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Alpha et oméga | 15 avril 2007

Il a suffi d'un jour sans mot,
sans trace,
sans empreinte,
pour que les ténèbres s'abattent.

Ton souffle revenu a suffi
pour que l'ombre s'éloigne,
pour que la lumière revienne.
 

Publié par felixmartin à 22:31:49 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

ne me demande pas | 15 avril 2007



Demande-moi d'être Orphée
Je prends ta main
Et sans me retourner
J'avance dans nos nuits.

Quand tu es Ariane à Naxos
Que ta ceinture est défaite
Je te rejoins avec mes panthères
Pour m'enivrer dans tes couches.

Mais ne me demande pas d'être Thétis
Et retirer de ton talon léger
La flèche fatale.

Dans la clairière de la trahison
Lorsque tu dormais
J'ai déposé entre nous l'épée d'Arthur, 
Pour ne pas toucher ta lance aigüe.

Dans ta bouche amère
Je goûte le philtre d'Yseult
Et m'empoisonne
Pour te rejoindre dans tes chimères.

Mais ne me demande pas
De baiser tes lèvres froides
dans le tombeau de Vérone.

Je veux bien être Manon
Et te trahir chaque nuit
Si dans nos jours tu me rejoins
Pour respirer nos corps aimants.

Je te laisse boire le sang
De mon cou meurtri
Et s'il le faut je me damne
Pour gagner l'éternité avec toi.

Mais ne me demande pas
De quitter mon enfant
Ou je glisserais sous la roue du destin.

Entre les pommiers en fleurs
Je devine ta bouche
Et je creuse ma côte mâle
pour sculpter tes hanches.

Dans mes voiles maudits
J'enroule ta tête et je la tranche
Si je peux goûter
A tes pensées rebelles.

Mais ne me demande pas
D'être Marie
Et porter dans mes bras ton sacrifice.


Photo : Yves-Marie JACOB -  La Ballade d'Holga

Publié par felixmartin à 19:23:14 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

l'Afghane | 12 avril 2007

Dimanche après-midi au parc. La foule du dimanche après-midi, en fin d'après-midi, au parc. Les manèges éclairés, le soir descendant. Au faîte des arbres, le soleil s'affaiblit, large cercle rouge et orange, paternel comme un vieux paysan en hiver pressant ses oies jusqu'au hangar. Les enfants roulent très vite, arcboutés sur des tricycles, pour monter jusqu'aux cieux. Un couple de corbeaux, très haut perché sur le plus haut des arbres de la pelouse centrale, se tient immobile, fixant un point d'horizon qui pourrait tout aussi bien se trouver figer dans leur cervelle d'oiseau. Un vieil homme assis sur un banc les fixe tout autant. Voix rythmée par le vent de janvier, il énoncerait l'oracle des corbeaux.

Les allées sont humides et grasses. Les enfants piétinent le sable et s'éclaboussent de boue. Je reste debout au centre de la grande pelouse, caméra sans mémoire je visionne les branches dénudées, cristallisées sous janvier, les voix de la foule qui n'en finit pas de parcourir les allées grasses et humides du parc, un dimanche en fin d'après-midi. Un homme et une femme, sourires, se cachent derrière le tronc d'un arbre pour jouer avec leur enfant. Deux hommes marchent côte à côte, l'un écoute, l'autre parle et ils se tiennent ensemble, parcourant la même idée.

Au centre de la roseraie, l'ancienne roseraie, la statue au puits s'est encore polie : les formes des seins et de la bouche sont atténuées et l'index, hier dressé vers le ciel, est aujourd'hui brisé. L'avant-bras est fracturé et la statue au puits, muette, regarde les passants dans les allées grasses et humides. Elle a gardé le même visage paisible avec une certaine trace de mélancolie que la caresse de la pluie, après tant de jours, a déposé sur ses joues.

J'ai dans la tête l'idée d'un paradis. L'idée seulement. Avancer solitaire et emplie d'un monde qui se passerait bien de la foule des allées grasses et humides. Le soir descendant me guide vers l'apaisement final jusqu'à ce pigeon blanc qui s'envole devant moi. Les Afghans croient que les pigeons blancs sont habités par des esprits. Dans le moment de ce crépuscule, j'aimerais être afghane.

Publié par felixmartin à 17:36:10 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Le vieil Arita | 11 avril 2007

Comme lui, je n'ai pas été sevré et chaque nuit la longue marche reprend jusqu'à l'apaisement qui ne vient pas. Dans ces jours de lumière et de vent, l'apaisement vient d'une bouche inconnue, d'une main étendue sur la natte tressée. En ces jours dans l'ailleurs, l'apaisement vient de ce sourire sans ombre jeté par-dessus les foules envieuses. En ces jours suspendus entre l'horizon africain et la pesanteur de l'Europe, je parcours cet espace plein de ses pas et de ses longues jambes porteuses d'apaisement.

En ces jours, courts de quiétude, que l'arrivée de la nuit avec son cortège de désirs inassouvis efface, je ressemble au vieil Arita, étendu sur la couche de sa jeune épouse et criant de toute sa déraison, plongeant la maison dans l'effroi des ses cauchemars insatiables.

Tout autour, le groupe d'enfants noirs abandonne sa curiosité à cette page écrite. Leur mère ou petite mère porte sur la tête la hachette qui coupera les pousses de bambou dans le champ où son époux sera porté jusqu'à sa dernière demeure.

Publié par felixmartin à 21:17:34 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Le rire et le propre de l'homme | 11 avril 2007

Rire. C'est l'ultime arme des hommes. Rire à l'univers.
L'univers ne rit pas. Il est sérieux, face à son devoir.
L'homme n'a aucun devoir, il est né d'une force suprême qui a nié la liberté.
Ce mot d'ailleurs n'existait pas.
L'instance suprême avait tout simplement oublié de programmer la notion de liberté.
Quand l'homme l'a découverte, elle a refait ses calculs, trop tard.
L'homme en rit encore.
 

Publié par felixmartin à 20:47:50 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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