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Décembre en Afrique - 5 - | 06 septembre 2007

La musique s'écoulait par les fenêtres jusque dans le jardin. Isabelle était allongée sur une chaise longue. Sa beauté lisse était toute sa séduction. Elle ne jouait jamais avec son corps, avec ses gestes pour construire la séduction. La pureté de son visage, la couleur de ses yeux et l'exquis détachement jusqu'à la maladresse de ses mouvements étaient sa parure bien plus que les bijoux, les robes et les parfums. La beauté lui était donnée, elle n'avait jamais eu à se regarder dans un miroir pour se plaire. Son souci était ailleurs. Séduire n'était pas un jeu. Jouer non plus n'était pas un mode qu'elle déclinait. Elle était elle-même à chaque instant jusqu'à l'indécence, jusqu'à la cruauté.

Cet après-midi, à l'ombre d'un acacia elle goûtait à la musique. Les yeux fermés, elle écoutait, et c'était une parfaite harmonie entre ses passions réfléchies dans son corps et celles éclatées de la musique.  A la tension de ses sentiments répondait celle des notes et elles s'élevaient ensemble pour la même tragédie, pour la même passion de l'intangible.  Je me tenais sur le porche et la regardais : ses lèvres muettes, son regard aveugle. Par folie, j'aurais pu tenter de l'aimer, glisser dans ses passions, m'engloutir pour rejoindre –par quel chemin ?- ses désirs, ses fantasmes enracinés dans sa mémoire. Mais par folie encore, je résistais.

 

(à suivre)

Publié par felixmartin à 21:33:58 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) |

Pablo Escobar (version musicale) | 04 septembre 2007

 J'étais jeune, j'avais envie de vivre
Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?


Chaque jour, tes mules m'apportent
leur lot de consolation
Les dames blanches aspirent
L'un après l'autre
Mes souffles de vie.
Dans la discothèque allumée
Je veine de dynamite
Mes dernières gouttes de sang.

Tu m'as tout pris
Et j'en redemande.
Mes voyages ne sont pas
Inscrits dans les guides
Je les sniffe avec délice.


Qu'as-tu fait Pablo
Des enfants de Medellin ?
Des sicarios aux abonnés absents
Des Zombies défoncés
Qui errent dans les forêts
Amazones abattues.
La colombe enfarquée
Tient dans son bec
Le rameau sacré.


J'étais jeune, j'avais envie de vivre
Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?

 

Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de
Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
©  2007

Publié par felixmartin à 19:00:15 dans Musicales | Commentaires (0) |

Ange gardien | 03 septembre 2007

J'ai le cœur qui tombe
Écoute il s'est arrêté de battre
Une main a pénétré
Dans la cage
Elle le tient serré
Angine de poitrine
Ange du désespoir

Ça a commencé
Ce jour

Je te l'ai dit

Quand je courrais dans la rue

Pour attraper la robe des passantes

Ce n'était pas sa robe que j'effleurais

Des étrangères mais pas elle

Mon cœur a cessé de battre

Depuis il fait semblant

Je ne savais pas
À quoi sert un cœur
Je ne savais pas
Elle n'avait pas eu le temps
De me souffler la force
De l'amour

Au bord d'une nuit illuminée
Tu m'as souri
J'ai arraché ton cœur
Je l'ai accroché entre mes deux poumons
Aujourd'hui je respire par toi
Je suis plus cruelle qu'un vampire
Bien plus cruelle

Comment te rendrais-je jamais
Ton cœur
Je m'endors dans les cercles
De l'oubli
Ma tombe bat béante
Sans cœur

La mort ne me connaît pas
Mon ange-gardien

De nouveau mes ombres ont étendu

Leurs mains au-dessus de ma tête
Tu es là

Publié par felixmartin à 13:05:38 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Décembre en Afrique - 4 - | 30 août 2007

 

 

Parfois, j'appelais Christine ou bien elle me téléphonait. Nous parlions longtemps, je fumais en écoutant sa voix, j'entendais son visage. Tout près, à l'autre bout. Mais nous ne parlions pas de nous rencontrer. Je l'avais quittée puis revue, incapable de l'aimer, incapable de ne plus l'aimer. Y pensant toujours, jalousant les hommes qu'elle rencontrait, la guettant parfois la nuit, quand elle rentrait chez elle. Mais elle ne me voyait pas. Elle ne sentait jamais ma présence et je lui en voulais, au fond, de ne pas comprendre. Y avait-il quelque chose à comprendre ? Enlisement. Lucidité. Musique sobre et s'échappant en notes claires et mélancoliques.


Parfois une autre femme, beaucoup plus jeune, une enfant maladroite, rompait mon silence. Je l'avais rencontrée au hasard de mes sorties un soir de printemps. Isabelle -elle s'appelait Isabelle- avait un visage pareil à celui de l'infante dans le tableau de Vélasquez, une infante qui aurait grandi en gardant des joues rondes et un regard grave. Elle parlait très peu à chacune de ses visites et ses mots n'exprimaient rien à mon âme. Au fil des jours pourtant, alors qu'elle ne renonçait pas, un lien prit forme. Je me surpris à penser à elle quand elle n'appelait plus pendant de longues semaines. Je savais que, dans ces intervalles, Isabelle cherchait à vivre ailleurs d'autres histoires jusqu'au moment où elle capitulait et mélancolique réapparaissait, tendue vers moi, comme une enfant à qui l'on n'a jamais dit « je t'aime ». Elle m'avait si tôt avoué son amour que je ne la pris pas au sérieux et cela m'empêcha de la désirer. Elle m'irritait et m'inquiétait dès qu'elle montrait les signes convenus des amoureux.

 

(à suivre)

Publié par felixmartin à 19:34:36 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) |

Décembre en Afrique - 3 - | 28 août 2007

 

Je regagnais aux premières lueurs du jour l'appartement que je laissais dans un état de délabrement écoeurant. Ce désordre me plaisait. Je le voyais comme un ordre nouveau. Il respirait comme je respirais à l'intérieur, pas dans les poumons mais dans la tête ou dans l'âme, à l'intérieur. Si je devais en donner une vue d'ensemble pour qu'on puisse en juger, je commencerais par les livres. Les livres tout au long des murs, en largeur, en hauteur, débordant, empilés, rangés, ployant les étagères, respirant. Les plantes : vertes, atteintes de gigantisme. Leurs feuilles larges et charnues, immenses comme les plantes d'une serre. Des plantes vivantes, monstrueuses et splendides. Les pots étaient prêts à basculer sous la lourdeur des feuillages. Je ne ramassais plus les feuilles qui tombaient, je rempotais parfois une plante au hasard. Les feuilles et la terre jonchaient le plancher nu. La musique, troisième élément majeur de cet univers. La musique assurait la mélodie de ce désordre, la musique de Bach. Les objets, les meubles, les tableaux, achetés au hasard de désirs anciens, étaient posés çà et là, rangés au gré de l'encombrement. Ils ternissaient sous la poussière et le manque de soin. Je les délaissais. Ils n'existaient pas. Ustensiles. Pourtant je les avais aimés, autrefois. Parfois, je voyais l'un d'entre eux et je pleurais doucement. 

Ici, en Afrique, je prends la démarche des Africains. Je n'ai plus de livres. 

Certaines semaines -sinon la contrainte du travail- je ne sortais pas, ne voyais personne. Je prétextais des travaux d'importance qui mobilisaient toute mon énergie. Vitale. Plus de sorties nocturnes, il m'arrivait de débrancher le téléphone. Je travaillais avec urgence à un recueil d'aphorismes. Je prenais des notes en marge de mes livres, j'en ouvrais plusieurs et ils traînaient un peu partout, dans le salon et la pièce qui me servait de bureau. La chambre parfois mais je n'y travaillais pas. La cuisine et la salle de bain étaient incroyablement sales et encombrées. Tout au long de la baignoire s'empilaient des mégots jaunis qui prenaient l'allure de cafards morts. Délabrement. Je ne voyais rien de cela ou, si je le voyais, j'en avais honte soudainement et passagèrement. De toute façon je n'avais ni la force ni le goût pour changer tout cela. Il m'aurait fallu une volonté et un désir que je n'avais pas ou que je détournais pour d'autres tâches. Mais ces tâches m'accablaient, l'idée de ces tâches surtout. Mes aphorismes pendant longtemps se résumèrent à dix phrases superbes, glacées, lieu de vérité, mais dix phrases. Dans ces pièces, je tentais aussi d'écrire une pièce, je m'acharnais à un texte. Seulement : Lui, Elle, et puis l'ange ou l'étranger. Lui et Elle m'avaient échappé, je n'avais pas eu l'idée d'en parler, ils étaient venus là sans que je sache très bien comment. Ils étaient nés au milieu de ça, comme des fleurs écloses dans un champ d'orties. Ils parlaient d'aimer, de leurs lèvres. 

 

à suivre

Publié par felixmartin à 21:52:16 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) |

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