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Emprunt | 13 janvier 2007

Le bruit  de l'argile élastique
Sous la semelle de cuir
L'herbe mouillée, tourmentée
Par l'épaisse chaussure qui se colle et se lace
Autour de la cheville.
Les nuits pleines de sons lointains
Où l'air se fait lourd.

Publié par felixmartin à 21:01:50 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

comment j'ai endormi mon amant avec Bouddha | 29 novembre 2006

Il n'y avait qu'une chose à faire et ce matin-là Isabelle avait choisi de faire tout le contraire. Cela avait même commencé la veille ou plus exactement depuis qu'elle connaissait Alain, son nouvel amant. Elle avait l'impression de vivre dans un film de Woody Allen, non seulement parce que Alain ressemblait physiquement à Woody Allen mais aussi parce qu'il agissait et parlait comme Woody Allen, enfin comme l'acteur dans ses propres films.
Comment Isabelle avait-elle pu devenir la maîtresse de cet homme-là ? Il venait chez elle avec son oreiller serré sous son bras. Il lui était impossible de dormir sans son oreiller, toujours le même, comme le ferait un enfant. L'autre question qu'elle se posait : pourquoi, alors qu'il était marié, qu'il avait une autre maîtresse, disons officielle, Alain lui interdisait-il d'avoir d'autres amants ? A la première question Isabelle savait qu'elle avait craqué, comme on dit, parce qu'elle était seule. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule, dans un appartement à elle, donc elle avait fait tout le contraire de ces résolutions et elle avait choisi Alain totalement par hasard. A la deuxième question, Alain avait lui une réponse imparable : « Tu n'as pas le droit de me faire ça, je suis abandonnique, tu n'as pas le droit. » 
Malgré l'interdiction, elle avait choisi pour amant, un jeune Islandais, prénommé Arni, qui était étudiant comme elle à la fac. Arni était évidemment l'opposé d'Alain : Isabelle trouvait Arni très craquant. Quand il lui fit des avances, vous savez le genre de phrases murmurées qui font frémir les femmes, elle oublia Alain –avait-elle jamais pensé réellement à lui ?- et ouvrit tout grand la chambre de son appartement pour accueillir avec gourmandise celui qui devint son deuxième amant.
Le lendemain de cette petite escapade, lorsque Alain frappa à sa porte et commença à lui redire à quel point il était abandonnique, elle lui souriait, non pas parce qu'elle se moquait de lui, mais parce qu'elle était encore pleinement envahie de sa nuit passée. De toute façon, elle était pressée, elle devait à quatorze heures passer son UV d'histoire moderne pour sa licence. « Alain, nous reparlerons de ça plus tard, je dois partir. » Mais Alain avait fermé la porte, bien décidé à la séquestrer ! Isabelle avait beau le supplier il refusait d'ouvrir. Il ne lui laissait pas le choix, elle n'avait qu'une chose à faire : coucher avec lui pour tenter de l'amadouer et après s'enfuir loin de lui ?
Elle préféra l'assommer avec la statuette d'un Bouddha en bronze. Alain respirait doucement, étendu sur la moquette du salon, il dormait comme un enfant. Elle prit soin de glisser sous sa tête l'oreiller (le même qu'au début, vous suivez ?). Toujours avec le sourire, elle plongea la main dans son veston, récupéra la clé de son appartement, prit ses affaires et sortit rapidement. Sur le palier, elle respira un grand coup et la lumière se fit.

Publié par felixmartin à 18:51:48 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

L'aigle est mort ce soir | 18 novembre 2006

Un grand aigle blanc étend ses ailes dans le ciel du soir.
Son oeil solitaire affecte des orages et un halo de douleur écarte chacune de ses plumes. Sous la tête brisée par la balle perdue se détache un duvet qui tombe dans le vent du soir jusqu'à mon pied et le caresse.

Publié par felixmartin à 21:48:42 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Lettre en instance. Impressions d'Afrique | 18 novembre 2006

Cœur de l'Afrique noire. Bière bouteille de pays. Chaleur et vent rafraîchissant. Solitude avec paysages nouveaux en décor. Je suis au cœur de l'Afrique. Dans une ville basse avec toute sa vie, ses musiques, ses bruits, ses vendeurs des rues, derrière leurs tables de bois aux pieds cassés mais tenant bons car la verticale n'est pas une loi de la nature. Les sorcières ont mangé mon âme. Dans la maison aux génies, je cherche mamy wata. Je sais que je ne la trouverai pas ou bien elle se nomme habitude. Je m'habitue.

Ici les ciels sont immenses. Les lézards aussi. Les nuages sont cousins des nôtres, en plus grands. A l'aéroport, accueil par des slogans marxistes-léninistes convaincus. La Révolution est dans le changement qualitatif des statistiques. Sans doute une illusion. Mais nous avons besoin d'espoir pour survivre. Les charognards guettent au dessus de la fosse commune où est enterré Sankara. La France ne serait pour rien dans cette révolution de palais. Mais on dit beaucoup de choses. A Ouagadougou, il y a 2 500 coopérants, voilà le prix de l'indépendance. Devant les maisons des coopérants, le génie a été remplacé par le gardien, un jeune Africain allongé ou assis sur un banc de pierre. Et dans la cour, voici le boy, un autre jeune Africain qui balaie la poussière du temps. Ouagadougou : la ville où l'on vient. Burkina Faso : le pays des hommes dignes. No comments, comme dirait le vieux Serge. Lu dans Kundera : quand on grandit ensemble, les choses prennent le même sens. Je ne sais pas retraduire. En gros, quand tu jettes du pain aux poissons du parc de la Tête d'Or, j'ai la même impression que toi, nous avons les mêmes souvenirs. Demande à n'importe qui de jeter du pain aux poissons, il n'y aura que des ronds dans l'eau. On devrait vivre la vie à l'envers.

Les Africaines rient fort dans les cafés, on est loin des rives du Nord de l'Afrique. Un homme porte sur sa tête une machine à coudre. Marque : Eléphant (les lettres sont effacées). Pour rythmer ses pas, il joue avec une paire de ciseaux. Les ânes ont les pieds de devant attachés. Les cochons noirs et les jarres renversées, les maisons de terre enfumées. La meunière en sueur écrase le mil sur la large meule en pierre. On entend les crissements du broyage. La farine de mil blanc tombe sur le sol de terre battue. La terre rouge africaine. La cabaretière plonge les calebasses dans ses canaris emplis de bière. Les Africains sont emplis d'amour jamais perdu qui leur donne une force tranquille. Cette force tient tout leur corps. Ils sont comme les arbres plantés dans la savane qui étendent leurs branches lourdes, au-dessus des troncs pleins, jamais écrasants. L'orage et le bruit du tonnerre emplissent l'espace et le rendent moins menaçant. Sa présence
-qu'elle soit divine ou naturelle- suffit à estomper tous mes désarrois. Si je pleure sous la pluie battante, c'est parce que, comme le ciel, je me libère enfin de la pesanteur des jours sans noms. L'amour passé reste l'amour bien qu'on n'ose plus tout à fait le nommer ainsi à force d'usure. Le souvenir est une île dans le cœur solitaire. Il parcourt l'océan insatiable des jours gris pour l'émietter tout à fait. Il respire par la bouche de la sirène endormie. Quand le cœur doucement écoute les silences d'hier, tout autour les colons aux jambes rudes s'assoient et fument, jusques aux cieux africains, leur félicité commune. L'heure du thé, moment privilégié, s'accompagne de la silhouette respectueuse du boy, habitué ici aux manières de l'aristocratie servante. Dehors, les enfants jouent dans les détritus et les femmes aux seins flasques se baignent dans le marigot boueux. Tout cela se déroule dans le même temps tandis que toi au loin tu souris à la jeune danseuse en sueur ou bien dans le rêve enfiévré de la maladie, tu songes à notre rencontre et à sa fin. Cette rencontre qui n'aurait pas dû être, comme celle d'Iseut et de Tristan. Etre une femme libérée au fond du Burkina Faso en buvant un bière glacée, accoudée à un comptoir d'un café burkinabé.

« Est-il possible, pour un être humain, d'éprouver un plaisir qui ne soit en rien partagé ? » Yasunari Kawabata, Le lac.

Publié par felixmartin à 21:38:18 dans Burkina Faso | Commentaires (0) |

Oscar Wilde | 18 novembre 2006

Le cynique ?
C'est « celui qui connaît le prix des choses mais ne sait la valeur de rien ».
Oscar Wilde

Publié par felixmartin à 20:30:27 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

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