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Un coin | 07 janvier 2009

Qu'est-ce qu'elles ont toutes
à me caresser le quatre-heures
moi je fais rien qu'à plonger
dans mes forêts d'hiver
alors quoi
où j'aurais un coin pour elles
sous les feuilles rousses
y a que de l'humus
pas de quoi s'étourdir

Qu'est-ce qu'elles ont toutes
à me demander où je vais
moi je fais rien que suivre mes pas
sur les plages des mers
alors quoi
où j'aurais un lit pour elles
sous les grains de sable
y a que de la boue
pas de quoi se border

Qu'est-ce qu'elles ont toutes
à me regarder dormir
moi je fais rien que rêver
à d'autres mondes
alors quoi
où j'aurais un songe pour elles
sous mes ténébreux émois
y a que des turpides
pas de quoi roucouler

Qu'est-ce qu'elle a celle-là
à s'enfuir devant moi
moi je fais rien qu'à la guetter
pour rejoindre ses secrets
alors quoi
où elle creusera un coin à moi
dans ses bras fragiles
y a que de la chaleur
rien qu'à se brûler

Publié par felixmartin à 23:20:38 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Un homme pressé | 25 décembre 2008

Petite soeur, entraîne-moi
dans ton noir désir
je suis un homme pressé
tu le sais
aux quatre coins du lit
le vent nous portera

 

le calice est à moitié plein
viens le boire à nos amours
infertiles et superbes
buvons à ce terrestre moment
soyons gais
dévorons les miettes du monde
en déclin



je traverse le temps
sans références, irrévérencieux
je suis à tes pieds
asservi à ta loi
moins politique, moins médiatique
mais tes faveurs valent les huit et demi milliards
de mon crédit en bourse


je peindrai sur ma toile
la peau rosie de tous tes seins
et la lune de tes yeux affamés
les critiques crieront à l'imposture
impressions primitives
des couleurs trop crues

 

moi je suis riche de tes sciences
je n'irai pas vite, je n'irai pas vite
je suis un homme pressé
mais le soleil ne se lèvera pas
il nous laissera la nuit


Publié par felixmartin à 12:56:11 dans A la façon de | Commentaires (0) |

Voici venir le temps | 23 décembre 2008

  

Voici venir le temps où les souvenirs tombent
Dans le calice de l'absence en ronde folle
Les voix et les chairs tournent dans l'air et s'envolent
Valse nostalgique où ma pauvre âme succombe.
 

Tes traces s'effacent et rien ne me console 
Le souffle du vent me rapproche de la tombe
Valse nostalgique où ma pauvre âme succombe
Au chant des oiseaux perdus dans les tristes saules. 
 

Voici venir le temps où les souvenirs tombent.
Ton ombre tremblée du bout de l'amour me frôle
Ton bel enchantement exilé me rend folle
Sur l'écran des jours maussades meurt la colombe. 


Vaste et noir le néant des jours sans ton épaule.
La douce lune se noie dans ma sombre tombe
Ton œil de loup affamé sans pudeur surplombe
Ma douleur où repose ta bouche en étole.



Publié par felixmartin à 23:08:41 dans Poésies lointaines | Commentaires (0) |

Novalis, copié/collé | 21 décembre 2008

Faussaire

Je viens de l'au-delà
Et toute joie
Est en ce jour un aiguillon
De l'extase
Encore quelques temps
Et une fois délivrée
Je me dresse, enivrée
Dans le sein de l'Amour
La vie infinie
Coule puissamment en moi
Je regarde d'en bas
Vers toi en haut
Près de l'astre opale
S'illumine ton éclat
Une madeleine apporte
L'épineuse couronne
O ! je t'aspire, mon bien-Aimé
Avec force vers toi
Que tu t'endormes
Et que je puisse t'aimer
Je sens de la vie
Le flux rajeunissant
Mon sang se change
En baume et en éther
Je vis des jours
Emplis de ma foi et de ta force
Et je renais pendant les nuits
Dans ton embrasement sacré.


Original romantique

Je vais vers l'au-delà,
Et toute peine
Sera un jour un aiguillon
De l'extase.
Encore quelques temps
Et une fois délivré,
Je gis, enivré
Dans le sein de l'Amour.
La vie infinie
Coule puissamment en moi.
Je regarde d'en haut
Vers toi en bas.
Près de ce tertre
S'éteint ton éclat -
Une ombre apporte
La fraîche couronne
O ! aspire-moi, Bien-Aimée,
Avec force vers toi,
Que je m'endorme
Et puisse aimer.
Je sens de la mort
Le flux rajeunissant.
Mon sang se change
En baume et en éther.
Je vis des jours
Pleins de foi et de courage
Et je meurs pendant les nuits
Dans un embrasement sacré.

Novalis

Publié par felixmartin à 15:00:20 dans A la façon de | Commentaires (0) |

Ava (fin) | 20 décembre 2008

Ce n'est que le surlendemain qu'Assane reprit le train. Entre Lyon et Paris, il était assis aux côtés d'un jeune homme mal lavé qui lisait une liste de mots étrangers alignés sans ordre apparent. Son odeur empêchait Assane d'apprécier la pureté des vallons verts, à peine brumeux dans le lointain. Il fixait la pente labourée d'un champ. L'articulation des sillons tout au long organisait le cheminement de ses pensés. Il se souvenait avoir décidé de devenir boxeur à l'âge de onze ans. Il savait que la vie ne faisait pas de cadeau. Et puisqu'il fallait se battre autant le faire sur un ring, sous le regard vigilant de l'arbitre qui se tenait aux côtés des joueurs. La vie n'avait pas de logique, la réalité était sans morale, il avait donc choisi de créer ses propres règles et la boxe les lui avait apprises. Il avait trois mois d'entraînement avant le combat. Il était calme, détendu, la perspective du combat l'exaltait. Au pied des arbres, l'eau montante lui rappela l'angoisse du cœur solitaire, fermé dans son poing. Ava.


Elle a touché les arbres, leurs feuilles se sont desséchées, elle a marché sur le lit de la rivière, il a coulé à flot, couleur de sang, elle a touché son genou, elle s'est mise à boiter. Elle regardait derrière les croix noires au-dessus des tombes, les fosses encore ouvertes où les hommes debout, nus, attendent la mort. Dans le silence de l'horreur, dans le silence, par respect pour ceux-là qui déjà ne souffraient plus, par respect pour ceux-là qui se souviendraient de leurs pères, ensevelis pour toujours. L'Histoire, majestueuse, aux seins massifs, avançait le regard oublieux. Comment pourrait-elle les voir ces tombes ? Sa démarche lente et assurée recouvrait d'ombre les tombes, les tombes et l'agonie lente et cruelle des hommes debout dans la terre noire. Le lendemain, les herbes folles recouvraient les charniers. L'homme marchait debout dans la ville reconstruite par-dessus. Assane s'éveilla en sursaut, la langue pâteuse. Il détestait s'endormir dans le train. Le jeune homme continuait à puer. Il se leva pour boire un café et oublier son rêve. Ava portait au bras, gravé, un numéro bleu. Entre Lyon et Paris, il lut dans le journal acheté à la gare qu'une jeune femme avait brûlé dans un incendie accidentel. Ava s'était endormie oubliant d'éteindre sa cigarette. Le temps de l'oubli était venu.

Publié par felixmartin à 22:17:57 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

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