Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Le roi Océan et Nessoa la sorcière | 03 juin 2007

Océan - Je me souviens des jours anciens et je m'enivre de leur fuite insoutenable. Quelle couche choisirai-je cette nuit ? La tienne ?
Nessoa - Je ne suis pas une de tes passantes. Je viens de ton passé, Océan. Arrête de boire, tu es ivre.
Océan - La terre boit la pluie, la mer se désaltère au passage des brises, le soleil boit la mer. Pourquoi me défends-tu de boire ? Je me clarifie pour le bien de mes troupeaux, pour le bien de mes peuples ! Aurais-je bu du Soma ? La boisson me soulève comme un vent furieux. Aurais-je bu du Soma ? Je vais frapper sur la terre à grands coups, soit par ici, soit par là, pour la détruire ! Aurais-je bu du Soma ? Je suis grand, grand, me voilà dressé jusqu'à la nue. Je goûte au feu. Aurais-je bu du Soma ? Ou bien aurais-je bu avec déraison le lait brunâtre de l'haoma, ou bien avec esprit la bière de mil ? J'aime les mélanges. Et quand j'ai trop bu, la vessie pleine, je pisse le Soma palpitant, je pisse sur la terre, je pisse sur la race humaine. Ecoute ce qui me ronge, Nessoa. Toutes ces boissons me lassent comme les créatures femelles, femmes, nymphes, sorcières, me lassent aussi. Il me faudrait de nouveaux breuvages, du sang neuf ! Je choisirai le vin du Caucase pour fêter les fiançailles de ma fille. Nessoa, je me souviens. Notre amour n'était-il pas meilleur que les breuvages de l'oubli ? Cette nuit, ma sorcière superbe, reprends ton vieil amant pour jouer comme avant à nos jeux d'amour.  Nous pourrions y croire de nouveau. Laisse-toi conduire par Océan, belle Nessoa. Rejoins ma couche pour cette nuit et si tu le désires pour les nuits à venir.
Nessoa - Je croyais que tu voulais goûter des saveurs nouvelles ? Que ferais-tu de ta vieille maîtresse ? Que cherches-tu encore Océan ?
Océan - Moi rien, rien du tout. Et des royaumes s'élèvent et des royaumes s'effondrent, ainsi soit-il. Mon ivresse m'inonde de folie, Nessoa. Je me laisse griser par toi, captivante sorcière à la voix fêlée. Ta couleur de guerre sied à mon incertain combat à moi-même. Tes charmes extrêmes rassurent le rythme anxieux de ma démarche. Je me rends à toi. Fais-moi oublier toutes mes dissipations. Je voudrais enlacer encore une fois ta taille et basculer ton long corps pour qu'un baiser silencieux taise toutes les vaines paroles. Dis-moi que je suis encore ton tendre amant.
Nessoa - Comment puis-je croire au sérieux de cet instant ? Je te vois déroulant tous les chemins d'hier. Pourrais-je me retrouver face à toi, nouvelle, m'appuyant sur l'équilibre prodigieux du passé accompli ?
Océan  - J'ai trop bu, cela me donne de la puissance.

Publié par felixmartin à 20:32:59 dans Variations sur Ondine | Commentaires (0) |

Qu'est-ce que t'as ? | 02 juin 2007

Qu'est-ce que t'as à chialer comme un gosse dans le noir ?
Notre amour n'a jamais cessé, qu'elle m'a dit ce matin au parc.
Votre amour ? La bonne blague, il a jamais commencé avec ta brune, qui te court après et qui te lâche au premier courant d'air. Allez, viens, on va chez Jo bouffer.
Qu'est-ce que t'as encore à soupirer devant ton plat chaud là dans notre bistrot de tous les jours ?
Tu es mon unique, qu'elle m'a chuchoté à l'oreille.
Unique, ça c'est vrai t'es unique avec ta gueule de mac et tes mains de chaudronnier.
Qu'est-ce que t'as encore à revoir ce film d'amour, autant quoi encore ?
Tu seras mon mari, je serai ta femme.
Ouais, t'en fais un beau de mari ! Même pas capable d'enfiler deux verres sans être saoul.
Qu'est-ce que t'as encore à brailler son nom dans la rue, c'est pas ça qui te la fera revenir. Viens on va rater le tramway.
Elle m'a dit que mes baisers sentaient le miel.
L'anis, oui, l'anis. Tes sucettes ont le goût de l'anis, mon pauv'gone.
Qu'est-ce que t'as à pas vouloir marcher ? Allez viens on sera bien chez la Véro. Au moins, y fera chaud et y aura des filles.
J
e pense à toi qu'elle me dit mais elle se retourne jamais quand elle part. Je peux pas dormir, je peux pas manger, je peux pas baiser, elle est là dans ma tête, elle est là dans mon assiette, elle est là dans les yeux des hommes. J'ai plus qu'à crever comme un veau. Laisse-moi mon Pierrot. Je ferai la vie ou je ferai le mort.

Publié par felixmartin à 21:41:30 dans Nuits blanches | Commentaires (3) |

Elle est revenue | 01 juin 2007

 

Je l'avais pourtant cloué au sol. J'avais même réussi à l'enterrer comme la hache. De guerre lasse elle s'était évaporée. Même pas un nuage. Rien. Rien. Que du palpable, du réel, de la journée à s'emplir les poumons, le cœur et tous les organes. J'avais fait le ménage, j'avais balayé devant ma porte. Rien, rien, je n'avais rien laissé au hasard. Changement de métier. Changement de ville. Changement d'habitude. Elle avait renoncé. Elle était restée sur le bord des chemins de poussière, elle s'était recroquevillée dans les caniveaux gras des cités. Elle avait fini par rouiller, par être oubliée, par s'oublier à elle-même. Le soleil pouvait se lever après la nuit, aucun nuage à l'horizon. La simplicité. La naïve vie sans ombres. Putain, j'avais tout juste. Tout était bien à sa place, l'arbre à fleurs, les poissons dans le bassin, le balcon ensoleillé. Tout. Vous savez bien ce que je veux dire. La vraie vie quoi, celle qu'on met en vitrine, pour dire, regardez je n'ai plus d'ombre. Je n'ai plus d'égarements. Plus de friture dans la ligne. Même pas peur. Même pas du faux. Non, rien que du vrai, rien à dire sur le divan, tout lisse, tout joyeux. Pleinement disponible à la vie. Jusqu'à oublier qui on est. Là dans le virage, putain, la garce, elle m'a reconnu. Elle m'a sifflé. Elle m'a plaqué au sol avec ses empreintes. Elle m'a redessiné mes ombres. Putain, la voilà qui est revenue. Putain, je l'avais oubliée, j'avais oublié ses enserrements, ses enroulements, ses longues étreintes. Dire que les poètes se l'arrachent. Garce de mélancolie.


Elle se barre ce lone - YM Jacob
http://clubphotoromans.hautetfort.com/album/barcelonne/blog%20photo05.html

Publié par felixmartin à 20:43:21 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Et pourtant elle tourne | 31 mai 2007

Et pourtant, je l'aime
Comme la terre tourne
Comme j'aurais pu l'aimer
Si j'avais été moins fou
Comme on aimerait Van Gogh
De loin
Le laissant reposer
Au vent de ses toiles
Sa palette en couleurs
Caressant son oreille

Je me souviens
Viens sucer mes envies
Sifflait-elle à mes sens
Jamais assouvis

Je l'aime entièrement
Comme on aime l'absolu de la folie
Mais j'ai oublié
Que son entier est ailleurs
Mon avidité dévale ses pentes
Son offrande de chair ravage
Mes viriles jalousies
Son retrait permanent au monde
Irrite mes nécessités
J'ai le cœur qui lâche
Je suis lâche
Je la fuis
Je la rejoins
Elle ne me lâche plus
Je me souviens d'elle
Elle m'échappe
comme l'eau glisse entre les doigts
Ma douce, mon aimée, ma tendre
Elle joue de toutes les métamorphoses
pour me filtrer ses lumières
pour me philtrer ses magies
pour me flirter ses mystères.

Publié par felixmartin à 23:23:30 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

LE SCULPTEUR - L'apprentissage - 3 | 30 mai 2007

Le sculpteur était venu de la cité côtière, quelques jours précédant les vendanges à la demande du prêtre. Mon père, m'avait-on dit, était allé l'attendre au croisement des chemins et l'avait conduit chez nous. Tous les jours, à l'heure du lever, il montait au temple où je l'attendais, assise dans cette même posture. Cet étranger partageait le repas de mes parents, de mes frères. Il saluait mon grand-père, couchait dans la pièce du nord, la plus fraîche à cette époque de l'année tandis que moi, en un temps parallèle, j'étais servie par mes servantes dans l'enceinte du temple blanc. La blancheur. Tout devait être blanc dans ce lieu consacré. Les murs blanchis à la chaux, les chèvres immaculées, jusques aux chiens au pelage laiteux qui gardaient les moutons, dans les prés et qu'on admettait parfois le soir dans la cour. Un chat, qui avait installé son repère à l'abri des murs sacrés, avait eu le tact de porter une fourrure opaline et se promenait à son aise jusqu'à ma chambre isolée, depuis que j'avais pleuré parce qu'on voulait le faire fuir. Ses caresses étaient la seule fantaisie qu'admettait le prêtre, non sans s'interroger : les lois prévoyaient-elles une telle promiscuité ? Le sculpteur bougea la tête vers moi et je refermais les yeux.

Je revoyais ce jour où, le prêtre s'était avancé jusqu'à moi, encore une enfant, dans la salle qui servait d'école. J'étais assise sur un banc et tenait sur mes genoux un boulier en bois. Le maître nous apprenait à compter, à moi et à d'autre enfants. Un peu à l'écart, j'écoutais et reproduisais les mêmes gestes que lui, faisant rouler une à une les boules dans leur cadre en buis. Le prêtre se tint debout devant moi, les mains jointes sur sa robe en lin épais. Il avait esquissé un seul geste auprès du maître qui avait balbutié des excuses et avait entraîné avec lui les autres enfants qui me regardaient sans comprendre. Je levais mes yeux noirs, cernés, sur son visage soucieux et impassible, qui semblait dire : « je te pardonne, tu n'es qu'une enfant » sans que je sache très bien quel mal j'avais commis. Ma mère entra avec précipitation et parla de grand-père puis me prit la main et je ne retournai plus jamais à l'école.

Au bord de la rivière, mon grand-père m'expliquait la forme des poissons et leur donnait à chacun un nom. Depuis que le prêtre avait défendu ma présence à l'école, je passais mes journées avec lui. Il avait prétexté sa démarche difficile pour que je puisse le suivre partout autour du village. Un jour, il s'écria : « Puisqu'on te refuse toute connaissance, au moins tu auras celle-là. », et d'un geste circulaire, il avait désigné tous les champs d'oliviers et plus loin les montagnes bleues. Chaque jour, il m'apprenait le nom des fleurs, des arbres. Je devais chaque fois les toucher, les sentir. En plein midi, nous restions à l'ombre d'un chêne, nous mangions quelques olives avec une galette plate. Venait l'heure de la sieste. Nous restions silencieux. Mon grand-père s'était mis en tête d'écouter les feuillages. Sagement, j'écoutais avec lui et nous n'entendions rien, que le bruit du vent feutrant les feuilles vertes. Dieu en son lointain demeurait. Je fermais les yeux pour rêver sans dormir. Les images se bousculaient sans que je puisse les retenir. Toujours, lorsque grand-père me sortait de cette rêverie, je sursautais : j'avais oublié l'ombre et la vallée calme. « Nous avons terminé pour aujourd'hui. » Il essuyait la lame du couteau et la rangeait dans son étui. Le marbre prenait des allures de déesse. Une servante, qui jusque là était adossée au mur, derrière moi, me couvrit d'un long châle. Le sculpteur, selon les convenances, s'approcha de moi et baisa le bout de mes doigts. Je sentais sa sueur. Un instant immobile, il me fixa et je soutins son regard. Il était plus grand que moi, légèrement. Son buste sembla se pencher en avant mais alors il lâcha ma main et sortit. Une servante, qui était restée tout le temps de la pause à tisser et à nous observer dans un coin de la pièce, lui ouvrit la porte. Le chant des cigales emplit la pièce et ma tête bourdonna longtemps.
Maïs Expo photos de Lucien CLERGUE

Publié par felixmartin à 20:28:45 dans Le sculpteur | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| 45| 46| 47| 48| 49| 50| 51| 52| 53| 54| 55| 56| 57| 58| 59| 60| 61| 62| 63| 64| 65| 66| 67| 68| 69| 70| 71| 72| 73| 74| 75| 76| 77| 78| 79| 80| 81| 82| 83| 84| 85| 86| 87| 88| 89| 90| 91| >>