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Moiteur | 15 mars 2008

Se laisser brûler par le soleil. Etre moite, lourd, la tête sans pensées, peuplée de rêves au goût de chair. Voir la mer se fendre contre les flancs du bateau, vouloir la caresser mais ne pas se pencher. La mer glisse et nous oublie. Etre chaud, avoir des gestes lents et fixer les passagères. Fermer à demi les paupières et les surprendre à vous regarder. Jouer à les troubler pour être troublé soi-même.

Publié par felixmartin à 21:49:30 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Une journée particulière | 05 mars 2008

Nous n'avions pas rendez-vous. C'est certain. Tout a commencé ce matin d'avril, j'avais passé la nuit avec C*. Apaisée. Sereine ?  Peut-être pas. Au matin, il était pressé, une consultation dans son nouveau job de...

Non, ce n'est pas comme ça. Je ne peux pas commencer comme ça.

C'était une période de ma vie très troublée. J'avais vécu pendant plusieurs années avec A*, nous venions de nous quitter, j'étais paumée. Le premier homme qui passait...

Non, ce n'est pas possible, je ne peux pas raconter l'histoire comme ça. Ce qui est vrai, je n'avais pas rendez-vous. Aujourd'hui, mon fils est derrière cette vitre, dans une chambre d'hôpital, il a dix-sept ans et j'ai risqué de le perdre. Tout ça parce que, dans les premiers jours d'avril, il y a presque dix-huit ans, je n'avais pas rendez-vous. Qu'est-ce qu'on peut dire à son fils ? Qu'est-ce qu'on peut lui raconter qui soit racontable ? La vie n'a pas de logique. La réalité est sans valeur morale. Elle nous bouscule comme les boules d'un billard électrique.

Un rendez-vous ? Voulez-vous prendre rendez-vous ?

Ce matin d'avril, à 10h45, je montais les escaliers de la bibliothèque de l'université. C'était là que je croisai B*. Il y avait six mois que nous ne nous étions pas revu. Je ne savais même pas qu'il était de retour en France. Je ne passais jamais à la bibliothèque à cette heure et en général je préférais celle du campus. Il n'y avait aucune raison pour que je sois là quand B* descendait les escaliers de la bibliothèque. Il n'y avait aucune raison pour que je l'évite.

« Tu me tues ». Sa phrase dans ma tête quand nous faisions l'amour. Nous avons pris un café. Prendre un café. Nous n'avions pas rendez-vous. Nous sommes retournés dans mon appartement, un appartement d'étudiant. Cet appartement était banal, la tapisserie était verte ; sur un des murs une seule peinture : la dame en jaune, qui ne m'a jamais quittée. Le canapé était étroit, mon lit était défait. Le reste suivit comme chaque fois que je rencontrais B*.

Il faudra beaucoup d'années plus tard pour que je me lasse de son corps, pour que mon désir s'échappe et que je m'en étonne. En cette fin de matinée, nous avons repris nos échanges, là où ils s'étaient interrompus six mois plus tôt. Six mois, c'est long, six mois c'est court. Nous n'avions pas rendez-vous mais nos corps s'en souvenaient. Midi, nous avons pris le temps de déjeuner, de reprendre un café. B* repart. Il n'était jamais parti. Il n'est jamais resté.

L'après-midi, j'avais rendez-vous. Cette fois-ci, j'avais rendez-vous. Ou plutôt, A* venait de me téléphoner, il voulait prendre un café avec moi. Bien. Je l'attendais dans mon appartement. Je lui ai parlé de B*. Je n'aurais pas dû. Mais A* m'interrogea, s'interrogea, goûta par procuration à mes amants. Je faisais la pute avec l'homme qui m'aimait et que je fuyais cruellement. Il me quitta pour son travail, de nuit, il était veilleur de nuit pour payer ses études. Ca se fait quand on est fils de prolo. A 19 heures, il me laissa seule dans mon appartement. La nuit tombait. Je sortis. Pub anglais pour commencer la soirée. Je n'avais pas rendez-vous mais dans cet endroit, c'était certain, je retrouverais des autres.

C'est là que je croisai D*, c'était un étudiant étranger avec un accent charmant. Nous avions des amis communs, je savais que je lui plaisais. Nous avons passé la soirée ensemble. La nuit était tombée quand nous avons rejoint le jardin sur la colline qui surplombe la ville. Nous avons admiré le ciel, son manteau d'étoiles, les scintillements de la ville et ses atours. Nous avons marché pieds nus dans les pelouses du jardin public. Nous avons glissé. C'était fatal. Je ne me débattis pas. J'avais rendez-vous avec mon quatrième amant de cette journée particulière.

Qu'est-ce que je peux dire à mon fils dans sa chambre d'hôpital ? Je ne sais pas qui est ton père. Cette année-là, ce jour-là, d'une nuit à l'autre, je ne leur ai pas dit non. Est-ce que cela suffit à vouloir mourir parce qu'on a trop de pères dans les veines ? 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

 

Publié par felixmartin à 00:06:31 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Un p'tit air | 03 mars 2008

 
Lundi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince

Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Au lavoir j'fais la lessive de mes petits, je suis sortie

Mardi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince

Sont venus chez moi pour me serrer la pince
A la fontaine, j'puise l'eau pour mes marmots, je suis sortie

Mercredi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince

Sont venus chez moi pour me serrer la pince
J'cherche pour mes chérubins des baies sauvages, je suis sortie

Jeudi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince

Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Dans les vergers, j'cueille des fruits pour mes chéris, je suis sortie

Vendredi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince

Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Avant la pluie j'glane le foin de mes bébés, je suis sortie

Samedi soir
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince

Sont venus chez moi pour me serrer la pince
J'fais les ménages pour gagner leurs p'tites vies, je suis sortie

Dimanche matin
L'Empereur, sa femme et le p'tit prince
Sont venus chez moi pour me serrer la pince
Le temps est beau au jardin avec mes enfants, je suis partie

Le p'tit prince a dit
Puisque c'est comme ça
Nous ne reviendrons pas !

 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

 

Publié par felixmartin à 22:25:18 dans Si on chantait | Commentaires (0) |

Dimanche aux champs | 02 mars 2008

Je n'aime pas les promenades à la campagne. Surtout le dimanche. C'est déprimant. Vous quittez la ville, en suivant une file de voitures dont les passagers, comme vous, se sont donnés pour objectif de respirer l'air pur.

La seule promenade que je supporte, c'est celle qui me conduit au Parc. Les parcs et les jardins publics sont préférables aux champs. Avez-vous déjà fait l'expérience de trouver un lieu sans avoir à rouler des kilomètres ? Un lieu où l'herbe est tendre et verte, les arbres bien plantés ? Un lieu où, à coup sûr, vous ne croiserez pas une barrière en fil de fer qui vous oblige à l'enjamber au risque de déchirer votre costume neuf ?

A la campagne, l'herbe est grise, c'est de la mauvaise herbe, dure, tordue, jonchée de détritus, laissés par d'indésirables prédécesseurs. Et allez chercher des fleurs dans cet amas informe ! Quelques marguerites frêles et poussiéreuses, sorties de là comme par hasard, osant à peine se montrer. Et s'il vous prend l'envie, au mois de mai, de cueillir quelques muguets, à moins de venir très tôt le matin -ce que je ne saurais faire- vous ne trouverez rien. Vous gagnerez en revanche un lumbago à force de vous baisser, si ce n'est une avalanche d'éraflures, de coups de toutes sortes à vous être frotté aux broussailles et aux branches mortes qui encombrent nos forêts.

Quant aux animaux sauvages, ne comptez pas en surprendre, les chasseurs, c'est une évidence, les auront effrayés avant vous. Je ne vous parle pas des familles bruyantes que vous croiserez, ni de l'agacement que vous aurez lorsque, attablé à une auberge, on vous servira des crêpes à peine cuites où l'on vous fera attendre inutilement dans une salle sans goût, sentant le rance ! Il n'y a qu'à la campagne que vous trouverez de tels désagréments, vous ne me ferez pas changer d'avis. L'air des villes me convient et je ne comprends pas cet engouement pour ce retour à la nature. D'ailleurs, j'ai le rhume des foins et le printemps, tout comme l'été je fuis tout ce qui est vert et fleuri.

L'homme est fait pour vivre en société, ce n'es pas moi qui l'ai inventé. Un penseur l'a déjà dit, je ne vous ferais pas l'affront de préciser lequel. D'ailleurs, j'ai oublié son nom.

 

photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

Publié par felixmartin à 01:35:52 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) |

Come on | 29 février 2008

Come on baby
Ta main effleura mon coude à l'entrée du bar
« La route m'attend, suis-moi, lâche les amarres
Come on baby tu connaîtras le paradis »
Je n'ai pas fléchi, le cœur abasourdi
Nous avons parcouru le trouble de l'amour
Dans les nuits blanches en absence des jours

Goodbye baby
Tu as poursuivi seul tes chemins de traverse
Mes pleurs inassouvis imitaient les averses
Esseulé tu as goûté les baies des buissons
Esseulé tu as roulé dans les sombres limons
Esseulé tu as bu le blanc brouillard des étuves
L'enchantement touche à sa fin la nuit arrive

I love you baby
Aimer, dans quelle langue vive te l'écrire
Chuinter en allemand ou de l'anglais dire
Viens lover ton corps dans ma tanière
Tes nuits fauves se mêleront à mes lumières
Pour te chérir je choisirai l'italien
Je t'attends au seuil de notre rêve aérien

Baby come back
Les routes ont séparé nos sillons d'âme
Détache tes souffles grisés du macadam
Notre jardin d'hiver guette ton vrai retour
Du fond de ma vie je ne crains pas tes détours
Dépêche-toi le soleil a quitté le Sud
Je ne t'attendrai plus longtemps finis ta ronde.



photo : Richard Vantielcke LudImaginary
www.ludimaginary.net

Publié par felixmartin à 21:27:40 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

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