COVALEJE
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La musique s'écoulait par les fenêtres jusque dans le jardin. Isabelle était allongée sur une chaise longue. Sa beauté lisse était toute sa séduction. Elle ne jouait jamais avec son corps, avec ses gestes pour construire la séduction. La pureté de son visage, la couleur de ses yeux et l'exquis détachement jusqu'à la maladresse de ses mouvements étaient sa parure bien plus que les bijoux, les robes et les parfums. La beauté lui était donnée, elle n'avait jamais eu à se regarder dans un miroir pour se plaire. Son souci était ailleurs. Séduire n'était pas un jeu. Jouer non plus n'était pas un mode qu'elle déclinait. Elle était elle-même à chaque instant jusqu'à l'indécence, jusqu'à la cruauté.
Cet après-midi, à l'ombre d'un acacia elle goûtait à la musique. Les yeux fermés, elle écoutait, et c'était une parfaite harmonie entre ses passions réfléchies dans son corps et celles éclatées de la musique. A la tension de ses sentiments répondait celle des notes et elles s'élevaient ensemble pour la même tragédie, pour la même passion de l'intangible. Je me tenais sur le porche et la regardais : ses lèvres muettes, son regard aveugle. Par folie, j'aurais pu tenter de l'aimer, glisser dans ses passions, m'engloutir pour rejoindre par quel chemin ?- ses désirs, ses fantasmes enracinés dans sa mémoire. Mais par folie encore, je résistais.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 21:33:58 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
J'étais jeune, j'avais envie de vivre
Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?
Chaque jour, tes mules m'apportent
leur lot de consolation
Les dames blanches aspirent
L'un après l'autre
Mes souffles de vie.
Dans la discothèque allumée
Je veine de dynamite
Mes dernières gouttes de sang.
Tu m'as tout pris
Et j'en redemande.
Mes voyages ne sont pas
Inscrits dans les guides
Je les sniffe avec délice.
Qu'as-tu fait Pablo
Des enfants de Medellin ?
Des sicarios aux abonnés absents
Des Zombies défoncés
Qui errent dans les forêts
Amazones abattues.
La colombe enfarquée
Tient dans son bec
Le rameau sacré.
J'étais jeune, j'avais envie de vivre
Qu'as-tu fait de moi, Pablo ?
Interprète : Nicole Amann - Compositeur : Hervé Jeanson -
de Corinne Jeanson - avec le concours du site Bonnes nouvelles
© 2007
Publié par felixmartin à 19:00:15 dans Musicales | Commentaires (0) | Permaliens

J'ai le cœur qui tombe
Écoute il s'est arrêté de battre
Une main a pénétré
Dans la cage
Elle le tient serré
Angine de poitrine
Ange du désespoir
Je
ne savais pas
À
quoi sert un cœur
Je
ne savais pas
Elle
n'avait pas eu le temps
De
me souffler la force
De
l'amour
Au
bord d'une nuit illuminée
Tu
m'as souri
J'ai
arraché ton cœur
Je
l'ai accroché entre mes deux poumons
Aujourd'hui
je respire par toi
Je
suis plus cruelle qu'un vampire
Bien
plus cruelle
Comment
te rendrais-je jamais
Ton
cœur
Je
m'endors dans les cercles
De
l'oubli
Ma
tombe bat béante
Sans
cœur
La
mort ne me connaît pas
Mon
ange-gardien
De nouveau mes ombres ont étendu
Leurs mains au-dessus de ma tête
Tu es là
Publié par felixmartin à 13:05:38 dans Nuits blanches | Commentaires (0) | Permaliens

Parfois, j'appelais Christine ou bien elle me téléphonait. Nous parlions longtemps, je fumais en écoutant sa voix, j'entendais son visage. Tout près, à l'autre bout. Mais nous ne parlions pas de nous rencontrer. Je l'avais quittée puis revue, incapable de l'aimer, incapable de ne plus l'aimer. Y pensant toujours, jalousant les hommes qu'elle rencontrait, la guettant parfois la nuit, quand elle rentrait chez elle. Mais elle ne me voyait pas. Elle ne sentait jamais ma présence et je lui en voulais, au fond, de ne pas comprendre. Y avait-il quelque chose à comprendre ? Enlisement. Lucidité. Musique sobre et s'échappant en notes claires et mélancoliques.
Parfois une autre femme, beaucoup plus jeune, une enfant maladroite, rompait mon silence. Je l'avais rencontrée au hasard de mes sorties un soir de printemps. Isabelle -elle s'appelait Isabelle- avait un visage pareil à celui de l'infante dans le tableau de Vélasquez, une infante qui aurait grandi en gardant des joues rondes et un regard grave. Elle parlait très peu à chacune de ses visites et ses mots n'exprimaient rien à mon âme. Au fil des jours pourtant, alors qu'elle ne renonçait pas, un lien prit forme. Je me surpris à penser à elle quand elle n'appelait plus pendant de longues semaines. Je savais que, dans ces intervalles, Isabelle cherchait à vivre ailleurs d'autres histoires jusqu'au moment où elle capitulait et mélancolique réapparaissait, tendue vers moi, comme une enfant à qui l'on n'a jamais dit « je t'aime ». Elle m'avait si tôt avoué son amour que je ne la pris pas au sérieux et cela m'empêcha de la désirer. Elle m'irritait et m'inquiétait dès qu'elle montrait les signes convenus des amoureux.
(à suivre)
Publié par felixmartin à 19:34:36 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens

Je regagnais aux premières lueurs du jour l'appartement que je laissais dans un état de délabrement écoeurant. Ce désordre me plaisait. Je le voyais comme un ordre nouveau. Il respirait comme je respirais à l'intérieur, pas dans les poumons mais dans la tête ou dans l'âme, à l'intérieur. Si je devais en donner une vue d'ensemble pour qu'on puisse en juger, je commencerais par les livres. Les livres tout au long des murs, en largeur, en hauteur, débordant, empilés, rangés, ployant les étagères, respirant. Les plantes : vertes, atteintes de gigantisme. Leurs feuilles larges et charnues, immenses comme les plantes d'une serre. Des plantes vivantes, monstrueuses et splendides. Les pots étaient prêts à basculer sous la lourdeur des feuillages. Je ne ramassais plus les feuilles qui tombaient, je rempotais parfois une plante au hasard. Les feuilles et la terre jonchaient le plancher nu. La musique, troisième élément majeur de cet univers. La musique assurait la mélodie de ce désordre, la musique de Bach. Les objets, les meubles, les tableaux, achetés au hasard de désirs anciens, étaient posés çà et là, rangés au gré de l'encombrement. Ils ternissaient sous la poussière et le manque de soin. Je les délaissais. Ils n'existaient pas. Ustensiles. Pourtant je les avais aimés, autrefois. Parfois, je voyais l'un d'entre eux et je pleurais doucement.
à suivre
Publié par felixmartin à 21:52:16 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) | Permaliens
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