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Sur l'île aux deux mers, pendant que Robinson, dans sa cabane, respire les poudres d'or des lys, Or et lys, un drame se trame : dans les souterrains secrets, Vendredi attache à son cou des chaînes de coquillages. Il glisse. Au secours ! Au secours ! répète l'écho. Robinson accourt pour détacher son unique compagnon qui pend stupidement au bout de sa corde de fortune. La vieille lame de Robinson ne coupe plus rien. Ouf, la corde casse. Vendredi tombe et gueule comme un veau après Robinson : 'me laisse pas tout seul, au fond de ce trou, j'ai peur la nuit tu sais.' Robinson se marre et Vendredi rit de toutes ses quat' dents. C'est bon d'avoir un unique compagnon ! Quel privilège, pense Robinson en tranchant la noix de coco. Cette nuit, ils s'endorment dans la cabane au goût d'or et de lys. Vendredi grogne un peu, il se retourne sur ses feuilles de palmiers, ça gratte dans le dos. A quoi rêvent-ils ?

Publié par felixmartin à 22:09:20 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) | Permaliens
L'air dans la robe
Se dérobe ou s'enrobe
Une lettre manque
Petit a de Conchita
L'unique objet
De mon obscur désir
Voyage dans la cité
Si grecque à mon cœur.

Publié par felixmartin à 22:37:39 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Décor de lune, Eros
Peut-être
Bien lové dans nos cœurs
L'amour assurément
Trouble de la rencontre
à venir
Les cils en battements accordés
Soufflent le même assentiment
Nos bouches muettes
Silence
Conservent les secrets révélés
Par le tremblement de la main.
Publié par felixmartin à 13:36:19 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par felixmartin à 17:55:14 dans Nuits blanches | Commentaires (1) | Permaliens
Marie se fait plus pressante, perdue dans son horrible rêve. C'est venu soudainement, quand elle lui verse le café chaud. David a perçu le grain de sa peau au-dessous de la ligne blanche du cou. Un battement. La trace des crocs dans le cou. L'avidité de Marie le glace. Il ferme les yeux et se balance sur sa chaise, comme lorsqu'il était enfant, cherchant au fond de lui le cri et le pleur étouffés. Elle pose sa main sur la sienne. Il se met à trembler si fort que la tasse sur la soucoupe se renverse. Marie essuie le café. « Tu sais David que nous en arriverions-là. Je l'ai toujours su. Depuis le début. Ne te détourne pas, je ne reculerai pas, David. Nous ne pouvons pas échapper à l'ordre des choses. Tu l'as toujours su. Viens, donne-moi ta joue. Donne-moi seulement ta joue et tes doigts. » Il baisse la tête, se tait et ferme les yeux. Mais il ne résiste pas. L'épée de Tristan a basculé dans le lac. Plus rien ne les sépare. Ni les hommes, ni l'histoire. Ils appartiennent à l'univers. Ensemble, ils basculent dans le grand oubli. Elle l'entraîne par la main jusqu'au grand lit. Il glisse, s'allonge à l'extrême, comme le plongeur dans les fonds marins fuselle son corps, baigné par l'eau salée. Contre lui elle s'étend. Ils ont gardé leurs vêtements et elle continue de parler. Sa voix devient grave. Elle n'est plus tendre, déjà elle se veut tout à lui, malgré lui, pour lui. Dans sa tête à lui, il se souvient. C'est un grand rideau tiré, il se tient derrière et il écoute le rire des adultes. Il pleure de l'autre côté du rideau toutes les nuits avant de s'endormir ou bien il s'éveille et il entend leurs bruits. C'était il y a longtemps, quand il était tout petit enfant.
Là, maintenant, dans cet après-midi de janvier, dans leur appartement, dans la chambre aux rideaux tirés, Marie ôte la chemise de David. Elle dévoile son torse de jeune homme. Puis elle remonte lentement sa robe au-dessus de ses genoux, au-dessus de son ventre, au-dessus de sa poitrine, au-dessus de ses épaules, au-dessus de sa chevelure. Il ne bouge pas. Immobile, les paupières baissées. Il n'entend rien. Il respire à peine, par effraction. Marie invente. Ça la rend furieuse, furieuse de lutter contre son détachement, furieuse d'être obligée de tout inventer. Dans sa tête surgissent des ordres auxquels il obéit sans les avoir entendus mais les mains de Marie parlent avec fureur. Il se défend à peine.
Elle presse maintenant sa peau contre la sienne. Il sursaute mais il permet. Il halète faiblement. Ses mains alors parcourent les épaules et le dos de Marie. Il la reconnaît sans l'avoir jamais connue. Il se rend à elle. Quand elle se sent vainqueur, elle devient vaincue et pleure en longs sanglots saccadés. Elle a tant attendu cette heure. Tandis que Marie pleure, l'effroi désirable heurte la mémoire de David. Le supplice est-il d'avoir résisté jusqu'à ce jour ou de céder inexorablement ? Il se sent glisser depuis sa haute colonne où tant de jour il s'est tenu, intouchable. Maintenant il se précipite, c'est lui et lui seul le premier amant. Il se déchaîne pour chasser les images anciennes, il a tiré le rideau et c'est Marie qu'il déchire, c'est Marie qui divague pour lui seul. Il s'enfonce dans son sexe dénudé qu'il n'a pas encore couvert de son regard. Pendant une minute, ils restent immobiles, une longue minute où leurs souffles se taisent, où leurs peaux se détachent. Une minute suspendue où se mêlent l'attente éperdue de l'inéluctable et de l'horreur où ils se retrouveront quand l'extase retombera dans l'impuissance quotidienne. Alors seulement, quand ils ont ensemble parcouru tous les mondes détruits, tous les lieux emplis des lugubres présages, ils osent se regarder et ne fléchissent plus jusqu'à ce qu'il retourne dans son ventre à elle et qu'elle ouvre toutes les portes pour l'accueillir. Elle est la tombe, elle est l'océan. Il la rejoint enfin comme au commencement. Marie pousse un cri terrible qui répond à celui de David, à leurs pleurs. Enfin délivrés, enfin immensément perdus. Le fils s'endort dans les bras de sa mère. Il ne la quittera plus. Le prodige a franchi tous les interdits. L'équilibre est arrivé.
David ferme les yeux et rêve d'un homme qui marche derrière un œuf plein. Lorsqu'il ouvre de nouveau les yeux, Marie a tiré en grands les rideaux et David contemple derrière les baies, le bleu du ciel.
Fin
Publié par felixmartin à 16:04:53 dans David et Marie | Commentaires (0) | Permaliens
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