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Le patineur | 27 janvier 2007

Quand les images de Roda-Gil s'illuminaient sur les musiques de Julien Clerc, les patineurs oubliaient le monde....

Dans une ville où je passais...
Bien au nord du mois de Juillet,
Sur un grand lac, un lac gelé,
Un homme en noir glissait, glissait.

Il avait un drôle d'habit noir
Qui avait dû faire les grands soirs
De l'Autriche et de la Hongrie,
Quand elles étaient réunies.

C'était un échassier bizarre.
Il ne sort pas de ma mémoire.
Sur une jambe et jusqu'au soir,
Il glissait là sur son miroir...

Il patinait, il patinait...
Sur une jambe, il patinait.

Publié par felixmartin à 15:37:10 dans Si on chantait | Commentaires (0) |

Querelle | 18 janvier 2007


« Jusqu'à ce qu'un beau garçon venu de loin le pénètrerait par le corps et l'âme

Dans la rue, Hugo passe, tel un ange aux cheveux longs qui dissimulent sa figure aux traits fins. Le vent sur la digue enveloppe ses jambes, son cou, il entend la voix traînante des beaux garçons, comme leurs mains de couteau brillant. Et leur nonchalance quand ils sourient à rien, à eux ; quand leur dos roulé de muscles courts et lisses s'appuie contre le mur bas de l'hôtel, en lettres peintes, noires sur fond gris. La lune peut bien trancher la ligne du nez depuis l'arcade jusqu'à la bouche large : ils attendent. Quoi ? Plaire ? Ils sont la séduction. Aucun artifice, ils sont là et cela suffit. Le pied droit replié contre la façade et le genou pointe, dur et épais sous le flottement du pantalon.

Hugo voit l'un d'entre eux. Il tremble tout à coup : son  regard le  trahira. Sûrement que le gars le surprendra et se moquera. Et ses pas s'effacent dans la nuit. Non, il fait demi tour jusqu'à la façade grise. « T'as une cigarette ? » A peine une question, un rite. Oui c'est le gars, pas même un matelot, non plus un gigolo, un beau garçon, qui lui parle, à l'ange. « Je ne voulais pas ça, non, je passais », se dit l'ange à lui-même. Le beau garçon le regarde : ses yeux brillent, sans trace de mépris, à peine du l'étonnement. Ils sont là pour ça, à quoi bon tricher.

L'ange, c'est la première fois qu'il vient dans ces quartiers. Il avait lu quelque part dans les pages glacées d'un magazine que là-bas, les hommes attendent. Longtemps, la nuit, sur son lit défait, il imaginait les rues noires, le froid d'une heure. Et ceux qui se tenaient là, en quête. Le Graal brille dans la pierre noire de la vieille ville, ce n'est plus le sang du Christ qui s'écoule sur ses parois : des perles laiteuses. Les images déferlent dans la tête bouclée de l'ange. Des escaliers étroits, sales dans les coins. La lampe jaunie, le gardien qui tend la clé sans les regarder.

Le jour, l'ange  se promène seul sur les trottoirs de la ville ; il guette le ciel à travers les fils électriques tendus entre les rues. Sur le pont la sirène d'une péniche l'effraie. Contre le parapet il se tient : une large péniche béante remonte longuement le fleuve. Elle découvre ses cales rouillées et glisse au-dessous du pont qu'elle pénètre sans effort aucun, écrasant l'eau qui lisse ses flancs.

L'ange a frémi. Le gars a posé sa main sur son épaule : « C'est la première fois que tu montes ? » Sa voix est rauque ; on la dirait tendre. La bouche dans les coins est dure : deux plis imperceptibles la tire vers la mâchoire. Sous les pommettes, les muscles se tendent, creusent les joues et l'ange entend le même déferlement des muscles dans ses joues pleines. Sur la peau du gars la barbe est craquante. Initiation.

Publié par felixmartin à 23:22:14 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

La Robe, Robert Alexis | 18 janvier 2007

Sept rues se croisèrent,
trois coeurs se voilèrent,
un être découvrit l'amour.

Japka


Où s'arrête le rêve, où commence la réalité ?
Certaine rencontre infléchisse le cours d'une vie. Une nuit de septembre, cette rencontre s'est courbée en empreinte dans ma vie. Elle s'est lovée plus frémissante qu'un roman russe, plus absolue que le chemin de Damas, plus fidèle que la femme jaune assise sur le banc. Et je cherche encore mon identité, spirituelle, celle par delà les mots. Parce que cette robe, même si je ne l'ai pas vue, je la connais depuis longtemps. J'ai franchi la ligne auprès de son porteur.


« Le prix à payer pour ne pas se perdre, c'est cette « disharmonie » qui est en nous. »
C'est de Hugh Hudson



"C'est un lieu commun de prétendre que certaines rencontres infléchissent le cours d'une vie, l'orientent dans une direction jusqu'alors insoupçonnée. Plus rares sont les événements auxquels on ne peut accorder aucune place, qui restent en soi comme des lignes infranchissables. Bien des mots que me confia cet homme sont aujourd'hui oubliés, mais je conserve l'essentiel comme un troublant héritage. » Extraits
La Robe, roman, Robert Alexis, éditions Corti, 2006

 

Publié par felixmartin à 20:43:20 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Le pub rouge | 18 janvier 2007


Une nuit dans le pub rouge
J'avais trop bu c'est sûr
Pour oublier mon amant
Qui ne venait pas.
Les hommes s'approchaient
Guêpes autour du calice sucré
Je baillais d'ennui à l'autre
Qui se promenait ailleurs.

Ils causaient beaucoup cette nuit-là
Leurs discours s'épaississaient
Dans mes verres déjà vides
Le regard de l'un était trop exceptionnel
Celui-là attendait des vagues de tendresse
Cet autre avait la gueule
Ravagée par la cocaïne et le gin.
Toi tu avais les rides dionysiaques
Voilà bien pour sacrifier le cruel.

Pendant que tu touchais mes jambes
Je buvais encore et encore
Les verres que tu m'offrais.
Dans l'escalier ta main entre mes cuisses
On a attendu la porte refermée
Sur nous et le lit à peine défait.
Ma jupe juste glissée
L'éclair des nuits d‘été
Tout le corps et toute l'âme
Mouillé, palpitante
Et l'oubli de toi ne vint pas.

Publié par felixmartin à 20:38:55 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

La toile mauve | 13 janvier 2007

Sur la toile mauve de mes nuits incertaines
Ton message ne s'est pas accroché
Ou bien je t'ai manqué ou bien tu m'as manquée.
Pour être en pensée jusqu'à toi
Je circule virtuellement dans la ville aux deux fleuves.

Les pages de ton carnet se sont détachées
Tu as arraché les mots traînant comme des chiens
Pour mieux les enchaîner à mon esprit fiévreux
Quelle est cette fièvre au goût d'argile
Que les larmes d'hier absorbent ?
 
Je me souviendrais du temps où des brigands se pressaient
Dans ma couche d'épine pour troubler l'ordre et la loi.
Tu aurais touché mon genou, tu aurais effleuré mes lèvres
J'aurais sangloté à la seule empreinte
De ton épaule laissée là après ton départ.

Tes paroles seraient allées à d'autres
Tes pas se seraient pressés vers ailleurs.
Je ne t'aurais surtout pas guéri de tes doutes superbes.
J'aurais écrit en boucle des mots au goût de rose
Sur l'écran mauve des jours de Maud.



Publié par felixmartin à 21:08:43 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

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