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L'idée d'un amour | 07 mars 2007

Dans l'échappement incertain des jours en creux,
l'idée d'un amour jamais accompli chemine.
Le regard seul, ferme et lointain, illumine le voyage.
Las de la bonté fade et de ses faciles dons,
l'homme et la femme cherchent la magnifique
horreur de l'amour refusé, déjoué.

Guerriers désarmés dans les jardins de brume,
ils esquissent un duel à mort.
Deux faunes brûlants, deux cœurs de pierre
à force de sourires et de larmes
contraignent leurs désirs à la non-existence,
à l'arrêt des sens et des émotions.
En leur contraire, le couple sans union dessine les gestes de l'amour.

A l'infini, sans aveux, avec l'unique conscience de leur lutte
L'homme et la femme dans la violence absolue du renoncement
S'affrontent sans effroi.
Plus loin que la pâleur du baiser,
plus loin que la douceur des caresses,
plus loin que l'étreinte douceâtre.
L'homme et la femme, à l'encontre du cours fatal de la vie,
dans leur liberté mortuaire, réinventent la nature.

Publié par felixmartin à 22:08:04 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Portrait de Mona Lisa | 03 mars 2007

 

 

« Regarde la lumière et admire sa beauté. Ferme l'œil et observe. Ce que tu as vu d'abord n'est plus et ce que tu verras ensuite n'est pas encore. » Léonard de Vinci 

J'étais attablé à une taverne florentine en train de déguster une assiette d'affettati misti lorsque, contre toute attente, Léo entra, lui qui ne mettait jamais les pieds dans une taverne populaire. Sans attendre, dès qu'il me vit, alors qu'il ne buvait du vin qu'en hiver pour se réchauffer, coupé d'eau et aromatisé à la cannelle, chaud et insipide, Léo prit place en face de moi et se servit un verre de Chianti. Il était si agité, si exalté, que je ne cherchais même pas à comprendre comment il avait fait pour me retrouver. « J'ai reçu une nouvelle commande du marchand florentin, Francesco di Bartolomeo, tu sais un de ses riches notables de la ville, arrogants parce qu'ils font vivre notre cité, froids comme la bise parce qu'ils ne portent en eux que la sècheresse de leurs machines à textile. » Je ne pus m'empêcher de lui murmurer amicalement : « Léo, tu exagères, c'est toi qui as inventé à profusion, pour eux, ces mécaniques qui leur servent à tisser leurs brocards et autres étoffes pour mieux s'enrichir ! » Il m'interrompit et reprit tout aussi vite : « C'est vrai, c'était dans un moment de faiblesse. Je m'ennuyais, il me fallait trouver une nouvelle idée, la peinture dans ces jours-là me trahissait et j'ai étudié ces mécanismes pour dérouiller mon cerveau. C'est du passé. » Il rebut une gorgée : « Lorsque ce marchand est venu jusqu'à moi, j'étais profondément découragé à l'idée de peindre une fois encore une de ces femmes fades et soumises à leur riche et vieil époux. Je me suis donc rendu le jour fixé via della Stufa au domicile de ce Florentin, vêtu certes avec élégance mais, malgré qui respirait malgré tout, excuse-moi du mot, le parvenu ! Tout ça parce que ses lointains comptoirs croulent sous les épices et les étoffes soyeuses ! Don, ce jour-là, c'est à dire ce matin même, je tintinnabule à la lourde porte cochère. Des valets m'accueillent et devant moi ouvrent des portes lourdes, enchevêtrés d'angelots dégoulinants de feuilles d'acanthes, déplacent des paravents massifs, soulèvent des tentures lourdes, violettes à force d'être rouges. Je tente de suivre à grandes enjambées les deux valets à travers les corridors, les suites de pièces aux plafonds florentins. J'entre enfin dans une chambre, une chambre de femme, donc de l'épousée. Il m'avait prévenu : « Ma femme est jeune, très pudique, il ne s'agit pas de la déshabiller pour faire son portrait, soyez modeste seigneur de Vinci ! » Je m'attendais donc à découvrir une Florentine rousse, à la chevelure relevée en tresse arrondie autour d'un visage grave et parfaitement impavide, vêtue de soierie colorée, décorée de bijoux aux pierres énormes, pressant contre sa taille un enfant extrêmement remuant et pour tout dire un filou de fils de marchand ! Tu sais combien les passants dont je suis préfèrent un beau visage aux riches ornements. Donc j'entrais en soupirant, mon jeune valet Giacomo me suivant, portant le chevalet, la boîte à peintures et tous les instruments nécessaires à mon art. Je lui fis signe distraitement de dresser le chevalet là près d'une fenêtre ornée de tentures comme celle décrite précédemment, je ne te fais pas un dessin. Et là je vois le regard de Giacomo se figer soudain, il regarde le fond de la pièce, c'est vrai j'ai entendu une porte s'ouvrir, quelqu'un arrive. Je me retourne. Sers-moi un verre je te prie mon cher Omer et sers-toi aussi ; ce qui va suivre ne saurait te rendre la gorge... enfin, écoute-moi bien. »

A ce moment-là de son récit, Léonard était devenu livide, pourtant ses yeux pétillaient, que dis-je, ses yeux retrouvaient leur vivacité, ses yeux noirs, d'habitude lourds de fureur, rayonnaient à cet instant comme le regard bien plus tard de son Jean-Baptiste. Sa bouche d'ordinaire si fermée montrait des dents gourmandes et, à cet instant, j'en suis sûr, j'aurais pu lui tendre un gigot, il l'aurait mangé sans faire la grimace, lui qui déteste se nourrir de viande. Il dressait sa main droite comme pour désigner la vérité tombée du ciel. Il me fit le portrait d'une femme, telle que nous en rêvons tous : joyeuse, agréable, au regard limpide, empli de l'éclat de vie, des yeux bordés de cils de la plus grande délicatesse, le nez aux ravissantes narines roses et délicates qui semblaient souffler la vie même. Elle était vêtue d'une robe longue, moulante, tombant jusqu'au sol. Son corsage échancré laissait entrevoir sa chemise intime et découvrait sa gorge où l'on saisissait le battement de ses veines. « Mais cette charmante figure et merveilleusement ouvragée n'est rien auprès de l'âme que je sentais vibrer sous ses gestes, quelque chose de divin respirait dans sa chair. Dis-moi, a-t-on jamais terminé quoi que ce soit ? Cette femme avait atteint la sérénité, mon cher Omer. Dans la lumière du matin de Florence, elle apparaissait comme un mystère plongeant dans l'infini. Elle me salua et se présenta : Lisa. Cette femme au visage étrange et souriant parlait et sa voix me mit au supplice. Moi, Léonard, comment une femme pouvait à ce point provoquer mes cinq sens ? Elle regardait quelque chose en moi, derrière moi, elle semblait chercher dans mon passé. A cet instant j'aurais voulu la peindre en déesse de la beauté étendue sur une peau de léopard, ou en vierge bénie et immaculée. Je sentis combien cette femme saurait transfigurer mon œuvre. Je tenais en elle le mystère de l'humanité et je voulais à jamais l'immortaliser. Hélas je n'avais pris avec moi qu'un vulgaire panneau de peuplier très mince pour ne pas alourdir mon jeune valet et il m'était impossible d'attendre une deuxième séance pour commencer l'oeuvre ! Je suis en train de peindre une immortelle sur un bout de planche. Voilà ma folie ! Voilà à quoi je suis réduit pour ne pas interrompre le cours de l'art. »

Publié par felixmartin à 16:23:29 dans Les fils d'Omer Romanzini | Commentaires (0) |

Jour après jour | 02 mars 2007

Je parle de toi sans te connaître
Je t'écris sans voir
Ton regard posé sur moi
Je parle d'amour sans savoir
Si nous nous sommes jamais aimées.
Ma main tendue ne t'atteindra jamais
Et mes jambes ne me porteront jamais
Jusqu'à tes bras.

Tu ne reviendras jamais
Ce jamais qui grandit
M'ensorcelle.
Je n'ai plus ma raison
Parce que ta mort n'est pas raisonnable.

Les mots sont brouillés
Ils s'effacent tout doucement
Ils s'effacent au mépris de ma mémoire.
La vie grandit dans les jours qui passent
Et m'éloigne à jamais de ton souvenir.
Une photo et la mémoire des autres
Voilà ce que je garde de toi.

Et partout, dans la bouche, les yeux, les gestes,
Mon corps qui se tord,
Partout le souvenir de toi
Crie en moi
Et le deuil ne vient pas.

Publié par felixmartin à 23:51:53 dans Poésies lointaines | Commentaires (3) |

Le grand instant | 01 mars 2007

 

Le grand instant était advenu
Alors qu'il traversait le pont
Au-dessus du fleuve
Roulant sa froide caresse.

Le défilé des rapides nuages
En leur lointain
Ouvraient des passages de félicité incongrue
Des libertés asphyxiées.

Il avait traversé tout l'univers
Quand il posa le pied sur l'autre rive
Un grand oiseau noir flotta
Et son cri fendit tous les mondes
Abattus.

L'home frappé s'agenouilla
En pleurs et reconnut sa misère
Jamais oubliée.
Dans un dernier sursaut
Il gravit la montagne sacrée
Pour gagner l'apaisement
Ou pour tomber dans quel dernier abîme.

Publié par felixmartin à 22:33:19 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Les jours sans noms | 25 février 2007

A qui écrire cette lettre sinon à toi. Il y a le drap, son étendue, sa douce chaleur. Le silence de la nuit, de ma nuit. La ligne bleue sous les lettres posées.

J'ai le dos courbatu par ton attente. La pesanteur dans tous mes membres, la peau chaude, brûlante, épuisée. Le souffle coupé et les yeux lourds d'une fatigue sans objet. Au dehors, la souffrance du corps. Au-dedans, le silence quand les corps, juste avant l'abandon ultime, retiennent leurs émois pour le goûter, en ondes perlées. La bouche ou la paume, là où elles frôlent la peau, frémissent et répandent le lourd parfum du désir.

Je n'ai pas encore connu ton étreinte, ni celle de tes bras, ni celle de tes jambes. Je n'ai pas encore goûté à tes parfums, ni à celui de ta nuque bouclée, ni à celui de ta savoureuse aine. J'accroche à mes nuits l'écho de tes regards, les auras de nos corps. La flèche oblique d'un dieu ou d'un démon a planté dans mon cœur ton désir qui m'essouffle. Je m'étends nue sur le marbre des halls, pour ne plus connaître la fièvre qui transforme cette flèche en une multitude d'épines. Elles effleurent ma peau pour lui imprimer ton absence ou projeter ta présence imaginée.

Les heures douces du souvenir s'étendent sur l'onde de la peau comme le soir sur le lac aux nénuphars. Le souvenir a son parfum et ses bruits assourdis. L'amour passé reste l'amour, bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Le souvenir est une île solitaire que parcourt l'océan insatiable des jours gris pour l'émietter tout à fait.

J'aime l'orage et le grondement du tonnerre qui emplissent mon espace. Dans ce moment qui pourrait être menaçant, cette présence suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que, comme le ciel, je me libère enfin de la pesanteur des jours sans noms.

Publié par felixmartin à 17:28:35 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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