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Les lignes | 13 février 2008

Dans ma ligne de fuite
Se perd la ligne d'horizon
Je remonte
Jusqu'à la ligne de départ
J'aspire la ligne blanche

Les lignes bleues du temps
m'inspirent des éblouissements
Insoumis aux lignes de bataille
Je plonge
Dans les lignes de faille

Je suis pêché à la ligne dormante
Les lignes de paroles
Se dérobent
Dans les silences
Où les mots s'effacent

J'aspire la ligne blanche
Des turbulences
Je rencontre le point de croisement
Entre la ligne des hanches
Et la ligne de mire

Je respire la ligne blanche
Le cœur cloche
Sans mémoire d'hier
Garder les coudées franches
Sous l'ombre de la ligne sylvestre.

Publié par felixmartin à 22:32:36 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Juliette | 11 février 2008


« Ce n'est pas une femme fatale,
mais c'est la vie qui lui a été fatale. »

Sacrifice
A celui de Salomé
Je redoute celui d'Iphigénie

Aux amours de Phèdre
Je console ceux de Juliette

A la trahison de Médée
Je ris à celles de Manon

Rester dans la lumière argentée
De l'astre de la nuit

Evidemment je chéris
Le destin de Nastassia
Et celui d'Eurydice


Et vous quelle femme fatale
Tisse votre imaginaire ?

 

Publié par felixmartin à 22:32:24 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (1) |

Fleuve | 07 février 2008

 

Je ne me suis jamais posé
Tourbillon
Comme pavillon
Trop facilement aimé
Mal épris
J'accrocherai des peaux
Au rocher
Eternel ignorant
Jusqu'à ce que je te reconnaisse
Dans la mémoire du fleuve
Tes voiles m'attachent
Je me suis détaché jadis
Moi l'insatisfait
Au dernier jour
Je reviens vers toi
Trop tard
Le tourbillon de la vie
T'emporte au loin
Pas trop loin
La vie n'est pas une tragédie
Sinon je vogue
Ne cherche pas le désespoir
Dans mon regard
Je suis trop vieux
Pour cette inélégance
La jeunesse ne compose pas
La vieillesse a accepté
Depuis longtemps
La vie et sa mélancolie
La vieillesse depuis longtemps
Guette avec lucidité
La passion du désir
Comme un mystique
En prière.

Publié par felixmartin à 23:05:26 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Automne | 01 février 2008


Plus rien ne t'appartient
tu n'entends plus le vent
tu ne verras plus
Œdipe aveugle.
Les feux te mangent la cervelle
sans merci.

La mer, basilic frisé.
Un sourire jadis effleuré
nous glisse entre les doigts.
Reste la pluie qui fait l'amour avec les pierres
et les vieilles maisons qui dansent
en secret.

Publié par felixmartin à 13:37:07 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Cinq heures du soir | 25 janvier 2008

 

Il est parfois difficile de s'asseoir et de penser tout simplement, en se concentrant sur un point précis, ne plus ressentir qu'un tourment trouble et pourtant bien connu.

Sur la table, j'abandonnai un livre, à peine lu, mal lu. J'allumai une Pall-Mall. Je la tenais entre mes doigts, le bras tendu pour voir la fumée monter légèrement et brouiller l'espace entre mon regard et la fenêtre. Je remarquai que ma main tremblait. Je me délectais de ce mouvement nerveux qui me trahissait. J'étais seul dans la pièce, je n'attendais personne. Je pouvais me laisser aller à un délire indécent où j'étais le seul être important de la création. A ce moment-là le réel n'était plus que la réalité projetée par mon inconscient à travers cette fumée bleue. A mes pieds, le téléphone attendait. Un téléphone peut-il attendre ? Je le soulevai et composai un numéro au hasard puis raccrochai. L'écouteur reposé répondit par une sonnerie qui fit vibrer la fumée de ma cigarette. C'était comme l'écho d'un autre dans l'appartement.

Au petit matin, j'avais descendu d'un trait mes étages, m'étais précipité le long des quais en quête de fraîcheur et de lumière. L'énergie battait dans tout mon corps et mes pas chancelaient presque sur le bord des trottoirs. Y avait-il des passants alentour ? Je ne voyais que le soleil jouer avec des nuages, en bande, effilochés, en route pour ailleurs. Dans le caniveau s'inscrivait le ciel. Je n'avais pas déjeuné et me sentais un peu faible ce qui exacerbait encore ma fébrilité ; je redoublais d'excitation, de sentiments inachevés. J'avais souri à une vieille femme à chapeau, au teint jaune et aux chevilles maigres que la mort aurait pu attraper sans peine. Moi, j'avançais ou plutôt je courais, dans la ville qui m'appartenait. Je riais de mon trouble de la veille. J'avais jeté au loin l'épine dans ma chair et riais de mes folies, des mes culpabilités fanées. C'est la vie ! Tout est violence et générosité. L'élan de la vie m'agitait. Je n'essayais pas de retrouver le fil qui liait mon cauchemar de la nuit à mon enthousiasme du matin. Peut-être avait-il suffi que le soleil entrât dans ma chambre ? Comment pouvait-on, dès lors, s'accrocher à d'affreuses douleurs inexistantes ? Je reniais ce qui la veille encore était toute ma crainte.

A présent, il était cinq heures, le soleil avait quitté ma chambre et, comme la veille, je tremblais. L'énergie du matin s'était envolée, sans rien laisser, sinon cette fadeur aux bords des paupières. A force de regarder le mur en face de moi, il me semblait que j'aurais pu m'y inscrire comme une fresque aux couleurs écrasées. J'aurais rompu avec la troisième dimension et n'aurait plus été qu'une surface plane et sans aspérité.

L'épine pénétrait à nouveau dans mon corps et je la situais très exactement entre mes poumons. Parfois mon cœur se hâtait et ma respiration bondissait. Parce que le matin, des espoirs monstrueux s'étaient formés dans mon esprit et que l'après-midi les avait ignorés, j'attendais, à cinq heures, que mon heure s'achevât.

Publié par felixmartin à 21:04:58 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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