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Ava (1) | 13 décembre 2008

Tout le jour, sous la pluie incessante, Assane avait marché entre Saône et Rhône. Il avait marché au cœur de la ville sur ses pavés lisses et ses ornières béantes. Il avait suivi les quais moites du Rhône, puis ceux de la Saône, passant sous les doigts tendus, brisés, des platanes étêtés. Le soir venu, il s'était réfugié dans les salles enfumées d'un pub, il était question de crues, d'une péniche qui avait échoué dans la piscine en bordure du fleuve. Le patron s'inquiétait pour sa cave inondée. Demain il serait obligé de pomper pour évacuer dans le caniveau l'eau du fleuve. C'était dans cette même cave qu'en été 43 les résistants du groupe de Brémont s'étaient réunis pour la dernière fois.

Assane avait besoin de soleil dans le jour, comme cette nuit Ava buvait du bourbon. Elle buvait son troisième bourbon quand il entra dans le pub. Une nuit de février. Elle était seule à une table, étrangère à tous les hommes aux yeux rougis qui l'entouraient. Cela avait intrigué Assane cette solitude au milieu de cette compagnie en paroles et mouvements. Une solitude. Assane était attiré. Une âme. Il savait en franchissant le seuil du pub qu'il rencontrerait une âme, une âme qui lui parlerait. Il avait fait le signe de la croix devant la porte verte du pub. C'était dans la seconde salle, à cette table en coin qu'elle l'attendrait. Il le savait.

à suivre

Publié par felixmartin à 15:13:47 dans Nouvelles d'hier | Commentaires (0) |

A la façon d'une brise marine | 07 décembre 2008

La chair n'est pas triste hélas clament les livres
Revenir, revenir ! Sentez que les hommes sont ivres
De boire à l'écume reconnue des mortelles
Tous les anciens Olympes dans les vallées rappellent
Les ravissements d'Europe à Lol sans répit
O nuits ! Les joues sous la lune opale ont rougi
Si le père qui est aux cieux vous en défend
Effeuillez-lui les pages aux pétales blancs
Partir ? Imitez plutôt le branle du mât
Levez l'ancre pour un exotique climat
L'ennui, exalté par le sournois désespoir,
S'échappe en bulles légères à l'ombre noire
Des alcôves bruissantes de tentures en rage
Etes-vous de ceux qu'un vent ôte le courage
Perdus, attachez-vous tel Ulysse aux mâts fertiles...
Mais, ô cœurs, charmez-vous aux chants de l'aède.

Publié par felixmartin à 15:17:51 dans A la façon de | Commentaires (0) |

Il voyage | 01 décembre 2008

  

Il voyage
Il vous l'a dit
Il lisse les flancs
Drôle de voyage
Voyage dans la chair
Epines de mots
Autour des fronts perlés


Il voyage
Il vous l'a dit
Il baise des bouches
Ailleurs dans les mots
Drôle de bouches
Sous les orages
Autour des monts absolus


Il voyage
Il vous l'a dit
Il plonge loin
Au creux des désirs
Drôle de désirs
Respirant la soif
Autour des calices vidés

 

Il s'approche
A pas de loup
Ecoutez ses crocs
Sentez son pelage
Il voyage
Drôle de voyage
Mais ne vous oublie jamais

Publié par felixmartin à 23:12:03 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Mes temps du rêve | 22 novembre 2008

 

Marbres moussus, mes temps du rêve sont usés
Les fleuves des jours patients les ont médusés.
Dans mes nuits, je cherche la dame de beauté.
Comme si, dans un livre, je l'avais devinée
Elle s'était posée sur un banc de la ville
Mes yeux requins découvraient sa svelte cheville
De sa bouche voilée, s'échappaient des murmures
Ondoyants, qui se glissaient sous ma blanche armure


Je m'assagis pour ne pas briser son mirage
Est-ce son rêve qui traverse tous mes âges
Ou sa vérité qui m'assaille au bord des nuits
Notre rencontre a bien incendié nos vies
Dans nos jeunes années évanouies, pourtant ?
Mes rêves vieillissent, le temps s'use en guettant
Sous les flots impatients le marbre englouti
Et je m'en vais, aux vents, loin des vains clapotis.

Publié par felixmartin à 14:38:41 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Orage | 13 novembre 2008

 

Je ne sais à quel moment l'instant devient magique, à quel moment le regard et la caresse, le silence et le baiser deviennent abandon. Je sais qu'à certains moments les regards, les caresses, les silences et les baisers n'ont que l'apparence de ceux-là et leur réalité -parce que sans la profondeur tourmentée et impétueuse des échos d'autrefois- a le goût de cendre et de sable dans les bouches assoiffées. Je suis ce corps de sable qui a oublié le goût de la pluie, quand la terre rouge assoiffée, se tend dans les chemins, s'évapore en nuage de poussière jusqu'au jour où le nuage en caresse dépose son eau longtemps gardée. Et mille gouttelettes roulent et s'épuisent jusqu'au cœur de la terre rassasiée. Retrouverai-je jamais ce goût d'autrefois quand le nuage en reflet se pose dans l'œil de la terre ? Cela a a existé, cela a été bu et cela a rassasié.

Ce moment se reconnaît aussi par ce qu'il a de violent. Dans ce partage, aucune moitié ne savoure à demi le bon ou l'amer. La coupe bue est tantôt de l'acide, tantôt de l'ambroisie et les amants le savent bien qui se tordent dans les convulsions du plaisir : l'arc et la flèche. Dans ce moment l'union est puissante comme l'orage. La terre ne vibre qu'à cette unique condition. Au cœur de l'été, dan la chaleur la plus lourde, l'apaisement ne vient qu'après le terrible assaut du ciel à la terre. Quand la pluie finement redonne à la terre son goût de fraicheur l'apaisement vient. Le ciel à la terre, enfin unis dans l'instant de la pluie, s'endorment doucement, sous la protection des nuages.

Alors, les oiseaux et les insectes, d'un commun accord, se taisent respectueux de ces deux forces qui s'attirent avec la violence de la passion. L'âme humaine a cette même exigence pour connaître le vrai repos.

Publié par felixmartin à 19:22:00 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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