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Bashung | 20 mars 2009

 

Des gerbes de fleurs humides
Des goulées de sève douce
Des poignées de terre noire

On a déposé la saveur des jours
Sur le toit de ton ultime séjour
Et on s'en est allé
Avec l'espoir des jours bleus ailleurs

Publié par felixmartin à 21:18:52 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Babel | 16 mars 2009

Guerrier aux mille blessures
il s'allonge aux souvenirs
de son enfance peuplée de cité
ce n'est pas l'air marin
qui l'a fortifié,
ses brûlures viennent d'ailleurs


Amazone aux mille nuits
elle s'allonge aux lits défaits
de son hystérie consommée
ce n'est pas l'autel sacré
qui l'a dressée,
ses brûlures viennent d'ailleurs


Amants conquis
ils érigent les Babels fatales
de leur rencontre improbable
ce n'est pas l'ordre vertueux
qui les unira,
leurs royaumes viendront par-delà.

Publié par felixmartin à 22:40:42 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Desnos, A la mystérieuse | 22 février 2009

A tes mystères

J'ai tant aimé de toi que je perds ma réalité
Le temps est-il venu d'éloigner ton corps vivant et de renoncer à baiser le coin de la bouche d'où nait la voix que je chéris
J'ai tant aimé de toi que mes bras étreignent tes ombres dans mes creux de nuits qui pleurent à tes contours mal étreints
Ton apparence irréelle me hante et depuis des jours, des années, me guide tes affinités électives
Je deviendrais une ombre sans doute et tes sentiments m'habiteraient encore
J'ai tant aimé de toi qu'il est temps sans doute que je m'endorme
Je vis debout, le corps exposé à toutes les apparences de ta vie et de l'amour de toi
Avec toi je peux bien baiser les premières lèvres et le premier front venus c'est encore toi que je touche.
J'ai tant aimé de toi, tant adoré, écrit, couché avec ton amour qu'il ne me reste plus qu'à plonger dans les enfers pour tendre la main à mon Eurydice, ombre parmi les ombres, mille et une fois aimée, mille et une fois accrochée à la lune des mondes.
L'éternité s'en irait que ton ombre dans mon sang s'infiltrerait.
Tu as tant aimé de moi que je suis siamois dans ta chair.


 

A la mystérieuse

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être. Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute. O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes
les apparences de la vie et de l'amour
et toi, la seule qui compte
aujourd'hui pour moi,
je pourrais moins
toucher ton front et tes
lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant
rêvé de toi, tant marché,
parlé, couché avec
ton fantôme qu'il ne me
reste plus peut-être, et
pourtant, qu'à être fantôme
parmi les fantômes et plus
ombre cent fois que
l'ombre qui se
promène et se
promènera
allègrement
sur le cadran
solaire de ta vie

Desnos

Publié par felixmartin à 00:30:08 dans A la façon de | Commentaires (0) |

Hellébore | 14 février 2009

  

Sans cesse je respire le noir hellébore
Dans mes poumons s'insinue son souffle fragile
Sa léthifère corolle brise mon cœur
Et renaît un désir coupable qui m'exile
Dans mes veines, las, s'insinue l'envie de toi
Se love à mon esprit et ma chair vulnérables
Inexorablement je succombe à tes lois.


Sans cesse ma bouche savoure l'hellébore
Sa saveur empoisonne mon sang infertile
Ses funestes vapeurs brisent mon réconfort
Mon corps se métamorphose en statue d'argile
Galatée, je traverse les infernaux cercles
Des neiges souillées, j'erre en délire de toi
Sous les frimas se dressent tes cruels pétales
Quand reviendra le printemps et son pur émoi ?

Publié par felixmartin à 19:28:12 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Conte Psychanalytique -fin- | 06 février 2009

C'est ainsi que, ce vendredi, je me retrouvai dans sa cible de mire. Impossible d'appeler au secours, je tentai de lui parler, mais les mots ne venaient pas, seules défilaient des images, des sons, la sortie de mes élèves après mes cours, leurs questions, les tentatives de séduction de certaines de mes plus jolies élèves, les échanges avec les autres membres de mon groupe psychanalytique. « Comment avez-vous pu, vous, enfreindre à notre déontologie ? », j'entendais déjà la présidente du groupe m'invectiver. Tout cela ne me donnait pas la réponse à ma situation qui empirait. Je regardais Patricia, debout, l'arme pointée dans ma direction. J'étais désarmé. Toute mon intelligence, toutes mes théories s'évanouissaient. Je vacillais, j'allais devenir fou, oui, moi aussi, j'allais devenir fou. J'en aurais pissé dans mon froc. Comment faire pour sauver ma peau, enfin sauver la face, et rétablir le dialogue avec ma patiente ? Comment dit-on chez les flics ? Le négociateur. Négocier. Rien. Ca ne sortait pas. Je ressentais une agression si forte que rien ne pouvait lui résister. Et là, croyez-moi, ne me croyez pas, j'ai eu la révélation. Ouais, comme Saint Paul. 


C'était une évidence : Patricia tentait de me faire ressentir ce qui l'habitait continuellement, le sentiment d'agression qu'elle subissait sans répit, qu'elle éprouvait jusque dans mon cabinet et que son révolver dévoilait. Son geste, dont les ressorts étaient parfaitement inconscients, fit soudain sens. Ma patiente, dans ce détour, avait trouvé le moyen de communiquer avec moi. Dans ce moment, je dépassais l'empathie et je parvins à une symbiose salvatrice. C'est ce que je parvins à lui transmettre. Toute la tension de son geste s'apaisa, délivrée par ma parole. Je réussis à la désarmer. La situation retrouva son équilibre, au moins momentanément : elle, la patiente, moi, le psychanalyste.

Depuis lors, je poursuis avec Patricia cette tentative de cure et je constate les progrès de ma patiente. Je ne sais pas encore où nous conduira cette expérience, mais je sais désormais que la compassion, pardon, l'empathie, est une arme efficace pour faire reculer les frontières de la souffrance.

Publié par felixmartin à 23:48:57 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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