tout à coup inutile. Elle me parlait de ses études inachevées et de son frère Sébastien, ingénieur en agronomie, qui tentait de remettre de l'ordre dans leur famille sans cesse au bord du désastre. Je l'écoutais et je la désirais voluptueusement. C'était irrésistible et charmant. Nous ne parlions jamais de ce désir-là, sexuel. Nous avions appris à rire de nos ébats amoureux, c'était un jeu entre nous de succomber à ce fatal désir. Qu'y pouvions-nous ? Notre désir bannissait les interdits, il nous tenait dans ses bras et nos bras n'en pouvaient plus de cette étreinte brûlante qui nous faisait chanceler, défiant la vie et accusant la mort d'angles où nous aurions pu mourir. Isabelle avait renoncé au grand amour que je lui inspirais et savourait ce désir mais dans l'instant de la jouissance toujours elle pleurait, se souvenant que je ne l'aimais pas, que je l'abandonnerais toujours.
à suivre
Crédits photos : Nariel Pelin / Stephen Gale
Publié par felixmartin à 20:28:16 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

Un soir, je lisais, je fumais, je débouchais une bouteille, je buvais du vin rouge, je cherchais mon paquet de cigarettes, je pissais, j'ouvrais une fenêtre, la refermais, j'écrivais une note en marge d'un livre ancien, puis je traînais autour du téléphone. J'appelai Isabelle de très loin. Elle était là-bas, chaude, oublieuse de mon ingratitude, coupable de son trop grand amour qui la dévorait parce que j'avais peur qu'il me dévorât. Nous hésitions à fixer un rendez-vous. N'avais-je pas décroché le téléphone pour rompre l'ennui ? Elle admit qu'elle s'enlisait dans cet amour absurde mais elle en riait et elle revenait. Succombant. Elle jouait au désordre -c'était ainsi qu'elle qualifiait nos rencontres. Nous avions pris l'habitude -l'habitude ?- de nous retrouver chez moi. Elle entrait gênée, ne sachant plus qu'elles étaient mes intentions. Le salon l'émerveillait. C'était elle qui avait parlé de Venise en le découvrant. Je n'y avais jamais pensé auparavant.
à suivre
photo : Modimo
http://modimo.canalblog.com/
Publié par felixmartin à 20:46:55 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
Au cours de l'automne, cette scène se reproduisit plusieurs fois. Isabelle arrivait, émue, grave, tremblante. Je la désirais farouchement : mon corps la désirait, mais ni ma tête, ni mon coeur. J'étais le roi de la lune comme dans le conte : la tête détachée du corps. Elle parlait. Je l'écoutais à peine. Je savais qu'elle m'aimait et venait pour cette raison. Mais je m'en fichais et je roulais sur son corps sans l'aimer, en la désirant seulement, ne sachant pas que ce désir naissait, si puissant, de son amour à elle. Il puisait ses racines dans l'amour, non partagé, désespéré, qu'elle me vouait. « Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? » se demande le poète. A peine une demi-heure s'était écoulée, je la rejetais. Comment ne devenait-elle pas folle ? Comment ne me giflait-elle pas pour ma goujaterie ? Comment ne me haïssait-elle pas pour mon ingratitude ? J'agissais en salaud. Je ne l'aimais pas, me disais-je et pour me disculper je lui disais: « L'amour ne se commande pas. » Je la laissais partir. Silence pendant plusieurs jours.
Publié par felixmartin à 20:24:43 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
Il me fallut plusieurs semaines pour remarquer la beauté d'Isabelle. Pourtant elle était belle : son visage, le grain de sa peau, ses mains. Je la vis si belle une nuit de septembre. Cette nuit-là nous parlions assis face à face. A aucun moment je n'avais consciemment reconnu mon désir.
Ma main avait soudain tenu la sienne, ma bouche avait glissé dans son cou, sans que je me souvienne avoir désiré cela. Il avait fallu ma surprise, sa retenue, pour que les interdits n'entrent pas en jeu. Nous avions roulé sur le tapis sale et j'avais honte de la tenir sur cette crasse. Je la pris dans mes bras, j'ouvrais ses jambes avec mes jambes, elle se laissa aller sans crainte, sa respiration qui s'amplifiait au rythme de mon sexe, m'envahit et réveilla mon désir, elle jouit en vagues lentes et soudain elle se mit à pleurer.
Après l'amour, elle se mit à évoquer ce qu'elle éprouvait pour moi. Avec une violence perverse, j'arrêtais son doux sentiment ; par des mots froids et incisifs, je la fis chuter très bas pour anéantir son amour. Y avait-il un lien entre son désir envahissant et mon retrait méprisant ? Son amour, elle, ne devait plus exister pour avoir permis à mon désir d'exister. Encore que certains jours, j'étais impuissant. Mais cela n'était que le signe supplémentaire de ma folie à ne pouvoir être dans le désir.
à suivre
Publié par felixmartin à 15:01:28 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
Ma femme labyrinthéePublié par felixmartin à 21:59:27 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
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