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Mon Eldorado | 20 avril 2007

J'ai connu l'Eldorado

Du temps de ta silhouette

Au matin de ma vie

Et je t'ai oublié
Il fallait bien courir les vies.
Et je t'ai trahi
Il fallait bien border les lits.
 
Tu m'as attendue,
Les murs de pierre s'en souviennent
Ils chuchotent tes paroles collées
 
J'ai conservé dans mes coffres
des lambeaux de toi
Comment tout cela finira ?

Publié par felixmartin à 21:29:33 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

A la façon de Yeats | 18 avril 2007

Ton vieil amour

C'est ta bouche et pourtant ce n'est pas elle qui a crié
C'est ton ombre qui a crié derrière ta bouche
Je sais maintenant pourquoi elle est aussi funèbre
Toutes tes nuits tu tiens tes corps en apesanteur
Vois comme ton passé tremble, une vie terrible
Se glisse par tes veines. Tu t'es dépossédée.
Va savoir qui tu vas tuer ou trahir
Avant de te réveiller dans l'inconnaissance
Tu as amassé des passants qui t'ont rendue humide
Je suis parti et revenu
Ce frissonnement sur la page en est le signe. Ô va, va-t-en
A tout moment maintenant je peux entendre ton sanglot
Si tu es proche, renonces-y. Va. Je t'attends.
Si je ne te revois pas maintenant, cela voudra dire jamais
Je t'ai guetté toute ma vie et il se peut
Que ta coupe ne retienne plus mes joies.


C.


Le vieil homme

C'est sa bouche et pourtant ce n'est pas elle qui a crié,
C'est cette ombre qui a crié derrière sa bouche ;
Je sais maintenant pourquoi elle a été si hébétée
Tout le jour et pourquoi elle a des yeux appesantis.
Vois comme elle frissonne à présent, une vie terrible
Se glisse par ses veines. Elle est possédée.
Allez savoir qui elle va tuer ou trahir
Avant de se réveiller dans l'ignorance de tout
Et d'amasser les feuilles. Mais elles seront humides ;
L'eau sera venue et repartie ;
Ce frissonnement en est le signe. Ô va, va-t'en,
À tout moment maintenant je peux entendre son glouglou.
Si tu es bon, renonces-y. Va. Je suis vieux,
Si je n'en bois pas maintenant, cela voudra dire jamais
Je l'ai guettée toute ma vie et il se peut
Qu'il n en jaillisse qu'une petite coupe.

 

Yeats

 

 

Publié par felixmartin à 22:00:12 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Je vous salue | 18 avril 2007

Je vous salue amants pleins de grâce.

Combien d'amants, sauvés de la froideur des nuits,
Ont cueilli pour moi les fraîches marguerites ?
Aujourd'hui pleine de leurs fureurs passées
J'avance gaiement sur le chemin de la vie
Oubliant mes trahisons passées.

Combien de kilomètres ont-ils franchis
Pour s'abandonner à la douceur de mes charmes ?
Je me souviens de leurs chants suppliants
De jeunes mâles ithyphalliques et pioupiesques.

O mon père pardonnez-moi mes péchés !
Qu'une nouvelle vie commence pour moi
Pleine de la douceur des rides
A défaut des tumultueux fantasmes
De mes anciens amants.

Publié par felixmartin à 19:25:55 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

CARITAS (1e lettre) | 16 avril 2007

Première lettre

David,

J'ai éclairé ce soir toutes les lumières de ma chambre rose. Une lampe ronde sur le chevet et celle du lavabo et encore l'ampoule qui sert de plafonnier. De là j'entends la Méditerranée. C'est pour cette rumeur que j'ai choisi la chambre rose. Je t'écris de cette île dans laquelle je vis depuis plusieurs semaines dans le vent -qu'on appelle ici meltemi- et l'agitation des cigales. J'ai tant aiguisé mes oreilles à ces bruits -la mer, le meltemi, les cigales et les mouettes qui frappent à larges ailes autour des vaguelettes dans le ciel uni à perte de vue- que mon esprit s'est assourdi. Je n'entends plus désormais les mots porteurs de pensée. J'ai la tête vide et sans lien avec le passé. J'ai éclaté une à une les larmes neuronales comme on éclate les bulles de plastique. Désormais je glisse sur les chemins de cailloux et je m'attarde dans les creux d'ombres rares.

Depuis mon île, j'aperçois à l'horizon les bateaux qui sillonnent la Méditerranée et si je tourne la tête légèrement à l'Est, je devine une autre île, sa grande sœur bleue. Je me souviens, c'est dans cette île que je suis né, il y a plus de quarante ans. C'est étonnant d'être né au cœur de cette mer. J'étais fait pour naître sous la pluie crachin de nos cités anglaises. Je suis le fils d'un voyageur anglais. Ma mère s'est hissée sur cette île à la suite de l'homme amant pour accoucher de son premier fils. Tout petit déjà, je fixais les yeux mauves de ma mère qui se tournaient sans cesse vers la porte de notre maison, espérant le retour de son époux-amant. Comme il rentrait toujours tard, tout le soir elle chantait pour moi -tu n'étais pas encore né- et je sentais bien que ses chants s'adressaient à lui et sa mélancolie aussi. Sa tristesse l'habillait de gestes doux et de paroles éloignées. J'attendais qu'elle plongeât son regard sur ma figure rose mais, au moindre bruit, ses yeux se tournaient vers la porte. Je ne touchais jamais tout à fait le fond de sa tendresse. Ou bien, elle m'entraînait dans une valse contre son corps chaud. Prisonnier de ses bras, je souriais comme un chat ronronne sous la caresse. Cela ne durait pas, elle me couchait très vite dès qu'il arrivait. Notre père franchissait le seuil sans hésiter jamais. Il gardait un air qui lui venait du monde extérieur. Tu n'as pas connu notre père dans ce temps-là où il vivait puissant et serein, penchant son ombre pesante jusqu'à mon berceau et caressant du plat de la main le dos de ma mère. Notre histoire à trois était un empilement de désirs qui allaient de moi à ma mère, de ma mère à mon père et de mon père à l'univers. Notre univers était clos par cette porte d'où il apparaissait chaque soir à une incertaine heure. Son univers s'ouvrait sur les horizons d'eau qui baignaient l'île. Mon regard n'était encore que celui d'un nourrisson. Je me suis toujours demandé si le regard d'un nourrisson porte déjà celui de l'adulte devenu ? Mon regard sans souvenirs se posait sur les objets inertes, peuplés par les désirs rompus de ma mère : le guéridon au miroir, les flacons de parfum, la théière brune qu'elle posait sur un coin de la table et soulevait pour emplir sa tasse d'un liquide ambré et fumant. Elle buvait à petites gorgées réfléchies tout en me tenant dans un de ses bras. Elle ne percevait de moi que la pression exercée par mon corps bandé de langes. Elle m'oubliait tout à fait dans l'écho de ses souvenirs répétés pour lui, absent de nos jours. Dans la nuit, j'entendais parler ce couple ailleurs dans leur lit défait. Je rétrécissais dans mes langes, je durcissais comme un granit chauffé sous le soleil.

Beaucoup de nuits plus tard, dans les jardins publics, j'ai longtemps goûté à l'amour des pierres chaudes ou des statues.

Je pense à toi dans cette soirée mauve et je pleure de ne pas être à vos côtés mais tu sais comme moi que je ne pouvais plus vivre à Paris avec vous trois. L'a-t-elle compris ? Me pardonne-t-elle ? David, je suis ici tout neuf, mes pensées sont légères, je ne me sens coupable de rien. Je sais qu'en vous quittant c'était la première décision responsable dont j'ai été capable. Je ne regrette pas ce départ mais je vous regrette, vous trois. Quel âge a-t-il maintenant ? Treize mois et vingt-deux jours, je l'ai noté sur le calendrier de ma chambre. Je suis un prisonnier qui a décidé de sa prison. Je sais que tu sauras prendre soin d'eux, de ma femme et de mon fils. Bien mieux que j'en aurais été capable.

Michael, ton frère

 
(à suivre)

Publié par felixmartin à 23:06:43 dans Caritas | Commentaires (0) |

On peut y croire | 16 avril 2007

  

Ce matin j'ai ouvert les deux battants de ma fenêtre
Je me suis accrochée au parapet
J'ai grimpé dans la gouttière du toit
Et tout là-haut j'ai crié ton nom

Il a glissé sur les tuiles luisantes
Il s'est dessiné sur les ardoises creuses
Il a rebondi sur les cheminées de brique
Un arc-en-ciel l'a accroché
Depuis il voyage sur tous les continents.

Il a donné à boire aux enfants du Sahel
Il a guéri les blessés de Bagdad
Il a ouvert les prisons de Chine
Ton nom était si puissant quand je l'ai crié
Que les Bushmen d'Afrique et les chamans de Mongolie
Ont vu un nouvel esprit s'envoler.

Barcelone par Yves-Marie JACOB

Publié par felixmartin à 21:28:16 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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