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Le stade du miroir | 28 mars 2007

J'avais toujours vu le visage de ma mère se refléter dans les miroirs qu'elle collectionnait et qui ornaient sa chambre. Sur son bureau en noyer, elle avait disposé trois miroirs ovales : un miroir de style art moderne sur pied en fer forgé que j'aimais faire basculer, un miroir à main en vermeil et un miroir très ancien qui avait appartenu à une reine, c'est ce qu'elle me disait.

Le visage de ma mère était lumineux comme son sourire et sa voix douce comme celle d'un ange. C'est ainsi qu'elle m'apparaissait et chaque soir elle me rejoignait dans ma chambre pour me raconter une de ses petites histoires merveilleuses que j'écoutais en silence. Toutes ses histoires commençaient par : « Ma petite fille d'amour chérie, c'est l'histoire de ». Il y avait des histoires de fées, de sorcières, de petits poucets, de loups. L'histoire que je préférais c'était celle d'Alice quand elle quittait le monde vrai pour le monde derrière le miroir ; il y avait aussi celle d'Orphée qui traversait les miroirs avec ses gants en peau d'antilope. Mais ce conte me faisait pleurer parce qu'Orphée perdait toujours Eurydice. Dans une autre histoire maman me parlait de Narcisse qui se penchait trop au-dessus du miroir de l'eau et qui se noyait. « Comme Ophélie », me disait-elle mais je ne savais pas qui était Ophélie. Elle m'expliquait qu'Ophélie se noyait parce qu'elle aimait trop le prince du Danemark. Le plus terrible c'était le miroir de l'affreuse sorcière dans Blanche Neige. Tout cela n'était que prétexte à rester le plus longtemps possible avec ma mère mais j'avais quatre ans et papa arrivait toujours à la fin de l'histoire ou presque pour nous rappeler que je devais dormir.

Et puis il y a eu cette journée terrible où papa, tout seul,  me coucha dans mon lit parce que ma maman était partie très loin dans le ciel. Papa n'avait même pas essayé de me raconter une histoire, sa gorge était toute sèche et ses yeux pleuraient très forts. Les jours qui suivirent étaient sans goût. Je ne savais plus manger et ma mamie me forçait un peu à avaler des yaourts nature avec du sucre.

Le soir, j'allais tout doucement dans la chambre de ma maman, même si elle n'était plus là. Je me promenais et j'essayais de voir son visage dans tous ses miroirs. Mais les miroirs ne savaient plus réfléchir, ils avaient perdu la mémoire. Je regardais mon visage et je ne le reconnaissais pas, je touchais mes joues, mon front, mon nez avec mes doigts pour être sûre que j'étais bien là devant le miroir. Peut-être que moi aussi j'étais partie avec maman. Je faisais des grimaces, j'écarquillais les yeux. Mais le miroir n'arrivait toujours pas à réfléchir.

Un soir, fatiguée de l'attente, j'avais dû m'endormir parce que bientôt, je sentis la main de maman dans mes cheveux et sa voix douce à mon oreille. Elle me disait de regarder le petit miroir à main ovale qu'elle gardait dans le tiroir de son bureau. Je me levais doucement. J'ouvrais le tiroir et là, dans le miroir, je revis son visage souriant et à côté du sien il y avait aussi le mien qui ne pleurait plus. « Tu sais je ne resterai pas toujours dans ce miroir mon bébé, mais chaque fois que tu auras besoin de moi tu fermeras les yeux et tu me verras dans le miroir de ton cœur. » Je l'avais retrouvée ! Depuis ce jour j'ai gardé sous mon oreiller le petit miroir ovale. Quand parfois je suis très triste, je ferme les yeux et dans mon cœur il y a toujours le visage de ma maman qui me sourit.

 

photo : Yves-marie JACOB

Publié par felixmartin à 21:48:52 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Naissance des légendes | 27 mars 2007

Je suis une légende

Ce 12 juin 1515, en plein cœur des Balkans, à Baba Gaïa, enfin en Transylvanie, comme on dit aujourd'hui, j'arrivais au bout de mes jours. Il me fallait trouver un refuge. J'avais réussi à supprimer ce dominicain allemand, crétin comme tous les extrémistes, dangereux à force de soif de vérité, qui avait détruit toute ma famille en une seule journée parce qu'elle avait eu le malheur, dans ces temps de folie, de lui déplaire. J'avais donc décidé de rester au cœur de cette Europe, entre Danube et montagnes sacrées, qui a vu naître Orphée.

Je me sentais un peu chez moi dans ces vastes plateaux traversés par des eaux souterraines, ponctués de citadelles fortifiées où les paysans trouvaient refuge sur les pics rocheux contre les envahisseurs, Tatares ou Turcs selon les époques. Hérodote avait raison de dire que les Gètes sont les plus braves et les plus droits des peuples thraces. Avec leur épée recourbée si tranchante, leur petit bouclier de forme carrée, et leurs jambières qui montaient jusqu'aux cuisses, sans oublier leur casque à rebord, les guerriers gètes avaient de l'allure ! Je n'ai jamais vu guerriers plus heureux quand ils allaient au combat ! Pour eux, la mort est plus gaie que la vie puisqu'ils vont retrouver leur dieu ! Cela n'a pas toujours été vrai.

Il y a très longtemps de cela, lorsque je suis arrivé chez les Gètes, je leur ai dit : « Il y a une vie après la mort. » Mais les Gètes ne m'ont pas cru et pour me le prouver ils ont bien failli me tuer, enfin me tuer, presque. Je me suis retiré dans les montagnes sacrées de Kaka et je me suis endormi trois ans dans une grotte au pied de la Varful Omu, autrement dit la pointe de l'homme. Ne me demandez pas si son nom a un rapport avec celui que je porte aujourd'hui, Omer. Je vous laisse seul juge ! A moins que ce ne soit moi qui lui ai emprunté son nom. De toute façon, j'ai souvent changé d'identité, de nom, selon les époques, les régions et les peuples que j'ai côtoyés. Mais Omer demeure mon prénom favori, pour sa sonorité, pour ses célèbres homonymes !

Lorsque je suis revenu de la montagne sacrée, les gens qui me croyaient mort me voient vivant. Ils se mettent à penser que je parle au nom de leur dieu suprême qui n'a pas de nom et que j'avais raison : il y a une vie après la mort ! Ils me surnommèrent, Zalmoxis, "celui qui est arrivé à la libération finale". La rumeur parvint jusqu'à Pythagore, qui vint à moi beaucoup plus tard. Nous avions les mêmes points de vue sur la vie, le cosmos et l'homme en général. Je crois que j'ai un peu influencé sa philosophie. Mais surtout je lui ai appris à soigner l'esprit avant de soigner le corps, c'est le Gète le plus célèbre, Orphée, qui me l'avait appris. Avec ses trois flûtes de bois, il parvenait à sortir des sons si mélodieux qu'il aurait pu rendre un homme immortel. Et je sais de quoi je parle !

Mais quittons cette antique période et revenons à notre seizième siècle ! Je décidais donc de me rendre à Bran, près de Brasov, où avait vécu un de mes vieux amis, Ambrus, peintre célèbre pour ses fresques de l'église en pierre d'Osztró. Ambrus, protégé par un prince valaque, Mircea le Vieux, m'avait conduit au château de Bran, en plein cœur de la Transylvanie, éloigné des combats contre les Turcs. C'était cinquante ans avant que Vlad l'Empaleur y séjournât entre deux pillages. C'est là que nous avons appris la victoire des Roumains contre les Turcs et nous y avons fêté la bataille de Rovine. Nous y avons retrouvé de vieux parchemins, laissés là par le chanoine Rogerius qui décrivaient les atrocités commises par les Mongols. Nous nous demandions si les nouveaux envahisseurs étaient capables de rivaliser en atrocité avec ces anciens barbares. Mais Ambrus ne se laissait jamais aller à la mélancolie, en vieux Gète qu'il était : « Il faut que le pain soit le plus croquant, le vin le plus vieux et la femme la plus jeune. » me disait-il quand on trinquait avec ce fameux vin roumain, Feteasca Neagra, le noir des jeunes filles. D'ailleurs, des jeunes filles nous n'en manquions pas, enfin celles que les Turcs n'avaient pas faites esclaves. Ce que nous préférions par-dessus tout c'étaient nos joutes oratoires où l'un comme l'autre nous clamions des légendes : « Le 29 décembre, méfiez-vous des loups qui ne meurent pas, qui viennent pour se nourrir de sang ! Accrochez de l'ail sur les portes pour chasser les mauvais esprits ! Et vous, jeunes filles, jusqu'à demain, tremblez ! Les mauvais esprits vous guettent ! Mais demain, à l'aube du jour de l'apôtre Andrei, les loups seront chassés par le  plus grand d'entre eux, par le plus sage. » Et ce peuple de bergers cavaliers, endurci par les guerres, tremblait d'effroi en écoutant nos contes emplis de superstitions populaires.

Le château de Bran, sur son piton rocheux, hérissé de mâchicoulis et d'échauguettes, voilà ce qu'il me fallait de lointain et de lugubre pour accompagner mes tourments, ma mélancolie dont je ne manquais pas en ces jours funestes. Lorsque j'arrivais au château, tout  était désert, l'empire ottoman avait dédaigné cette forteresse et les paysans préféraient désormais leurs champs alentour. A peine si un vieux gardien de moutons, bossu et fort laid, se tenait en dessous du rempart, laissant brouter l'herbe épineuse à ses ovins. Il ne leva même pas la tête à mon passage, peut-être était-il sourd ou muet ? J'entrais par le pont-levis, unique entrée du bastion, qui fort heureusement était abaissé, une des chaînes pendait d'ailleurs le long des murs verdissants. Dans la cour intérieure, on était à l'automne, et le vent dans ses contrées me pénétrait malgré mon manteau de laine. C'est ici que je décidais de m'endormir, au cœur d'un maître de la vie en pierre, oui c'est ça un sarcophage. Autant que mon endormissement soit confortable, en tout cas que je sois à l'abri des déluges et des calamités. Il fallait que je m'endormis pour oublier le massacre des miens.

Quelques siècles plus tard -je n'avais jamais dormi si longtemps- j'ai soulevé la dalle du sarcophage. Le comte qui habitait alors le château m'a accueilli sans poser de questions, c'était un original, un misanthrope. Nous avons séjourné ensemble tout un hiver de neige à nous raconter les périples de ses aïeux et mes périples passés. Voilà comment naissent les légendes qui ne sont pas celles que l'on croit. (à suivre)

Publié par felixmartin à 22:47:41 dans Les fils d'Omer Romanzini | Commentaires (0) |

Des soldats et des enfants | 27 mars 2007

Courbure de ton sourire jusqu'au bout du jour.


Quand les soldats en arme sont entrés, tu as serré la main de la petite. Tu ne portais en toi aucune violence sinon la souffrance lovée dans ton sang. Elle vaut bien toutes les blessures de guerre : la mort de la mère. Encore enfant, tu l'as sentie partir et ton amour jamais n'a pu retenir sa main blanche. Les soldats t'ont attrapé. Ils t'ont enfermé dans une caserne plombée.
 

Etendu sur le lit de ta cellule, tu attendais le rien. Ta torpeur n'accablait pas le ciel muet et la vie continuait sa ronde insignifiante. Sans révolte, sans pleurs, tu attendais que les soldats referment l'indifférence au-dessus de ton front.

Tu n'étais pas volontaire pour rejoindre leurs rangs. Ton sourire courbe jusqu'au bout du jour cachait tes larmes. Au bas d'un registre ils ont inscrit ton nom et dans leurs statistiques ils ont noté ta mort volontaire.

Publié par felixmartin à 00:10:01 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Les rendez-vous de Paris | 25 mars 2007

  

 

A la manière de....

 

Ce matin, tu marchais dans les rues de Paris au bras de la  collectionneuse. Vous avez croisé la femme de l'aviateur qui allait avec Pauline à la plage. Elles parlaient du beau mariage de la Marquise d'O.

Assis sur le canapé rouge, tu as caressé le genou de Claire et avec elle tu as aimé goûter à l'amour l'après-midi.

Dans les nuits de la pleine lune, tu m'as chuchoté : « Ma nuit chez Maud... » et tu as gardé le silence, comme Perceval le Gallois quand il a vu le rayon vert du Graal.

Est-ce un conte, un conte d'été qui s'est transformé en conte d'automne ou bien un conte de printemps qui s'est transformé en conte d'hiver ? 

Publié par felixmartin à 15:04:51 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) |

Mario Sironi | 24 mars 2007

 

 

L'homme et son visage

 

Un homme tient son visage à côté de lui au-dessus du miroir
Il le touche comme s'il était mort ou appartenait à un autre
Et qu'aveugle il cherchât à le reconnaître
Existe-t-il tout à fait cet homme derrière son visage ?

Publié par felixmartin à 17:36:04 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

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