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Conte Psychanalytique -2- | 05 février 2009

 

Retour arrière. Je suis psychanalyste, freudien. J'exerce dans mon cabinet à titre indépendant, je consulte également à l'hôpital psychiatrique des Pénitents, grande bâtisse XIXe, bordée de son parc ombragé à l'entrée de la ville. Enfin, le mardi et le jeudi, je professe à l'université pour les étudiants du DESS de psychologie clinique. J'ai acquis en vingt années de métier une solide réputation, la confiance de mes pairs, le respect, voire l'admiration, de mes étudiants, et de réels progrès de mes patients. J'accumule avec mes conférences, mes articles, une certaine notoriété, au moins dans le petit monde de la psychanalyse freudienne, qui dépasse le cercle de ma ville provinciale et remonte par les courants jusqu'à Paris, où certaines de mes hypothèses, pas encore des théories, sont commentées dans la presse spécialisée. Je peux, sinon m'enorgueillir, au moins me satisfaire de mon parcours et, les nuits d'insomnie, énumérer mes brillantes étapes.

Lorsque j'ai reçu Patricia pour la première fois dans mon cabinet, j'étais parfaitement conscient de ses difficultés psychologiques. Patricia est une jeune femme de vingt-quatre ans, plutôt jolie, à la bouche peut-être trop fine -certains vous diront qu'elle dénote son manque de confiance mais je n'aime pas les raccourcis trop rapides. De longues jambes, un corps élancé, une courte chevelure brune. Des cils épais, un regard... voilà c'est ça qui frappe : son regard, lointain et vague. Lorsqu'elle vous regarde, Patricia vous annonce non pas des tempêtes mais des orages d'été : ceux qui apaisent quand la tension de la chaleur a été trop forte. Au cours de ce premier rendez-vous, je l'ai écouté exposer dans un long monologue -les monologues se prêtent à ma profession plus que les dialogues- ses difficultés, ses souffrances, en mots courts et essoufflés. Patricia appartient à une famille plutôt bobo, comme on dit, ouverte à la psychanalyse, relativement cultivée, son père est architecte. Patricia a été quelque temps étudiante aux beaux arts, puis en littérature comparée, et finalement en ethnologie. Rien de concluant, me dit-elle, ses difficultés de vivre l'empêchant de conclure dans ses études. Je l'ai écouté avec toute l'attention que ma profession nécessite. J'avais déjà compris par sa présentation hachée, ses respirations, ses détournements, que je n'avais pas affaire à une patiente habituelle. Il est bien connu que la cure psychanalytique ne soigne que les névroses, quand elle y parvient. La règle est simple : en cabinet, un freudien ne soigne pas les psychoses, obligation de se référer à un autre cadre. La déontologie de l'obédience freudienne, à laquelle j'adhère pleinement, est très explicite sur ce point. Je n'ai qu'à m'y conformer et à renvoyer Patricia auprès du Centre des Pénitents. Rien d'autre à décider. Au lieu de quoi, orgueil, direz-vous, je me remémorai mes récentes hypothèses, tout mon parcours -je ne vous le refais pas une deuxième fois- et je déclarai en un claquement de doigts : « J'ai une place pour vous, les vendredis à 14 heures, cela vous conviendrait-il ? » C'est ainsi que Patricia, une patiente psychotique, entama une cure psychanalytique dans mon cabinet.

à suivre

Publié par felixmartin à 22:36:22 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Conte Psychanalytique -1- | 04 février 2009

Elle se tenait debout devant ma bibliothèque et je la voyais poindre son révolver dans ma direction. J'étais incapable de savoir si, oui ou non, l'arme était chargée. Je me contentais de me tenir à l'abri derrière le dossier de mon fauteuil, à genou sur le plancher, dans un geste de suppliant. Entre ses phrases criées, indistinctes, le silence de mon bureau. Dehors, sur les quais, les voitures attendaient que le feu passât au vert. Il m'était impossible de me pencher à la fenêtre de mon cabinet pour crier aux conducteurs dans quel danger je me trouvais, ce vendredi vers 14 heures en plein cœur de la cité. J'attendis encore dans cette fâcheuse posture que la jeune femme se calmât. Au fond, je savais qu'en aucun cas je n'aurais pu jeter au monde un « sauvez-moi », j'étais trop dépité de me retrouver ainsi dans la pointe de mire d'une patiente qui me tenait à sa merci et qui me faisait goûter à l'effarement. J'évoquais un bref instant le regard de mes pairs penchés sur cette scène qui n'avait rien de biblique. Cette ligne de mire me remettait en cause, et pour tout dire me reléguait au ban de ma société.

 

à suivre

Publié par felixmartin à 22:28:41 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

Oubli | 22 janvier 2009

A toi, ce chuchotement
venu des pierres lorsque tu longes le mur.
Ces coups sur le mur que s'adressent les prisonniers,
ou bien deux salles d'attente près du quai d'embarquement.
Gardons-nous à l'abri du temps.
Gardons-nous des sortilèges du temps.
Ceux qui restent partagent des grottes souterraines.
Immenses sans doute,  les rencontres sont rares...
Mais il suffit d'une fois.
C'est drôle de voir ma main
s'effacer à l'amorce d'un signe.
Je songe à Eurydice, un rôle
que nous tenons tour à tour.
Pour l'instant, parle et ne te retourne pas.
Cet amour n'a jamais cessé. C'est ainsi.
Tu es mon unique.




Publié par felixmartin à 21:13:13 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Zweig | 17 janvier 2009

Seule la passion qui trouve son abîme
Sait embraser ton être jusqu'au fond ;
Seul qui se perd entier est donné à lui-même.

Alors, prends feu ! Seulement si tu t'enflammes,
Tu connaîtras le monde au plus profond de toi !
Car au lieu seul où agit le secret, commence aussi la vie.

 

Tu m'as soufflé l'embrasement,
Ta confusion des sentiments 
Ouvre ma pire déchirure.
Les violences de tes tortures
Valent bien l'enfer et ses flammes 
Tes déviances sont mes tourments
Qui me cloîtrent  au bois dormant
Sans lumière, du fond du puits,
Je ne sais toujours qui je suis.

Publié par felixmartin à 18:17:45 dans Nuits blanches | Commentaires (2) |

Hallucinant | 11 janvier 2009

 

Quand vous goûtez, gourmande, à mes troublantes décadences
Mes racines viriles s'enveloppent à vos hyphes gracieuses
Ma bouche se désaltère à votre hyménium gorgé de rosée
Vos germes saprophytes diluent en douceur mes humeurs 
A votre souffle mes mélancolies s'émiettent en humus fertile
Près de vous mes passions puisent leur meilleur terreau
Quand je vous croque, ma magicienne, mes pensées s'hallucinent
Vous êtes mon meilleur champignon.

Publié par felixmartin à 20:26:59 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

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