COVALEJE
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Il a jeté son filet sur moi. Je ne demandais rien à personne. Il est entré et a parlé à mon âme. Enfin mon âme. Alors j'ai fondu comme le sucre dans le café. Après il ne restait plus qu'à ajouter la cuillère et boire jusqu'à la ... Plus de sucre. Juste le sang sur la clé de Barbe bleue.
Après ça, j'essaie autre chose. La musique, la radio, la TV, même les feuilletons américains, les terrasses de café, le saut par-dessus le parapet du pont au-dessus du fleuve ou par dessus la gouttière du toit de la maison d'en face, n'ont rien effacé du tout.
Au fond d'un vieux livre, j'ai trouvé le vieil Henry qui apprend le japonais pour se coller contre la jeune Hiko qui chante dans le piano bar les feuilles mortes en japonais. Enfin, un craquement.
Publié par felixmartin à 22:07:37 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Ce sourire, premier, que tu m'as lancé. Depuis ma mémoire veille et répète le mouvement de ton visage contre mon visage.
Aujourd'hui je te vois, penché sur elle, effleurer sa joue avec tes yeux sourire. C'est une musique indienne qui revient à chaque mouvement de vos joues, unies, gardant cette union dans l'espace créé et solide après le baiser.
Je reste dans votre espace pour sentir le goût de votre abandon. Sa lumière me réchauffe dans les nuits et je m'aveugle à fixer, dans le silence, les silhouettes de votre abandon que je respire. Et votre baiser. L'amour ce soir-là est posé sur vos bouches et bien après enveloppe le temps.
A certaines heures, un cauchemar revient précipitant ton visage loin du mien après le baiser sourire. Ma tête vide s'alourdit et, vertige, s'éclate contre les dalles fluides. Je ne sais pas combien de jours parviendront à effacer les scories de tes lèvres sur la peau de sa joue.
Quand je me suis avancée jusqu'à toi, je savais tout cela.
Publié par felixmartin à 21:08:06 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens

Si par une nuit d'hiver un voyageur approche du palais, Omer, le vieux prince des lieux, s'inquiète. Quand il entend les pas du voyageur, il regagne la bibliothèque où il retrouve l'enveloppe jaune, restée ouverte tout le jour sur la table. Les traces d'hier blanchissent pour disparaître, se décomposer avec le temps et ailleurs construire des palais. Le palais d'Omer est ouvert aux quatre vents. Le voyageur ouvre la porte d'honneur d'un geste effronté, des glacis glissent le long des murs, les lustres mats s'auréolent de toiles d'araignées absentes. Le voyageur marche en écho dans les salles désertes. Sa voix résonne dans la buée froide de l'hiver. Bien au fond, l'hôte des lieux, crispé dans son fauteuil sans confort, se révulse à l'imminence de l'intrusion fatale. Omer voudrait arrêter la venue de cet autre, inconvenable. Dans son monologue inquiet, il tente de chasser l'intrus dont les pas retentissent de salle en salle. Quand la dernière porte qui les sépare s'ouvre sous la poussée magnifique et insolente de l'étranger, le vieux prince, affaibli, le visage blanc aux traits durcis, esquisse un geste pour repousser celui qui va apparaître. Il s'affaisse soudain, le bras tendu, tremblant pour écarter sans y parvenir le téméraire.
Les yeux clos, Omer sent la mort qui approche. Il entend ses pas pressants sur les planchers, son souffle glacé parvient jusqu'à ses joues blanches. Quand la main douce et pleine se pose sur son avant-bras, il tressaille. L'étranger parle, il demande s'il peut aider le souffrant. Le vieil homme lève la tête et ose regarder celui qui est venu. Devant lui se tient un jeune homme, beau comme un ange. Omer pâlit davantage à la pression de la main et du regard. Toute sa vie, il a attendu la venue du jeune homme et de l'énigme. Maintenant, l'étranger se tient là devant lui, chuchotant des paroles apaisantes. Le vieux prince regarde pleinement maintenant cette figure et cette silhouette rassemblant les sens de la vie et de la mort. Omer tente de se lever, soudain réchauffé. La main du jeune homme l'aide puis il ne sent plus la pression amicale, ni le regard interrogateur et chaleureux. Dans la pièce il se retrouve, debout, seul. Le vent a poussé la porte. Omer relit le message glissé dans l'enveloppe jaune : the yelow bird... et la suite du message est effacée par ses propres larmes.
Publié par felixmartin à 23:58:14 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
Tu te tiens lové dans un coin de la pièce,
Bougeant, respirant à peine.
Ton odeur de peau jusqu'à moi.
Tendu vers l'ailleurs,
En dehors de tout lien avec l'extérieur immédiat,
Tu te livres aux sortilèges concentrés en toi.
J'aspire à pénétrer ta peau granit frissonnante.
Publié par felixmartin à 21:05:54 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) | Permaliens

Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Toutes les excuses que l'on donne
Sont comme les baisers que l'on vole
Il reste une rancœur subtile
Qui gâcherait l'instant fragile
De nos retrouvailles
photo : Yves-marie JACOB
Publié par felixmartin à 21:54:47 dans Si on chantait | Commentaires (0) | Permaliens
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