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La première fois qu'elle troubla ma solitude, c'était un soir de juin, tiède et bleuté. L'écho du jour passé s'affaiblissait et pour le retenir un instant, je suivais ses lignes encore claires flotter sur le parquet. J'apprivoisais le soir tombant d'un dimanche finissant. Dans la rue, les bruits étaient rares, absorbés.
J'avais refermé mes livres, posés à plat sur le bureau ciré -seul lieu où je ne supportais pas la poussière-. Je m'approchais de la fenêtre pour voir le ciel s'éteindre avant la venue des étoiles. J'étais inquiet, sans être tendu. Je voyais le paysage des toits de la ville et des morceaux d'hier se chevaucher en ballet tremblant à chaque souffle de mon esprit calme et sans joie. Je respirais à ces moments anciens où s'accrochait l'harmonie parce qu'ils étaient passés et parce que le présent était sans couleur.
Je m'éloignais de la fenêtre, hésitant à reprendre ma lecture, ouvrant un tiroir, me dirigeant dans une autre pièce, me ravisant et m'asseyant, les coudes appuyés sur le bord ciré du bureau, la tête entre les mains, pensif. Juste avant la nuit, je tentais d'ordonner tout cela pour en dégager des forces, des centres et un sens. Je tentais vainement de créer de ce chaos le jour nouveau. Mes pensées s'échappaient et glissaient avec la fin du jour, les souvenirs se précipitaient et je m'épuisais à me souvenir.
Quand, à la porte d'entrée, rompant l'équilibre instable, quelqu'un sonna. Je me souvins nettement que ma bouche se crispa, déjà je m'irritai de cette intrusion. Je restai immobile dans la pièce obscure, redoutant l'autre, insistant derrière la porte. Les rêveries retombèrent au bruit que fit ma chaise comme je la reculai sur le plancher. Isabelle était là, à sourire, timide mais décidée à poser à l'intérieur son pied chaussé de noir.
J'hésitais sans qu'aucun geste ne permît de déceler cette hésitation mais elle la sentit.
J'hésitais parce que son parfum déjà pénétrait la pièce et qu'après son départ, je ne pourrais plus la chasser tout à fait.
J'hésitais parce que je savais que demain, le souvenir de son sourire et de son parfum se mêleraient au chaos d'hier et écarteraient encore les lèvres blessées de la fêlure.
J'hésitais parce que je ne désirais pas la présence d'une femme et je savais que le désir viendrait avec son relent de meurtrissure, qu'il viendrait trop vite, qu'il m'affaiblirait encore, moi qui ne savais comment retenir, parler, sourire, tenir la main et simplement aimer une femme, sans l'inquiétude tenace, sans l'horreur de la perte.
Ce premier instant de faiblesse passé, je repris mon attitude détachée que provoque chez moi une femme éprise.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 22:22:01 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

La musique s'écoulait par les fenêtres jusque dans le jardin. Isabelle était allongée sur une chaise longue. Sa beauté lisse était toute sa séduction. Elle ne jouait jamais avec son corps, avec ses gestes pour construire la séduction. La pureté de son visage, la couleur de ses yeux et l'exquis détachement jusqu'à la maladresse de ses mouvements étaient sa parure bien plus que les bijoux, les robes et les parfums. La beauté lui était donnée, elle n'avait jamais eu à se regarder dans un miroir pour se plaire. Son souci était ailleurs. Séduire n'était pas un jeu. Jouer non plus n'était pas un mode qu'elle déclinait. Elle était elle-même à chaque instant jusqu'à l'indécence, jusqu'à la cruauté.
Cet après-midi, à l'ombre d'un acacia elle goûtait à la musique. Les yeux fermés, elle écoutait, et c'était une parfaite harmonie entre ses passions réfléchies dans son corps et celles éclatées de la musique. A la tension de ses sentiments répondait celle des notes et elles s'élevaient ensemble pour la même tragédie, pour la même passion de l'intangible. Je me tenais sur le porche et la regardais : ses lèvres muettes, son regard aveugle. Par folie, j'aurais pu tenter de l'aimer, glisser dans ses passions, m'engloutir pour rejoindre par quel chemin ?- ses désirs, ses fantasmes enracinés dans sa mémoire. Mais par folie encore, je résistais.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 21:33:58 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
J'étais jeune, j'avais envie de vivre
Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?
Chaque jour, tes mules m'apportent
leur lot de consolation
Les dames blanches aspirent
L'un après l'autre
Mes souffles de vie.
Dans la discothèque allumée
Je veine de dynamite
Mes dernières gouttes de sang.
Tu m'as tout pris
Et j'en redemande.
Mes voyages ne sont pas
Inscrits dans les guides
Je les sniffe avec délice.
Qu'as-tu fait Pablo
Des enfants de Medellin ?
Des sicarios aux abonnés absents
Des Zombies défoncés
Qui errent dans les forêts
Amazones abattues.
La colombe enfarquée
Tient dans son bec
Le rameau sacré.
J'étais jeune, j'avais envie de vivre
Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?
Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
© 2007
Publié par felixmartin à 19:00:15 dans Musicales | Commentaires (0) | Permaliens

J'ai le cœur qui tombe
Écoute il s'est arrêté de battre
Une main a pénétré
Dans la cage
Elle le tient serré
Angine de poitrine
Ange du désespoir
Je
ne savais pas
À
quoi sert un cœur
Je
ne savais pas
Elle
n'avait pas eu le temps
De
me souffler la force
De
l'amour
Au
bord d'une nuit illuminée
Tu
m'as souri
J'ai
arraché ton cœur
Je
l'ai accroché entre mes deux poumons
Aujourd'hui
je respire par toi
Je
suis plus cruelle qu'un vampire
Bien
plus cruelle
Comment
te rendrais-je jamais
Ton
cœur
Je
m'endors dans les cercles
De
l'oubli
Ma
tombe bat béante
Sans
cœur
La
mort ne me connaît pas
Mon
ange-gardien
De nouveau mes ombres ont étendu
Leurs mains au-dessus de ma tête
Tu es là
Publié par felixmartin à 13:05:38 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Parfois, j'appelais Christine ou bien elle me téléphonait. Nous parlions longtemps, je fumais en écoutant sa voix, j'entendais son visage. Tout près, à l'autre bout. Mais nous ne parlions pas de nous rencontrer. Je l'avais quittée puis revue, incapable de l'aimer, incapable de ne plus l'aimer. Y pensant toujours, jalousant les hommes qu'elle rencontrait, la guettant parfois la nuit, quand elle rentrait chez elle. Mais elle ne me voyait pas. Elle ne sentait jamais ma présence et je lui en voulais, au fond, de ne pas comprendre. Y avait-il quelque chose à comprendre ? Enlisement. Lucidité. Musique sobre et s'échappant en notes claires et mélancoliques.
Parfois une autre femme, beaucoup plus jeune, une enfant maladroite, rompait mon silence. Je l'avais rencontrée au hasard de mes sorties un soir de printemps. Isabelle -elle s'appelait Isabelle- avait un visage pareil à celui de l'infante dans le tableau de Vélasquez, une infante qui aurait grandi en gardant des joues rondes et un regard grave. Elle parlait très peu à chacune de ses visites et ses mots n'exprimaient rien à mon âme. Au fil des jours pourtant, alors qu'elle ne renonçait pas, un lien prit forme. Je me surpris à penser à elle quand elle n'appelait plus pendant de longues semaines. Je savais que, dans ces intervalles, Isabelle cherchait à vivre ailleurs d'autres histoires jusqu'au moment où elle capitulait et mélancolique réapparaissait, tendue vers moi, comme une enfant à qui l'on n'a jamais dit « je t'aime ». Elle m'avait si tôt avoué son amour que je ne la pris pas au sérieux et cela m'empêcha de la désirer. Elle m'irritait et m'inquiétait dès qu'elle montrait les signes convenus des amoureux.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 19:34:36 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
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