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Guitare sèche | 03 avril 2008

 

 

La guitare sèche au fond du pub
Accorde sa complainte
Eh Jack, donne-moi ta force d'oubli
Pendant qu'elle fait sa grande dame
Dans les bas-fonds verts
Voilà que je titube sur le granit
Ses yeux de louve se reflètent
Dans les trottoirs humides
Le brouillard tombe
Je m'enroule dans ses peaux de serpent
Mes jambes fléchissent
Depuis qu'elle a oublié mes cuisses
En mémoire de sa bouche d'ange
Ma langue s'alourdit
Je répands mon sang blanc
A l'ombre de son palais
Et mes veines palpitent de son manque
Jadis nos corps s'arrimaient aux mêmes rimes
Jadis tu m'aimais
Ce n'était pas rien
A jamais ton âme porte mon souffle
Jusqu'au tombeau.

 

Illustration :
détail amazone bronze
Paul Marandon
http://www.paulmarandon.com/


Publié par felixmartin à 23:42:00 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Dernier baiser | 01 avril 2008

Je n'ai pas de souvenir
Ce dernier baiser
L'as-tu réellement déposé ?
J'appartiens à ton monde intérieur
Je suis veuve de toi
Tu es sous terre et tu n'es pas sous terre
Tu me tenais par la main
Dans le froid de janvier
Le ciel était bleu je crois
Le souvenir est resté
Le dernier, l'unique
Je ne me suis pas retournée
Tu n'étais déjà plus là
Les portes du tramway ont grincé
Il m'a éloignée de l'ultime sensation
Ta main chaude dans la mienne
L'enfer s'est dressé
Des pans de murs dans la vie à jamais
Toutes ces murailles érigées
M'exilent de jour en jour de ta trace effacée
Cette femme en robe noire qui me suit
Pourquoi me chuchote-t-elle dans la nuque
Le nom que tu me donnais
Quel nouveau jeu inventes-tu
Pour me rappeler à toi ?
Illustration :
fragment n° 30 marbre de Carrare
Paul Marandon
http://www.paulmarandon.com/

 

Publié par felixmartin à 21:55:06 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Soubrette | 29 mars 2008

Ça ne tourne pas rond
Ma vie de soubrette
Dans l'alcôve marron
Ils soufflent mes œillettes
Tous mes petits messieurs
Qui brandissent leur fortune
A mes jeux capricieux
Faut bien gagner sa tune
Y me font la révérence
Pour mieux lapper leur enfer
Et moi je m'en balance
Je préfère ton regard vauvert
Quand tu me mets à l'envers.

 

Illustration :
iles ménines, détail
Paul Marandon
http://www.paulmarandon.com/

 

Publié par felixmartin à 13:50:36 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Vendredi saint | 21 mars 2008

La mia bella dona
je me coule oeuvre
à tes pieds.
Je me tapis
aux ombres de tes sept collines.
Au nom du père
et de tous tes seins
je bois à ton calice.
Au sang de tous tes fils
je suis crucifié.
La mia bella putana
sous ta lune haram
ti voglio di bene.
Mon jour de gloire
s'effondre à tes armes.
Ma citoyenne
je marche à genoux
pour sillonner ta liberté impure.
Je romps tous mes serments.
Toutes mes vérités
je les abandonne
pour boire en vampire soumis
à ton sang d'immortelle.
Gira gira
Eppur si muove
me souffle Galiléo.
Renonce à tes sens
me balbutie Boudha.
Mais à tes vœux d'enfer
je me soumets.
En loup je cherche
dans la lumière de tes nuits
tes yeux de louve insoumise
inch'allah


Illustration :
les dessous du paysage plâtre, verre ...
Paul Marandon

 

Publié par felixmartin à 22:24:44 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

La chaussure perdue | 18 mars 2008

En ce dimanche de printemps, ne sachant que faire de Blandine, et constatant qu'elle ne me lâcherait pas, je décidai de l'emmener au parc. Pour une jeune fille, c'était presque une promenade romantique. Pour moi c'était une façon commode de passer le temps. Nous en étions aux premières rencontres et pourtant il me semblait déjà imprudent d'emmener Blandine n'importe où... Lorsque je fréquente une femme, je m'arrange pour espacer les rendez-vous ou les circonscrire dans des lieux neutres. Habituellement, cela ne pose pas de problème. Il en allait tout autrement avec Blandine. Il me fallait ménager sa susceptibilité, qu'elle avait grande. Je ne savais pourquoi, en outre, cette simple promenade me semblait déjà une imprudence. Quant à Blandine, elle rayonnait. Cela ne dura pas. A peine avions-nous croisé la statue aux colombes qui frissonnait dans l'allée de la roseraie, qu'une scène, aussi violente qu'inattendue, secoua l'alentour. Blandine était blanche, hurlait presque et prenait à témoin les pauvres passants. Je restai muet. Je ne me doutais pas que cette enfant fragile put se comporter avec autant de nervosité et de courroux. J'en étais à chercher quelque exemple dans la littérature quand je la vis s'enfuir, perdant même une chaussure dans le gravier de l'allée. Je restai là, gauche, avec sa chaussure à la main, souriant aux passants qui me fixaient bizarrement.

La rapidité de la scène, son absurdité m'interdisaient toute réaction. Blandine avait disparu si rapidement qu'il m'était impossible de la retrouver. Je pris le parti de m'asseoir sur un banc et d'attendre la suite des événements. Après tout, je tenais sa chaussure, elle serait obligée de revenir. Quoiqu'au fond je doutais qu'elle pût avoir ce souci. Comment pouvait-on espérer une conduite raisonnable après un tel éclat ? J'essayais de comprendre ce qui avait causé un tel émoi. Il me fallut quelque effort car, à chaque tentative de me remémorer notre dernière conversation, j'étais sans cesse attiré par d'autres détails, qui, une fleur nouvellement aperçue dont le rouge ou le blanc me laissaient rêveur, qui, une jeune femme fleurant bon qui longeait l'allée au bras d'un homme, et tenant par la main un enfant. Finalement cette introspection me permit de conclure que tout avait commencé après que j'eus croisé Annie, une ancienne amie. Nous n'avions échangé qu'un bonjour amical et quelques banalités, l'homme qui était avec elle s'était éloigné par politesse, et Blandine avait jugé bon de calquer sa conduite sur la sienne. Elle me demanda quand nous eûmes repris notre promenade d'amoureux qui était cette femme que j'avais saluée. « C'est Annie », avais-je répondu laconiquement, n'attachant après tout aucune importance à cette rencontre de pur hasard. Pour Blandine il en allait tout autrement ce dont évidemment je ne pouvais me douter. Enfin, je me souvins qu'une de ses dernières phrases, avant de s'enfuir, avait été : « Alors moi aussi, si tu me rencontrais par hasard, tu n'aurais pas plus d'égard !» Sur le coup, je ne compris pas le sens de cette vindicte. Fallait-il d'ailleurs en chercher du domaine de la raison ?

J'en étais là de mes réflexions quand, tout aussi soudainement qu'elle avait disparu, Blandine se dressait devant mon banc. « Ne crois pas que je sois revenue pour te pardonner. Je viens récupérer ma chaussure. » Je lui tendis l'objet et lui demandai de s'asseoir pour se chausser plus aisément. Il me semblait qu'une fois assise, elle saurait m'écouter. Dans son état, je n'osai pas lui prendre la main et me souvint d'une scène où pour calmer une jeune fille, le héros d'un livre lui pressait le genou. Je faillis murmurer son nom mais me contins. Il est parfois préférable de rester silencieux. Quelques minutes passèrent, et je l'entendis pleurer doucement comme une enfant prise en faute. Je ne résistai pas.

Vous dites qu'à ma place vous auriez abandonné la partie ? Si sa colère avait été censée, fondée, sans aucun doute. Je ne peux pas supporter les femmes irascibles. Mais là, c'était tout différent. Il y avait quelque chose de fascinant dans ce délire et, bien que je prévoyais les mille tourments que cette âme allait faire peser sur moi, je demeurai. Elle-même comprit-elle le goût que j'avais pour les situations exaspérantes ? Sur ce banc, nous scellâmes un pacte muet et comme celui de Faust, la mort seule pouvait le délier. Enfin, nous n'étions pas dans un drame romantique et l'issue en fut toute autre.

Ceci est une autre histoire. Il est tard, revoyons-nous demain, j'adore la terrasse de ce café, les passantes en sont particulièrement agréables.

 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

 

Publié par felixmartin à 22:45:12 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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