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Chaque matin, dès l'aurore, le sculpteur montait depuis le village jusqu'au temple. Du haut de la fenêtre du sanctuaire, je guettais son cheminement solide et solitaire. Je marchais avec lui dans ses pas. Quand il s'arrêtait pour regarder alentour la vue des dunes de sable qui encerclaient le village jusqu'à la mer, je mettais comme lui ma main au-dessus de l'arcade sourcilière pour voir, au-delà de la brume, l'horizon incertain flotter au-dessus de l'étendue marine. Je taillais le bout effilé du bâton qu'il avait laissé contre les pierres à l'entrée du temple. La première fois quand il leva la tête pour m'apercevoir derrière les barreaux en croix, je me suis rejetée vivement dans l'ombre de la chambre close. Après quelques jours, je lui souris sans crainte, avec cette confiance qu'on offre à un visage ami.
Le sculpteur était attendu à l'arrière du temple par les servantes qui s'empressaient de lui ouvrir l'entrée étroite. La porte se refermait, au dehors le monde s'éveillait. Les ânes se frottaient à l'écorce encore humide de rosée des arbres rabougris qui ornaient les champs, les femmes allaient puiser l'eau et les bêtes bruyantes dans les étables attendaient la traite. Un homme sur son perron d'ocre fumait l'échange du matin avec les dieux. Souvent le premier à prier était mon grand-père ; il avait entendu le sculpteur se lever et il se hâtait pour le saluer avant son départ. C'était lui qui avait surpris dans le visage du sculpteur les signes imperceptibles du changement. Il n'en fit aucune remarque, ni au sculpteur, ni aux villageois, ni même à moi. Dans la journée, quand il péchait, il murmurait « bien, bien » et c'était tout. A son retour de la pèche, il demandait à ma mère de préparer les poissons.
Rituel. Le sculpteur s'asseyait dans la cour fraîche du temple et les servantes lui offraient une boisson parfumée aux plantes des montagnes pendant que d'autres dans la chambre s'affairaient auprès de moi, la jeune prêtresse. Je tentais de me souvenir, du temps où je vivais paisible dans mon village, avant que le prêtre ne m'ait choisie.
à suivre
Publié par felixmartin à 22:14:52 dans Le sculpteur | Commentaires (0) | Permaliens
Africaine,
J'attache dans mon dos
Mon petit enfant
Antarctique,
Tu me magnétises
Dans tes éternelles glaces
Perdus, éperdus
Aux cimes de tes monts hallucinés
Pour la nuit des temps.
Photo : Michel UDNY
Publié par felixmartin à 21:19:37 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Roxane, Roxane
Approche
Ma belle à la peau brune
Aux odeurs moites d'Orient
Je suis là sur la muraille
L'aube va se lever
Je vois déjà ses doigts rosés
Posés sur les cimes enneigées
Le ciel blanchit l'horizon s'ouvre
Héphestion, Héphestion
Approche
Mon amant du bois sacré
Dis-moi, qu'y a-t-il là bas
Derrière les hautes cimes
Quels pays, quelles plaines, quelles vallées
Venez mes doubles
Approchez-vous d'A
Retenons notre souffle
La beauté de la terre respire
Dans vos corps mes deux amants
Je suis tantôt Roxane
Tantôt Héphestion
Je ne me lasse pas de passer de vous à moi
Mes compagnons d'âmes
Je vous garde à moi
Gardez-vous à moi.
Ne vous gardez pas de moi.
Publié par felixmartin à 17:31:15 dans Alexandre le Grand | Commentaires (0) | Permaliens
Je reste seul de nouveau à la terrasse de ce café afghan et bien malgré moi je poursuis mon message. Fahim est reparti et m'a laissé seul pour une attente incertaine, nous avons besoin de laissez-passer pour quitter Kaboul et rejoindre Balkh.
Je me souviens d'une autre terrasse où j'étais assis, mais c'était à Arles, en 1998. J'étais arrivé le matin même, par TGV, pour assister au festival d'Arles. Chaque année, je passe par Arles, c'est indispensable pour me ressourcer, retrouver des professionnels et des amateurs de photographie. Ma communauté en quelque sorte. Cette année 1998, j'étais spécialement venu pour la rétrospective de Josef Koudelka. Ce photographe vivait à Prague en août 1968, lorsque les chars soviétiques ont envahi son pays. Une décennie plus tard, j'ai vu les mêmes chars en Afghanistan. A chaque fois, le monde les a laissés passer.
A la sortie de cette exposition, je ne regardais pas autour de moi, j'étais encore plongé dans les photos d'exil de Joseph Koudelka, aux univers si réalistes qu'ils en deviennent oniriques. J'avais le vertige. Quand enfin, j'ai relevé la tête, en face de moi avançait un homme ou plutôt un jeune homme, au regard glacé. "Si jeune est déjà absent au monde, pensai-je ?" Quelle fatalité l'avait frappé ? Il s'approcha encore et tout à coup, son visage se transforma : "Vous ici ?" Etait-ce à ma vue que le jeune homme redevenait vivant ? En tout cas, son regard absent s'illumina. Je me retournai, pas tout à fait convaincu qu'il s'adressait à moi. "Vous, c'est bien vous ! Vous êtes bien Régis Touzet ?" C'était bien à moi qu'il parlait.
Publié par felixmartin à 20:34:50 dans Les fils d'Omer | Commentaires (0) | Permaliens
De l'autre côté de la mer, sous les forêts d'oliviers aux têtes folles, je pense à lui. Je m'étendrai contre son corps comme la mer allonge son écume contre le flanc de la crête. Et je me souviendrai de lui, tout au long des jours, tout au long des nuits.
J'entendrai sa bouche prononcer à mon oreille les mots d'amour dont il a tant usé déjà. Je sentirai dans ma bouche ses doigts de lumière.
Le dieu amour a posé son talon sur une colline verte et de cette empreinte est né celui que j'ai aimé avec tant de maladresse, de silence et de tendresse. Celui dont je voudrais raconter l'épopée.
Publié par felixmartin à 20:24:12 dans Les fils d'Omer | Commentaires (0) | Permaliens
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