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Décembre en Afrique - 2 - | 27 août 2007

Je vivais là, seul, depuis des mois. Des mois. Les platanes, en bordure du quai, avaient plusieurs fois changé de teintes et les hommes de la ville les avaient étêtés plusieurs fois aussi. Quand j'entendais le bruit des scies, j'avais la sensation qu'on me tranchait un membre invisible et l'envie de vomir me prenait. Je vivais là seul. Je sortais le moins possible. Pour mon travail. Par obligation. Deux jours par semaine. Le troisième je prenais le train pour Paris pour finir ma thèse de médecine que je traînais depuis des années. J'assumais une permanence dans un dispensaire de quartier. J'arrivais à l'heure à tous mes rendez-vous pour ne pas troubler l'ordre des autres et rester transparent. Cela n'empêchait pas les murmures de glisser derrière moi. J'avais l'air de ne pas tourner rond, et je ne tournais pas rond. Ou bien il m'arrivait d'être ivre mais jamais au point d'être malade, abattu parfois, ou endormi, mais toujours lucide. 

Au rythme des saisons, je n'avais pas de rythme et je voyageais dans la ville, arpentant pendant les heures de la nuit, les bas quartiers, me trouvant accoudé à des bars, côtoyant des inconnus encore plus ivres qui me débitaient des histoires oppressantes, me voulant leur compagnon, leur complice ou leur confident. Et je dévisageais leurs visages, redoutant de voir dans le reflet crayeux de leurs yeux mon reflet pareil aux leurs. Ailleurs dans la même souffrance. Dans la toile d'araignée. L'attendant. En proie. Elle ne venait jamais. Trop à faire ailleurs. Parfois je me retournais -une présence peut-être- mais il n'y avait rien, des yeux baissés, des mains lourdes, les verres de vin sur le marbre taché des tables branlantes. Branlantes. Je ne supportais pas les ombres des autres qui me rappelaient trop à un souvenir haï, le souvenir de moi. J'allais dans les rues, marchant en étranger, redécouvrant cette ville connue, bue, caressée. Souvent je descendais sur les berges du fleuve et face à son flot, je pleurais.

 

(à suivre)

photo : Blog Choses vues

http://chosesvues.blog.lemonde.fr/category/carnets-de-lyon/

Publié par felixmartin à 23:54:00 dans Décembre en Afrique | Commentaires (0) |

Feux en Grèce | 27 août 2007

Cette nuit, la Grèce est en feu.
Elle brûle. Son coeur est noirci, abattu.
Elle a perdu ses anges gardiens.

Publié par felixmartin à 23:45:36 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

Proverbe chinois | 24 août 2007

Si tu veux être heureux une heure
Enivre-toi 
 
Si tu veux être heureux un jour
Tue ton cochon 
 
Si tu veux être heureux une semaine
Fais un beau voyage 


Si tu veux être heureux un an
Marie-toi 
 
Si tu veux être heureux toute ta vie
Fais-toi jardinier.

 

photos : Calanque du Port d'Alon
Entre Saint Cyr et Bandol

 

Publié par felixmartin à 21:19:17 dans Souvenirs d'en France | Commentaires (0) |

Le temps qui passe | 17 août 2007

Yvonne,

Pourquoi m'as-tu adressé toutes ces lettres ? Tu as attendu trop longtemps. Depuis ton départ je me suis grisé à tant d'autres vies, à tant de goulots, aux enfers aussi. Le temps a passé. Il fallait bien passer le temps, ce faux guérisseur, rompre les espaces éternels. Comment pourrais-je aujourd'hui écouter tes lettres ? Entendre le bruit froissé de leur papier entre mes doigts qui tremblent.  Ecoute mon cœur, il se brise, il est en verre blanc. Ne me donne plus à lire tes lettres, elles me font trop mal aux yeux, aux joues, à la bouche, aux tripes, aux genoux, mes pieds fuient sur le sol qui se dérobe. Cette dernière rue où nous avons marché main dans la main, ce dernier matin où nous avons perdu notre langage. Oh Yvonne, qu'avons-nous fait de nos vies l'un sans l'autre ? Le jardin est dévasté, tu ne le reconnaîtrais plus. Tes lettres me sont venues trop tard. Et je suppose que tu ne m'en écriras plus maintenant, trop d'étoiles ont cessé de briller depuis ton départ. Dis-moi. Ma voix s'est éteinte. Je t'ai perdue, mon âme est perdue. J'ai peur.

Ton vieil époux

Ps Je prie pour que tu reviennes, ne serait-ce qu'un jour...

Publié par felixmartin à 21:58:55 dans Nuits blanches | Commentaires (1) |

Exode | 12 août 2007

 

As-tu bien refermé la porte
Ne laisse pas la petite prendre froid
Il y a tant de monde sur les routes
Nous devons partir nous aussi
Pour quel pays, pour quelle contrée ?
J'ai peur, donne la main à la petite.
L'exode dans mon cœur
Est plus lourd que les routes
A parcourir
Plus lourd que les ponts
A franchir
Toutes ces collines, tous ces fleuves
Qui nous séparent de nous
A l'infini de nos vies.


Annie Lopez : peinture "Exode"
http://www.tableauxdepeintres.fr/annie_lopez/annie_lopez.htm

Publié par felixmartin à 23:24:07 dans Nuits blanches | Commentaires (0) |

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