Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Décembre en Afrique - 3 - | 28 août 2007

 

Je regagnais aux premières lueurs du jour l'appartement que je laissais dans un état de délabrement écoeurant. Ce désordre me plaisait. Je le voyais comme un ordre nouveau. Il respirait comme je respirais à l'intérieur, pas dans les poumons mais dans la tête ou dans l'âme, à l'intérieur. Si je devais en donner une vue d'ensemble pour qu'on puisse en juger, je commencerais par les livres. Les livres tout au long des murs, en largeur, en hauteur, débordant, empilés, rangés, ployant les étagères, respirant. Les plantes : vertes, atteintes de gigantisme. Leurs feuilles larges et charnues, immenses comme les plantes d'une serre. Des plantes vivantes, monstrueuses et splendides. Les pots étaient prêts à basculer sous la lourdeur des feuillages. Je ne ramassais plus les feuilles qui tombaient, je rempotais parfois une plante au hasard. Les feuilles et la terre jonchaient le plancher nu. La musique, troisième élément majeur de cet univers. La musique assurait la mélodie de ce désordre, la musique de Bach. Les objets, les meubles, les tableaux, achetés au hasard de désirs anciens, étaient posés çà et là, rangés au gré de l'encombrement. Ils ternissaient sous la poussière et le manque de soin. Je les délaissais. Ils n'existaient pas. Ustensiles. Pourtant je les avais aimés, autrefois. Parfois, je voyais l'un d'entre eux et je pleurais doucement. 

Ici, en Afrique, je prends la démarche des Africains. Je n'ai plus de livres. 

Certaines semaines -sinon la contrainte du travail- je ne sortais pas, ne voyais personne. Je prétextais des travaux d'importance qui mobilisaient toute mon énergie. Vitale. Plus de sorties nocturnes, il m'arrivait de débrancher le téléphone. Je travaillais avec urgence à un recueil d'aphorismes. Je prenais des notes en marge de mes livres, j'en ouvrais plusieurs et ils traînaient un peu partout, dans le salon et la pièce qui me servait de bureau. La chambre parfois mais je n'y travaillais pas. La cuisine et la salle de bain étaient incroyablement sales et encombrées. Tout au long de la baignoire s'empilaient des mégots jaunis qui prenaient l'allure de cafards morts. Délabrement. Je ne voyais rien de cela ou, si je le voyais, j'en avais honte soudainement et passagèrement. De toute façon je n'avais ni la force ni le goût pour changer tout cela. Il m'aurait fallu une volonté et un désir que je n'avais pas ou que je détournais pour d'autres tâches. Mais ces tâches m'accablaient, l'idée de ces tâches surtout. Mes aphorismes pendant longtemps se résumèrent à dix phrases superbes, glacées, lieu de vérité, mais dix phrases. Dans ces pièces, je tentais aussi d'écrire une pièce, je m'acharnais à un texte. Seulement : Lui, Elle, et puis l'ange ou l'étranger. Lui et Elle m'avaient échappé, je n'avais pas eu l'idée d'en parler, ils étaient venus là sans que je sache très bien comment. Ils étaient nés au milieu de ça, comme des fleurs écloses dans un champ d'orties. Ils parlaient d'aimer, de leurs lèvres. 

 

à suivre

Publié par felixmartin à 21:52:16 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) |

Décembre en Afrique - 2 - | 27 août 2007

Je vivais là, seul, depuis des mois. Des mois. Les platanes, en bordure du quai, avaient plusieurs fois changé de teintes et les hommes de la ville les avaient étêtés plusieurs fois aussi. Quand j'entendais le bruit des scies, j'avais la sensation qu'on me tranchait un membre invisible et l'envie de vomir me prenait. Je vivais là seul. Je sortais le moins possible. Pour mon travail. Par obligation. Deux jours par semaine. Le troisième je prenais le train pour Paris pour finir ma thèse de médecine que je traînais depuis des années. J'assumais une permanence dans un dispensaire de quartier. J'arrivais à l'heure à tous mes rendez-vous pour ne pas troubler l'ordre des autres et rester transparent. Cela n'empêchait pas les murmures de glisser derrière moi. J'avais l'air de ne pas tourner rond, et je ne tournais pas rond. Ou bien il m'arrivait d'être ivre mais jamais au point d'être malade, abattu parfois, ou endormi, mais toujours lucide. 

Au rythme des saisons, je n'avais pas de rythme et je voyageais dans la ville, arpentant pendant les heures de la nuit, les bas quartiers, me trouvant accoudé à des bars, côtoyant des inconnus encore plus ivres qui me débitaient des histoires oppressantes, me voulant leur compagnon, leur complice ou leur confident. Et je dévisageais leurs visages, redoutant de voir dans le reflet crayeux de leurs yeux mon reflet pareil aux leurs. Ailleurs dans la même souffrance. Dans la toile d'araignée. L'attendant. En proie. Elle ne venait jamais. Trop à faire ailleurs. Parfois je me retournais -une présence peut-être- mais il n'y avait rien, des yeux baissés, des mains lourdes, les verres de vin sur le marbre taché des tables branlantes. Branlantes. Je ne supportais pas les ombres des autres qui me rappelaient trop à un souvenir haï, le souvenir de moi. J'allais dans les rues, marchant en étranger, redécouvrant cette ville connue, bue, caressée. Souvent je descendais sur les berges du fleuve et face à son flot, je pleurais.

 

(à suivre)

photo : Blog Choses vues

http://chosesvues.blog.lemonde.fr/category/carnets-de-lyon/

Publié par felixmartin à 23:54:00 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) |

Feux en Grèce | 27 août 2007

Cette nuit, la Grèce est en feu.
Elle brûle. Son coeur est noirci, abattu.
Elle a perdu ses anges gardiens.

Publié par felixmartin à 23:45:36 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Proverbe chinois | 24 août 2007

Si tu veux être heureux une heure
Enivre-toi 
 
Si tu veux être heureux un jour
Tue ton cochon 
 
Si tu veux être heureux une semaine
Fais un beau voyage 


Si tu veux être heureux un an
Marie-toi 
 
Si tu veux être heureux toute ta vie
Fais-toi jardinier.

 

photos : Calanque du Port d'Alon
Entre Saint Cyr et Bandol

 

Publié par felixmartin à 21:19:17 dans Souvenirs d'en France | Commentaires (0) |

Le temps qui passe | 17 août 2007

Yvonne,

Pourquoi m'as-tu adressé toutes ces lettres ? Tu as attendu trop longtemps. Depuis ton départ je me suis grisé à tant d'autres vies, à tant de goulots, aux enfers aussi. Le temps a passé. Il fallait bien passer le temps, ce faux guérisseur, rompre les espaces éternels. Comment pourrais-je aujourd'hui écouter tes lettres ? Entendre le bruit froissé de leur papier entre mes doigts qui tremblent.  Ecoute mon cœur, il se brise, il est en verre blanc. Ne me donne plus à lire tes lettres, elles me font trop mal aux yeux, aux joues, à la bouche, aux tripes, aux genoux, mes pieds fuient sur le sol qui se dérobe. Cette dernière rue où nous avons marché main dans la main, ce dernier matin où nous avons perdu notre langage. Oh Yvonne, qu'avons-nous fait de nos vies l'un sans l'autre ? Le jardin est dévasté, tu ne le reconnaîtrais plus. Tes lettres me sont venues trop tard. Et je suppose que tu ne m'en écriras plus maintenant, trop d'étoiles ont cessé de briller depuis ton départ. Dis-moi. Ma voix s'est éteinte. Je t'ai perdue, mon âme est perdue. J'ai peur.

Ton vieil époux

Ps Je prie pour que tu reviennes, ne serait-ce qu'un jour...

Publié par felixmartin à 21:58:55 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| 45| 46| 47| 48| 49| 50| 51| 52| 53| 54| 55| 56| 57| 58| 59| 60| 61| 62| 63| 64| 65| 66| 67| 68| 69| 70| 71| 72| 73| 74| 75| 76| 77| 78| 79| 80| 81| 82| 83| 84| 85| 86| 87| 88| 89| 90| 91| >>